Procès du génocide rwandais en France: Pascal Simbikangwa entre ombre et lumière

Alors que le procès du présumé génocidaire Pascal Simbikangwa entre dans sa cinquième semaine, les nouveaux témoignages apportés, notamment ce lundi, laissent apercevoir la complexité du cas de cet ancien capitaine de la garde présidentielle. Tour à tour bourreau puis sauveur, Simbikangwa est accusé de « complicité de génocide » et « crime contre l’humanité ».

Au procès de la Cour d’assises de Paris, les affirmations d’un nouveau témoin Tutsi rwandais, ce lundi, ont pu déconcerter les jurés. Sauvé par Pascal Simbikangwa, son témoignage confirme que ce présumé génocidaire ne pouvait pas ignorer ce qu’il se passait pendant le génocide, comme il l’affirme pourtant.

Albert Gahamanyi avait 14 ans à l’époque du génocide rwandais en 1994. A l’époque, il était voisin de Pascal Simbikangwa à Kigali. Il a raconté devant la Cour comment lui et ses deux frères ont été recueillis chez l’ancien directeur des renseignements rwandais qui habitait une maison voisine de la leur. Le père d’Albert, ancien haut fonctionnaire, fait appel à Simbikangwa quand la maison familiale est attaquée le 8 avril 1994, le lendemain du lancement du génocide. « Il nous a dit de nous calmer, que nous n’avions rien à craindre et étions en sécurité chez lui », raconte Albert.

L’accusé organise même l’évacuation de sa propre famille et des réfugiés qu’il héberge vers sa région d’origine dans le nord-ouest, vers Gisenyi. Le pick -p du capitaine, chargé de neuf personnes, se fait arrêter aux barrages érigés pour filtrer et tuer les Tutsis. « A chaque fois il s’arrêtait, discutait, disait j’emmène ces gens et je reviens », poursuit Albert Gahamanyi.

« Est-ce qu’il (l’accusé) pouvait ne pas les voir? », « Non, je ne pense pas »

Et paradoxalement, les témoignages qui contredisent l’image de génocidaire sanguinaire, de « tortionnaire réputé du Rwanda » comme l’affirme Maître Simon Foreman, avocat du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, sont aussi ceux qui l’accablent.

« Est-ce qu’il (l’accusé) pouvait ne pas les voir? », « Non, je ne pense pas », déclare alors l’avocat de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) Emmanuel Daoud, à l’évocation du passage des barrages filtrants de l’accusé en voiture. Et pour l’accusation, ce récit entame sérieusement la défense de Simbikangwa centrée sur sa non-connaissance des événements. « Aux barrières à Kigali, il y avait des cadavres. Je n’avais jamais vu de cadavres. Je pense aussi que nous avons croisé un camion qui en transportait », déclare innocemment Pascal Simbikangwa. Face aux témoignages qui montrent qu’il était forcément au courant au minimum des exactions, il rétorque :  « quelle protection ça me donne de dire que je n’ai pas vu de cadavres? Je sais très bien qu’il y a eu des morts ».

« En tout cas avec notre famille il a toujours été gentil »

« En tout cas avec notre famille il a toujours été gentil , je l’en remercie d’ailleurs », déclare Albert Gahamanyi à la barre. Pascal Simbikangwa a ensuite salué à son tour le témoignage de celui qui était un jeune garçon à l’époque des faits, « qui a fait un extraordinaire effort d’honnêteté » pour raconter cette histoire.

Vendredi dernier, un témoignage de Isaïe Harintinwari, un autre Tutsi que Simbikangwa avait pris sous sa protection avait assuré que l’accusé « était bien un homme important, qu’il a armé des barrières et qu’il ne pouvait ignorer ce qui se passait à quelques mètres de chez lui », rapporte RFI. A l’affirmation de l’ancien capitaine qui déclarait vivre « comme dans une bulle », preuve de son ignorance des exactions, la réponse de ce témoin a été cinglante : « impossible », a-t-il rétorqué.

Pendant la suite du procès, l’enjeu sera d’établir clairement son niveau de responsabilité direct dans le génocide. La défense a d’ailleurs annoncé à la fin de l’audience qu’elle voulait déposer une demande pour transporter la Cour sur les lieux.

 La justice française juge l’ancien capitaine, jusqu’au 28 mars, au titre de la « compétence universelle » que lui confère des accords avec le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR).