Prise d’otages en Algérie, qui sont ces islamistes ?

La situation sur le site gazier algérien d’In Amenas reste confuse. Un assaut a été lancé par l’armée algérienne ce jeudi 17 janvier contre le groupe terroriste qui retenait plusieurs dizaines, de centaines d’otages. Le gouvernement algérien peine à encore à communiquer, les informations sont filtrées. D’après un bilan officieux, près de 30 personnes auraient péri durant l’assaut, otages et terroristes confondus. Mais qui est la Katibate el Moulathamine, auteur de l’attaque ?

Selon plusieurs sources, le groupe armée qui a pris en otage des dizaines de personnes sur le site gazier d’In Amenas, en Algérie, appartient à la Katibate el Moulathamine (el Moulathamoune). Depuis la nuit de mercredi à jeudi, ce groupe armé a pris en otage un nombre important de travailleurs algériens et occidentaux sur le site gazier d’In Amenas, dans le sud algérien.

La Katibate el Moulathamine est le plus ancien groupe islamiste algérien. Il est implanté dans le Sahel depuis 1992, selon le livre d’Atmane Tazaghart « AQMI, enquête sur les héritiers de Ben Laden au Maghreb et en Europe » (Edition Jean Picollec), avec à sa tête l’emblématique Massoud Abdelkader Mokhtar Ben Mokhtar, alias Abou Al Abbes ou Laaouar « le Borgne ». Traditionnellement, Ben Mokhtar gouverne l’Ouest du Sahel, réparti en deux zones d’activité. Son pouvoir s’étend du Sud-Ouest algérien au nord du Mali et de la Mauritanie. Son QG est basé depuis longtemps à Kidal, au Nord-Mali. Né en 1972 à Ghardaïa, en Algérie, Ben Mokhtar est mariée à une notable touareg du Mali. Il a combattu en Afghanistan pendant quelques mois lorsqu’il était jeune.

Sa réputation, il l’a forge petit à petit, en assassinant des douaniers et des gardes-frontières pour fluidifier ses activités de contrebande. Ces actes lui ont valu deux condamnations à mort dans son pays. Ses activités semblent être facilitées grâce à son réseau de contacts et à la protection dont il dispose au sein mêmes des populations locales. Ses activités de contrebande, qu’il exerce depuis 1995, lui permettent de fournir en grand nombre à sa katibate des véhicules et des armes. C’est cette même katibate qui enleva en novembre 2009, en Mauritanie, deux humanitaires espagnols, relâchés en août 2010 en échange d’une rançon. Ben Mokhtar était, avant d’être remplacé par Abdelmalek Yahia Djouadi (Bras droit d’Abdelmalek Droukdel, numéro un d’Aqmi), « l’émirat du Sahara », zone d’opération d’Aqmi au sud de l’Afrique du Nord.

Dans cette sanglante prise d’otages, la katibate el Moulathamine n’a semble-t-il réclamé aucune rançon. La nouvelle ligne de conduite imposée par Djouadi est de ne plus se contenter de la manne financière, bien qu’elle constitue une source importante de financement d’Aqmi. Le « volet politique » s’ajoute aux activités des katibate sahéliennes. Dans cette attaque, el Moulathamine a réclamé la libération de plusieurs terroristes aujourd’hui condamnés. Il a également fait allusion à l’intervention militaire de la France au Mali.

Toutefois, les conditions dans lesquelles cette katibate a pris d’assaut le complexe gazier restent floues. Une opération de cette envergure nécessite un certain temps d’organisation. Beaucoup dénoncent une opération déjà prévue d’avance.