puisqu’il n’en reste qu’un

Il se dit seul  » candidat du peuple « , mais il fait de plus en plus figure de candidat unique, ce général Robert Gueï, président de la République de Côte d’Ivoire par intérim – et pour longtemps sans doute. Le général Robert Gueï tente donc de conquérir le coeur des Ivoiriens après avoir, à tort ou à raison, forcé leur porte. Il voudrait qu’ils l’aiment, et se réconcilient autour de lui comme ils surent s’unir autour d’Houphouët. C’est une noble ambition et on lui souhaite évidemment de réussir. Beaucoup d’Ivoiriens, finalement, semblent lui faire – aujourd’hui – confiance et personne ne peut juger mieux qu’eux.

Impossible, pourtant, de passer sous silence les multiples peaux de banane glissées, depuis des mois, par le général-candidat sous les pieds de ses concurrents. Impossible de ne pas constater que toutes les atteintes possibles à la démocratie politique ont été accomplies, depuis le mois d’avril et l’éjection des ministres RDR. Impossible de ne pas remarquer que le juge qui a invalidé ADO et cinq candidats PDCI est le conseiller juridique de la junte. Après le 22 octobre, le général Robert Gueï devra vraiment bien faire pour faire oublier ces faux-pas.

Puisqu’il n’en reste qu’un, et que c’est vous, Monsieur le Général, vous voilà presque élu – ce qui n’enlève rien à la valeur des autres candidats. Nous vous souhaitons donc bonne chance. Puissiez-vous, quand vous serez investi du sceau populaire, ne plus jamais distinguer entre vos compatriotes ceux qui sont  » et  » de ceux qui sont  » ou « . Puissiez-vous ne plus montrer du doigt ceux, très nombreux, qu’on pourrait appeler les  » ni  » : ceux dont ni la mère ni le père ne sont ivoiriens, et qui sont bien aussi ivoiriens que vous. Puisse l’administration du beau pays que vous dirigerez ne pas se mettre en tête de compter les quartiers  » d’ivoirité  » des uns et des autres.