Présidentielle 2010 : le Togo sous pression

Le scrutin tant attendu par les Togolais et la communauté internationale s’est déroulé dans une atmosphère globalement sereine. Cependant, quelques irruptions de violence et poches d’insécurité attirent l’attention des autorités togolaises qui appellent à la plus grande vigilance. Le président de la Commission électorale indépendante a précisé que « le code électoral prévoit la proclamation des résultats dans les huit jours », mais qu’il entend accélérer le processus.

Notre correspondant au Togo

Malgré le calme apparent du scrutin d’hier, la Fosep (Force Spéciale Election Présidentielle 2010), mise sur pied pour maintenir l’ordre au cours de cette élection, a eu à déplorer quelques incidents mineurs dans le pays. Elle a déclaré jeudi soir avoir interpellé un groupe de jeunes gens dans la périphérie nord de Lomé, en possession de talismans et autres objets mystiques. Selon elle, ces jeunes se préparaient à commettre des actes de violence, de même qu’un autre groupe également interpellé à Hahotoé (environ cinquante kilomètres de au nord de Lomé) pour le même motif.

Cette force, dirigée par le Colonel Yark Damehane, a également fait cas d’une bagarre opposant des militants du RPT (pouvoir) à un sympathisant de l’UFC (opposition) à Bangéli, au nord du Togo. Ce dernier battait, semble-t-il, campagne jusque dans les maisons des partisans du RPT, le jour du scrutin.

Dans la foulée, le Comité d’action pour le Renouveau (CAR) de Me Yawovi Agboyibo a intercepté « un document qui met sérieusement en péril la phase finale du processus électoral », selon les termes d’un communiqué rendu public par le parti. Selon ce document, il est constitué dans la préfecture des Lacs, et sous la supervision d’un Général, un groupe de miliciens du RPT, chargé de perturber le processus dans plusieurs préfectures, au sud Togo. Pour le CAR, ces miliciens proches du pouvoir s’apprêtent à semer le trouble; et ceci de manière à faire invalider les résultats des bureaux de vote où le candidat du RPT serait battu.

Des faits confirmés par le commissaire général de la Fosep, qui a dit avoir interpelé le signataire du document incriminé. Ce dernier a reconnu l’authenticité du document, mais affirme l’avoir rédigé depuis 2008. « Des enquêtes sont en cours dans le traitement de ce dossier », a affirmé le Colonel Yark qui appelé les Togolais à plus de vigilance en cette période sensible que traverse son pays.

Quête de transparence

Dans plusieurs centres de vote, chacun veut être l’artisan de la transparence souhaitée pour cette élection. Jeunes, hommes et femmes ont déserté leurs foyers dans pour suivre le dépouillement. Munis d’un bout de papier et d’un stylo, ils vont de salle en salle pour noter les scores réalisés par les différents candidats. « Il n’y a souvent pas de problème le jour de vote. C’est la proclamation des résultats qui complique les choses. Et pour éviter tous soupçons de fraudes au cas où la Céni communiquerait d’autres résultats à la population, nous montons la garde », nous a lancé un jeune de la trentaine, visiblement très passionné.

Dans certains quartiers de la capitale, des militants d’un candidat se sont illustrés dans des scènes de liesse, quand bien même « Lomé n’est pas le Togo », rétorque un militant du camp opposé.

Combien ont participé à cette élection à laquelle devait prendre part plus de 3,2 millions de Togolais ? Nul ne le sait. Pour l’instant, la Céni est en train de faire les comptes.

« La proclamation des résultats attendra plusieurs jours. Dans cette atmosphère, il n’est pas possible de communiquer des résultats provisoires par centre de vote sur toute l’étendue du territoire. Nous voulons éviter des frustrations et l’euphorie qui s’est emparée de plusieurs centres de vote. Attendons-nous plutôt à un résultat global », a déclaré Issifou Taffa Tabiou, le Président de la Céni qui a ajouté que « le code électoral prévoit la proclamation des résultats dans les huit jours qui suivent le jour du scrutin, mais nous voulons accélérer les choses ».

Depuis jeudi soir, les urnes des 5930 bureaux de vote répartis sur l’ensemble du territoire du pays continuent d’être acheminés vers les Céli qui transmettront le résultat de leurs procès verbaux à la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Vendredi matin, les activités ont repris « mais, cela ne nous empêche pas d’être prudent dans la circulation. On ne sait pas quand ca peut dégénérer. Ce que nous ne souhaitons pas », nous a soufflé un conducteur de taxi.

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