Qu’ils s’évadent ou se taisent !

Vendredi 25 mai dernier, suivant des informations concordantes relayées dans les réseaux sociaux, Marafa Hamidou Yaya, Polycarpe Abah Abah, et Yves Michel Fotso, pontes du RDPC (ex-UNC), parti au pouvoir depuis cinquante ans, ont été transférés par des ninjas (en tout cas des hommes cagoulés) au Secrétariat d’Etat à la Défense (SED).

Le SED est-il un centre clandestin de détention ? Un état des lieux des conditions de privation de liberté n’ayant pas encore été dressé par les associations de défense de droit de l’homme, il est difficile de conclure à un durcissement délibéré de leur rétention. Mais il est clair pour tous que c’est une conséquence de l’offensive médiatique de Marafa Hamidou Yaya.

« Il n’y a point, disait l’auteur de L’esprit des lois, de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la Justice. » Il s’applique une espèce de charia au sein du RDPC, qui continue de laver son linge sale en public… On trouve des prisonniers RDPC dans les prisons RDPC et des otages RDPC dans les instances dirigeantes RDPC.

S’évader, un geste politique ?

Ambassa Zang ou Messengue Avom par exemple sont-ils des héros, qui ont su disparaître de la circulation ?

Le rapport de forces, quel est-il ? Si le livre de chevet de Paul Biya est Le prince de Machiavel, que celui de ses rivaux soit L’Art de la guerre de Sun Tzu.

Tant qu’il y aura des combattants, le combat ne cessera pas. La bataille de la succession interne au RDPC continuera tant que le successeur ordonné ne sera pas installé. Il suffit à Biya d’un claquement de doigts (au fait pourquoi entend-on souvent « claquer des deux doigts » ? Vous en connaissez, vous, des gens qui claquent de trois doigts ?), bref il lui suffit d’un hochement de la tête, pour que, à l’autre bout du champ perceptif, une tête tombe, dans la même convention de mouvement.

Le sort des perdants est de prendre leurs désirs pour des réalités, or ceux dont il est question sont provisoirement des vaincus. Le choix qu’il leur reste est de mourir comme de beaux martyrs pour leur famille qu’ils laisseront à l’abri du besoin ou de se battre avec tout leur vice, leur intelligence, leurs bras longs, pour faire reculer le pouvoir-RDPC, le mettre en difficulté. En un mot, leur salut réside dans une évasion.

Tous ceux qui sont détenus dans le cadre de l’opération épervier, à deux ou trois exceptions près, ne peuvent pas établir ni raisonnablement soutenir qu’ils sont des prisonniers d’opinion ou des prisonniers politiques. Les détenus de Guantanamo seraient par exemple plus fondés qu’eux à revendiquer ce statut.

Ici, ils n’ont jamais fait acte de candidature à une élection locale ou nationale, l’opinion publique ne les connait que comme serviteurs du régime RDPC. Aucune organisation nationale ou internationale ne les a jamais reconnus le statut de prisonniers politiques.

Plan d’évasion, mode d’emploi

Alors s’ils veulent vraiment se distinguer comme des détenus à part, il ne leur reste plus qu’à organiser une spectaculaire évasion. Pour commencer, il leur faut naturellement être moins radins… S’ils ne parviennent pas aujourd’hui à changer la situation de leurs codétenus, avec les moyens inépuisables qui sont les leurs, il n’y a aucune chance que, une fois qu’ils auront recouvré la liberté, ils se souviennent de la misère des prisonniers camerounais. C’est maintenant qu’ils peuvent poser des actes politiques forts. Prendre en charge l’alimentation de tous les détenus de kondengui, aménager la prison ou faire don à l’Etat qui les persécute d’une nouvelle prison haute sécurité.

Ils se rendraient populaires et se constitueraient une armée de fidèles, bien nourris, forts, reconnaissants, et prêts à en découdre avec le monde extérieur. Cette armée de kamikazes et de boucliers humains qu’ils entretiendraient à peu de frais leur serait dévouée corps et âme. L’organisation matérielle de l’évasion ne requiert d’eux que du courage. S’ils ne peuvent pas faire la preuve de ce courage, c’est qu’ils ne sont pas prêts à diriger ce Cameroun qu’ils rêvent à bon droit de diriger.

De Kondengui à Etoudi

Il faut moins de cinq minutes à un hélicoptère pour arriver dans la cour intérieure de la prison centrale de kondengui et voyager jusqu’à l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique où ils seront largués et réclameront immédiatement le statut de réfugié politique.

L’Amérique d’Hillary Clinton ne saurait prendre le risque de les restituer à la justice camerounaise et dans l’hypothèse franchement improbable où ce statut leur serait refusé, les Etats Unis d’Amérique suivraient de près les conditions de leur détention. Ils gagneraient en grade et seraient désormais des prisonniers politiques.

L’ambassade américaine, c’est une option, ils peuvent aussi demander à un yacht de Bolloré de les attendre en haute mer. En réalité, en s’évadant, ils feraient en sorte que la Communauté internationale s’intéresse de près à la simili-démocratie du Cameroun, avec sa simili-justice, et sa simili-luttre contre la corruption. Il faut répondre à la spectacularisation par la spectacularisation : c’est cela ou la mort.

Ce qui attend les Camerounais

Les Camerounais se cherchent un nouveau président de la république. Avoir un président de la république de secours n’est pas une précaution inutile. Celui qui est en place est usé et s’est fabriqué beaucoup trop d’ennemis parmi ses anciens amis.

A titre strictement personnel, le seul homme (ça aurait pu être une femme) derrière lequel je me rangerais s’il décidait d’arracher le pouvoir à Paul Biya, c’est Jet Li. Cet expert en arts martiaux a fait la preuve à maintes reprises de ses aptitudes à vaincre à mains nues les adversités les plus féroces, à arracher la vie, et donc au passage à neutraliser des pouvoirs avec une facilité proprement désarmante.

Le problème, voilà, c’est que Jet Li n’est pas très bavard et a rarement aligné trois phrases de suite, alors vous pensez bien si trois discours, cinq en cas de campagne présidentielle, cela passe ses forces et ses prétentions.

La solution de rechange, le recours ultime existe : si dans les rues de Yaoundé, vous apercevez un Blanc, élancé, avec des yeux grands, un nez fin et long au milieu du visage, un original en robe, aux bras duquel se trémousseraient des prostituées, alors c’est que Jésus a tenu sa promesse, il est revenu, et Paul Biya a du souci à se faire !