Présidentielle algérienne : l’illusion démocratique

C’est l’une de ces élections sans suspense, où tout semble joué d’avance. Plus de vingt millions d’Algériens ont été appelés, jeudi, à voter pour le premier tour de la Présidentielle. Sans adversaire solide pour lui faire face, Abdelaziz Bouteflika est sûr d’être réélu. Et pour gagner, le président sortant n’a pas ménagé ses efforts. Le pouvoir a censuré la presse internationale qui le fustigeait et, dans le même temps, utilisé l’audiovisuel algérien pour le conduire une nouvelle fois sur le trône.

C’est le grand jour pour l’Algérie. Ce jeudi, plus de vingt millions d’Algériens sont appelés aux urnes pour élire leur président. Une élection, sans surprise, qui n’a pas déplacé les foules. Le chef d’Etat sortant, Abdelaziz Bouteflika, était assuré d’avance d’obtenir un troisième mandat. Selon certains observateurs algériens, ces élections ressemblent à une vaste « farce ». Une illusion démocratique masquant un régime présidentiel autoritaire aux manœuvres politiques douteuses.

La censure de la presse internationale

Preuve en est, le dernier numéro de l’hebdomadaire français, L’Express, a été momentanément interdit dans le pays pour « atteintes aux valeurs nationales ». « On attend juste une autorisation qui tarde à venir », a nuancé, mercredi, Silvia Attias, responsable des ventes internationales. « Mais c’est une forme de censure : plus tard elle sera délivrée, plus réduit sera le rayon dans lequel nous serons distribués », a-t-elle tout de même précisé.

A quelques jours des élections présidentielles et en pleine campagne électorale, le gouvernement a refusé les articles qui pourraient compromettre l’image du président algérien et celle de l’armée. Cette forme de déni de liberté de la presse corrobore le déni de démocratie présent dans le pays. Dans l’édition interdite du 2 avril, l’hebdomadaire français avait publié un article sur le président intitulé « Abdelaziz Bouteflika et les siens ».

« L’Algérie, c’est une armée qui a un Etat »

Dans ce dossier, les deux journalistes, Dominique Lagarde et Anis Alik, revenaient sur la poignée de « hauts gradés » qui entourent le président algérien, parmi lesquels le général Médienne, surnommé Toufik, à la tête des services des renseignements, et sur la mainmise de l’armée sur l’Etat. Un sujet sensible en Algérie. Le mensuel panafricain, Afrique Magazine, a lui-aussi été interdit, en mars, dans le pays. Son tort ? avoir publié un article de Farid Alilat sur le crépuscule des généraux qui évoquait la relation entre le président et les principaux commandants de l’armée depuis 1982.

Parmi les journaux censurés en Algérie figurent notamment deux hebdomadaires français Marianne et le Journal du Dimanche. Ces interdictions de diffusion révèlent que, dans ce pays, il est très difficile de parler des rapports qu’entretient Abdelaziz Bouteflika avec la Grande Muette. L’audiovisuel algérien, Monopole d’Etat depuis 1962, ne court pas ce risque et favorise le président sortant.

Une campagne électorale jugée « inégale » par des candidats

Deux candidats à l’élection présidentielle ont d’ailleurs protesté, mardi, contre « l’inégalité » des moyens dont ils disposaient face au chef d’Etat. « Quand j’avais deux minutes de temps de parole à la télévision, un autre en avait vingt-cinq », a accusé Djahid Younsi (El Islah, islamiste modéré).Cette déclaration fait suite à une étude mise en place par la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH). Selon ce sondage, réalisé entre le 19 mars et le 1er avril, Abdelaziz Bouteflika se serait taillé la part du lion avec 27,63 % de la couverture médiatique. Tandis que ses opposants oscilleraient entre 8,26 % et 10,50 %.

« Mascarade », « farce cynique », les mots ne manquent pas aux analystes algériens pour définir l’élection présidentielle. Le chef d’Etat sortant, Abdelaziz Bouteflika, ne semble plus faire illusion. La démocratie n’est pas de mise en Algérie et la censure de la presse internationale en est la preuve.