Princess Lover : reine du Fespam 2005

Princess Lover à Brazzaville

Princess Lover a incontestablement été l’une des plus grandes attractions du 5e Festival panafricain de musique (Congo, 9-17 juillet). L’artiste zouk martiniquaise a enflammé, deux soirs durant la scène du stade Félix Eboué à Brazzaville et à pu prendre conscience de toute la notoriété dont elle jouit au Congo. Simple, souriante et passionnée, elle confie à Afrik ses impressions et une partie d’elle-même. Interview.

De Brazzaville

Princess Lover a bien failli créer l’émeute à Brazzaville. La zoukeuse créole, véritable pyromane artistique, a déchaîné les passions à chacun de ses passages au Fespam. Surprise de voir que le public maîtrisait parfaitement tout son répertoire, elle a créé l’événement dans l’événement. A 27 ans, elle était déjà l’auteur de plusieurs tubes avant de sortir en août 2003 son premier album solo Juste moi. Sensible, généreuse et pleine de vie, elle ne conçoit son travail d’artiste que dans le partage. Rencontre.

Afrik.com : D’où vient votre nom d’artiste ?

Princess Lover :
J’ai le pseudo Princess Lover depuis que j’ai 13 ans (son véritable nom est Nicole Neret, ndlr). A l’époque je faisais parti d’un groupe de dancehall. Les membres du groupe étaient très militants et revendicateurs tandis que moi j’arrivais avec mes petites chansons d’amour. C’est comme cela qu’ils m’ont surnommée Princess Lover. Et depuis c’est resté.

Afrik.com : Vous avez vraiment commencé votre carrière à 13 ans ?

Princess Lover :
Concrètement oui. C’est vrai que j’ai toujours été dans la musique. A l’âge de 3 ans je faisais des jingles pour la radio. Mais ce n’est que vers les 14 ans que j’ai commencé à officier sur des albums. J’ai fait partie, à 11ans, d’un groupe avec Olivier Jean-Alphonse. Il va me tuer si je révèle le nom du groupe (rires), mais bon il s’appelait Batteur Gates. Ils répétaient chez moi et ils m’ont entendue chanter. Et je me suis retrouvée à chanter dans un groupe en live. Je ne m’appelais pas encore Pricess Lover.

Afrik.com : Quel bilan tirez-vous de votre parcours ?

Princess Lover :
Il y a eu des hauts et des bas, mais je suis très contente que ça fonctionne vraiment maintenant. Car avec mon parcours, où j’ai déjà mangé mon pain noir, je peux aujourd’hui avoir un certain recul par rapport au succès et surtout de rester moi-même.

Afrik.com : Dans votre album on vous sent vraiment à fleur de peau. D’où vous vient cette hypersensibilité ?

Princess Lover :
Dans l’album Juste moi, c’est le regard de l’adolescente qui devient une femme. C’est vrai que les émotions sont assez flagrantes. Parce que tout est une espèce de première fois. Tout est une découverte. Les joies et les peines sont forcément très intenses. J’aborde la femme qui n’arrive pas à avoir d’enfant, de femme trahie par un homme qui lui avait promis monts et merveilles, de jalousie… Toujours avec une touche d’amour, parce qu’on en a tous besoin.

Afrik.com : Les sujets abordés sont autobiographiques ?

Princess Lover :
En majorité oui. Mais il y a beaucoup de chansons qui m’ont été inspirées par des proches. Il y a des émotions tellement fortes qu’on peut soi-même les ressentir sans forcément les avoir vécues.

Afrik.com : « Juste moi » est votre premier album solo en 13 ans de carrière. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

Princess Lover :
J’étais à l’école. Je ne ressentais pas le besoin de sortir mon propre album, sans doute parce que j’ai eu la chance de tomber sur des compilations qui ont énormément marché et que j’étais souvent l’artiste promotionnée. Une promotion assez lourde à assurer compte tenu que j’étais encore à l’école. J’arrivais à me contenter de la promotion d’un titre. Et quand un titre fonctionne bien, vous vous retrouvez rapidement à tourner à gauche et à droite. Je me retrouvais finalement à travailler comme pour un album, sauf que c’était pour des produits différents.

Afrik.com : Vous étiez initialement plongée dans un univers dancehall et l’on vous connaît désormais sur un créneau plus zouk love. Comment expliquez-vous ce virage artistique ?

Princess Lover :
Je ne ressens pas le fait d’être passée d’un univers à l’autre. Pour moi c’est la musique avec un grand M. J’ai commencé par le live et l’école du live nous rend très éclectique, parce qu’on est amenée à chanter de multiples choses : de la variété française ou internationale, de la salsa.. Et puis les Antilles sont nourries de multiples influences musicales. On a alors inconsciemment tendance à piocher dans un peu tout. J’ai toujours fait du zouk et du dancehall. Je me suis retrouvée à avoir deux carrières : celle de Nicole Neret en tant que chanteuse de zouk et celle de Princess Lover en tant que chanteuse de dancehall. C’est pour cela que j’essaie de recentrer aujourd’hui le travail d’image sur Princess Lover parce qu’il y a une certaine confusion. Mais j’estime que ces deux cordes à mon arc sont une force et une singularité. Au niveau de mes mélodies zouk, on me dit souvent que l’on sent beaucoup les influences R’nB. Et quand je fais un piano chant de mes chansons cela se transforme vite en variété française. C’est un cocktail de musiques qui fait Princess Lover.

Afrik.com : Qu’est ce qui vous a le plus marqué pendant le Fespam ici au Congo ?

Princess Lover :
J’ai été très surprise par l’engouement très fort et parfois démesuré du public congolais. Ma simplicité me fait être très choquée par cela, mais ce n’est pas du tout désagréable, bien au contraire. J’étais d’autant plus surprise que je pensais juste que j’allais peut être avoir un titre en rotation radio pour me faire connaître ici. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit la globalité de l’album et même au-delà qui soit connue. L’événement qui m’a le plus marquée et quand j’ai voulu descendre dans la foule pour choisir deux filles du public pour monter sur scène (rire). Je n’y suis pas restée 5 secondes, je suis tout de suite remontée sans même qu’on me le demande (rire). Il y avait énormément de monde (près de 30 000 personnes, ndlr). Je trouve le public de Brazza très discipliné, car il n’y avait aucune barrière entre lui et la scène, juste un petit périmètre d’une vingtaine de mètres. Mais quand je suis descendue, j’ai vu un énorme mouvement de foule… Ils avaient envie de me toucher, d’avoir un contact avec moi. Toutes les personnes de l’équipe d’encadrement avaient les mains sur la tête, effrayées (rire).

Afrik.com : Quand vous êtes sur scène et même en dehors, on sent que vous avez envie de tout donner à votre public…

Princess Lover :
J’ai toujours été comme ça. Je pense qu’il est important d’échanger les choses avec les gens. J’en ai besoin. Même si je dois repartir vidée et épuisée, j’ai envie que les gens soient contents. Je ne peux pas concevoir d’arriver quelque part, de leur donner deux trois choses et de m’en aller. Tout ce que je fais, je me dis que si j’avais été à leur place j’aurais aimé que ce soit comme ci ou comme ça.

Afrik.com : Alors que la nouvelle production de Passi, Dis l’heure 2 afro zouk, vient tout juste de sortir dans les bacs, on s’étonne que nous ne figuriez pas dans la playlist.

Princess Lover :
Je devais y être, mais ça ne s’est pas fait pour une question de timing et de planning. Mais bon, ce n’est que partie remise, on fera beaucoup de choses ensemble.

Afrik.com : En tant qu’Antillaise, était-il important pour vous de vous produire au Fespam ?

Princess Lover :
Très important. Déjà par rapport au thème du festival (« Influence de l’Afrique dans la musique des Amériques et des Caraïbes », ndlr). Des fois quand on est loin, on ne se rend pas compte de l’influence que notre pays ou notre musique peut avoir ailleurs. C’est pour cela que c’est une grande fierté d’avoir participé au Fespam, parce que ça justifie ce que les rythmes africains nous ont apporté. Même si on est loin, tout est tellement présent au fond de nous.

 Princess Lover, Juste moi, Lickshot, 2003

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