Procès Rachid Ramda : les services secrets algériens et français mis en cause

Les avocats de Rachid Ramda ont basé la défense de leur client, accusé d’avoir financé les attentats de 1995 à Paris, sur la responsabilité des services secrets algériens. Cette thèse, soutenue depuis plusieurs années, ne changerait rien à la culpabilité de l’accusé algérien, selon l’avocate générale.

« Je sais que la partie civile a repoussé d’un battement d’aile tout ce qui démontrait l’implication de la DRS (Direction renseignement et sécurité, que les Algériens appellent toujours la Sécurité militaire) » dans les attentats de 1995 en France, a expliqué vendredi Me Bono. Mais pour l’avocat de Rachid Ramda, cette implication des services secrets algériens, à la connaissance des services français, est au centre du procès fait à son client depuis le 1er octobre dernier à la cour d’assises spéciale de Paris.

Le magistrat a passé la première demi heure de sa plaidoirie à replacer le contexte dans lequel les attentats du RER Saint-Michel – 8 morts et plus de 150 blessés, le 25 juillet – et des stations Maison-Blanche et Musée d’Orsay – des dizaines de blessés, en octobre – que Rachid Ramda est accusé d’avoir financé, ont été commis. « Le contexte et la chronologie sont des éléments naturellement importants car qui a fait l’opération d’identification de Abou Farès et Elyès (les deux pseudonymes attribués à Rachid Ramda) ? C’est la direction de la DRS. » Or, « l’eau n’est pas bonne à boire si la source est polluée », affirme Me Bono, selon lequel tout le dossier repose sur cette identification.

Les services français pas « insoupçonnables »

Et les empreintes de son client retrouvées sur le bordereau de transfert de 5 000 livres sterling, le 16 octobre 1995, la veille de l’attentat du musée d’Orsay, vers l’un des poseurs de bombe ? L’avocat répond par une question : « Le bordereau de Western Union avec lequel Rachid Ramda aurait fait un virement, en connaissance de cause, pour la réalisation d’un attentat ; ne pensez-vous pas qu’il l’aurait fait disparaître ?». L’accusé a lui-même reconnu durant le procès avoir envoyé cet argent, mais à un compatriote qu’il ne connaissait pas, « pour payer les avocats des frères arrêtés en France ».

Quant aux écoutes téléphoniques selon lesquelles son client aurait été en contact avec Ali Touchent et Boualem Bensaïd, coordinateurs des attentats… l’avocat les balaie aussi d’un revers de manche, avant de revenir à « la politique et [à] la raison d’Etat entre les services français et algériens ». Après avoir cité les circonstances troubles de la prise d’otage de l’aéroport d’Alger, en 1992, en début de séance, il cite maintenant l’assassinat des moines de Tibhirine, en 1996, et appelle à l’incrédulité face à des services français pas « insoupçonnables ». Il provoque même quelques sourires dans l’audience en rappelant l’affaire Kraouche ou celle du Rainbow Warrior.

Perpétuité ou acquittement

« Si cette théorie avait le moindre fondement, ce serait sans conséquence sur la responsabilité pénale de Rachid Ramda. Peu importe le bras meurtrier », avait répondu l’avocate générale, Delphine Dewailly, jeudi matin, lors de la première plaidoirie des défenseurs de Rachid Ramda. Ces derniers avaient déjà soutenu la thèse de la « manipulation » des islamistes par le gouvernement algérien de l’époque, tout en admettant que cela « ne diminuait en rien » la responsabilité des poseurs de bombe.

Mais pour eux, si la culpabilité des poseurs de bombe a été prouvée, celle de leur client en tant que financier du GIA ne l’a pas été. « Rachid Ramda n’est pas Elyès, Rachid Ramda n’est pas Abou Farès. » a répété vendredi Me Bono, réclamant l’acquittement pour son client. L’avocate générale, qui en a fait un « rouage essentiel » du GIA, a requis jeudi la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté maximale de 22 ans.

Ce vendredi, Rachid Ramda, les joues rondes sous une barbe soignée, debout derrière le box des accusés, a de nouveau adressé sa « sympathie et [sa] compassion » aux familles de victimes. « Ces attentats, je ne les avais pas du tout soutenus à l’époque, je ne les soutiens pas aujourd’hui et je ne les soutiendrai jamais », a-t-il assuré. Le verdict est attendu vendredi en fin de journée.

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