Présidentielle en Mauritanie : le scrutin s’annonce serré

Le nouveau président de la Mauritanie sera élu samedi, après une année de crise politique. Le scrutin s’annonce serré. Sur les neuf candidats en lice, quatre ont des chances d’accéder au deuxième tour, mais aucun favori ne semble se détacher. Le gouvernement de transition a concentré ses efforts sur l’organisation des élections, afin qu’elles se déroulent dans de bonnes conditions.

1,2 million d’électeurs mauritaniens, sont attendus aux urnes ce samedi pour élire leur nouveau président. La campagne s’est achevée jeudi soir avec les derniers meetings de trois des principaux candidats. Le scrutin est très attendu : il devrait mettre fin à une crise politique qui dure depuis le putsch militaire d’août 2008.

La campagne, débutée le 2 juillet, s’est déroulée sans problème majeur. Les candidats sont au nombre de neuf après le retrait de la campagne de Sidi ould Cheikh Abdallahi, président élu en 2007 et destitué par la junte en 2008. Quatre d’entre eux sont susceptibles d’accéder au second tour. Il s’agit d’Ahmed Ould Daddah du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), Messaoud Ould Boulkheir du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD) et actuel président de l’Assemblée nationale, le colonel Ely Ould Mohamed Vall, et Mohamed Ould Abdel Aziz, auteur du coup d’état du 6 août 2008. Aucun d’entre eux n’est désigné comme favori. L’élection reste ouverte grâce à la participation de l’opposition qui voulait boycotter le scrutin initialement prévu le 6 juin.

Une campagne marquée par des attaques personnelles

S’il n’y a pas eu d’incidents graves, la campagne a toutefois été marquée par des attaques verbales d’une grande virulence entre les candidats qui se sont accusés de gaspillage et de détournement de fonds publics. En outre, Mohamed Ould Abdel Aziz, ancien dirigeant de la junte militaire, a qualifié ses opposants Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir de «prévaricateurs». Il les a déclarés responsables de mauvaise gestion et de «détournements de deniers publics» et a affirmé en avoir des «preuves matérielles qui seront divulguées, au grand public».

Les autorités confiantes

Des personnalités de l’opposition avaient estimé ces derniers jours qu’« il existait des signes de fraude probable de la part du candidat Mohamed Ould Ould Abdel Aziz ». Mais le comité de suivi du Groupe de contact international pour la Mauritanie s’est montré rassurant. « Les conditions sont réunies, nous sommes confiants, nous aurons plus de 300 observateurs qui vont se déployer dans tout le pays », a déclaré jeudi à l’AFP le président du comité, Mahamat Saleh Annadif. « S’il y a des preuves de fraude le jour du vote, des voies de recours s’offrent à tous, avec l’appui des observateurs qui seront présents partout », a-t-il ajouté.

Le ministre mauritanien de la Communication chargé des Relations avec le Parlement, Ahmed Ould Ahmed Abd a annoncé, jeudi, que 320 observateurs étaient sur place, et que d’autres devraient arriver dans les prochains jours pour s’assurer du bon déroulement du vote et du dépouillement. Ils représentent des institutions internationales et des Organisations non-gouvernementales, dont l’Union africaine (UA), la Ligue des Etats arabes et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Le ministre a également affirmé la volonté du Gouvernement transitoire d’union nationale (GTUN) de garantir un scrutin présidentiel « libre, transparent et crédible, en dépit de certaines difficultés liées à l’acheminement du matériel électoral à l’intérieur du pays, l’envoi des bulletins de vote pour les Mauritaniens de la diaspora, qui participent à un scrutin pour la première fois, et au retard constaté dans la confection de la liste des électeurs résidents à l’étranger ».

En 2007, des élections qualifiées de modèle de démocratie avaient permis à Sidi Ould Cheikh Abdallahi d’accéder au pouvoir. Ce dernier a été déposé 18 mois plus tard par le général Ould Abdel Aziz à la tête d’une junte militaire. Dans un pays ou le coup d’Etat est devenu une tradition, l’issue du scrutin encore incertaine est très attendue. Mais le respect de la démocratie devra rester une priorité après cette échéance pour que le régime soit viable.

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Liste des candidats publiée par le Conseil Constitutionnel mauritanien :

1- Mohamed Ould Abdel Aziz, ex-chef de la junte

2- Kane Hamidou Baba, vice président du Rassemblement des forces démocratiqies (RFD)

3- Ibrahima Moktar Sarr, président de l’Alliance pour la justice et la démocratie/Mouvement pour la rénovation (AJD/MR)

4- Ahmed Ould Mohameden Ould Daddah, chef du plus grand parti d’opposition, le Rassemblement des forces démocratiques (RFD)

5- Mohamed Jemil Ould Brahim Ould Mansour, le chef du parti islamiste Tewassoul

6- Ely Mohamed Vall Eleya, L’ancien chef de la transition démocratique (2005-2007) arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire

7- Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale et candidat du Front national pour la défense de la démocratie (FNDD)

8- Hamady Ould Meimou, administrateur issu du grand sud-est mauritanien

9- Saleh Ould Mohamedou Ould Hanena, président du Parti Mauritanien de l’Union et du Changement