Procès Oscar Pistorius : l’accusé déstabilisé à cause d’une porte

Soumis depuis mercredi à l’interrogatoire du procureur Gerrie Nel, Oscar Pistorius, jugé pour le meurtre de sa petite amie depuis le 3 mars, a été accusé de vouloir changer sa ligne de défense.

Voilà presque une semaine qu’Oscar Pistorius est soumis à l’interrogatoire du procureur Gerrie Nel, dans le cadre de son procès entamé le 3 mars pour le meurtre de sa petite amie Reeva Steenkamp, le 14 février 2013. Le champion paralympique s’est, à plusieurs reprises, contredit lors de ses dépositions. Ce lundi, l’athlète a fait mention d’une porte qui a « claqué », celle de la salle de bain. Le procureur Nel a demandé pourquoi « ce bruit si important » n’était pas mentionné dans la toute première déposition lue par les avocats de Pistorius en 2013.

« Il n’y a pas un seul mot sur cette porte en train de se fermer et de claquer dans votre déposition pour la remise en liberté sous caution », insiste-t-il. « Je ne sais pas. Demandez à mes avocats », objecte Pistorius. Le procureur rebondit : « Mais pourquoi? Je ne vais pas me contenter d’un je-ne-sais-pas. Je vous le dis, monsieur, c’est parce que vous changez votre version au fur et à mesure ». Ce dernier continue de mitrailler de questions Pistorius afin d’établir s’il y a eu homicide involontaire ou non.

Pistorius a-t-il visé la porte ?

Pistorius n’aurait « pas étendu le bras droit » avant de tirer sur la porte de la salle de bain où se trouvait son amie Reeva sans qu’il le sache. Il « essayait de comprendre la situation », dit-il. « Votre ligne de défense a changé ? », s’interroge M. Nel. Non, il n’a « pas visé la porte », c’est « son arme qui était pointée sur la porte », défend l’avocat de Pistorius. « Avez-vous tiré sur ce que vous perceviez être un attaquant ? », poursuit le procureur. « Non j’ai tiré sur la porte », répond l’athlète qui refuse de dire qu’il a tiré pour tuer, tendant ainsi une nouvelle perche au procureur. « Donc votre ligne de défense a changé. Ce n’est plus la légitime défense ? », s’étonne le procureur. « Même si c’était un cambrioleur, cela aurait été un accident ? » « Oui », répond Pistorius, avant d’ajouter : « Je m’en veux d’avoir pris la vie de Reeva », rapporte l’AFP.

Oscar Pistorius avait préalablement indiqué qu’il avait tiré plusieurs coups de feu dans le cadre de la légitime défense. Mais coup de théâtre ce lundi, le sportif affirme que son arme était braquée vers la porte mais qu’il n’avait pas l’intention de viser quelqu’un si ce n’était de tirer sur la porte. Ce dernier a donc, involontairement, écarté la théorie de la légitime défense. Elle était pourtant sa principale ligne de défense.

« Tu dégages de ma putain de maison ! »

Barry Roux, avocat de la défense, a assisté, presque impuissant aux échanges et n’est intervenu que brièvement pour se plaindre de l’acharnement du procureur. L’audience a été suspendue plusieurs fois. Pistorius, qui ne semblait plus en état de parler, s’est écrié qu’il a sommé le présumé cambrioleur de sortir de chez lui avant de tirer : « Tu dégages de ma putain de maison ! », aurait-il lancé durant cette fameuse nuit de Saint-Valentin 2013 qui avait commencé par un dîner autour d’un sauté de poulet, quelques coups de fil et un couple qui s’endort fatigué, selon Pistorius.

Le procureur revient à la charge à la reprise de l’audience. « M. Pistorius, votre version est si improbable qu’elle ne peut raisonnablement pas être vraie », a-t-il lancé. Et d’ajouter : « Elle voulait s’en aller et vous n’étiez pas en train de dormir, vous étiez tous les deux réveillés ». Pistorius a tenté tant que bien que mal de démentir cette version : « C’est inexact, madame le juge, ce n’est pas vrai », répond le jeune sportif. A peine reprend-t-il ses esprits que le procureur l’enchaîne à nouveau de questions et de commentaires : « Et il y a eu une dispute », a ajouté M. Nel…

Oscar Pistorius, qui comparaît libre, est présumé innocent jusqu’au jugement. Il risque la perpétuité, soit 25 ans de réclusion incompressible.