Prendre les relations franco-guinéennes par le bon bout

Le Président de la Guinée-Conakry, Alpha Condé, était jeudi en France pour un bref séjour. En provenance du Brésil, il est reparti aussitôt pour les Émirats Arabes Unis, ce qui peut laisser penser que Paris n’est qu’ «une simple escale » (cf africaintelligence) pour le chef d’État guinéen.

Il est vrai qu’historiquement, les relations entre la France et la Guinée-Conakry, notamment depuis son indépendance en 1958, ont été pour le moins distantes. Or, elles continuent à le rester, même depuis 2010 et l’élection du pourtant très francophile opposant historique, Alpha Condé. Son passage éclair, hier à Paris, n’a d’ailleurs suscité qu’un enthousiasme modéré auprès des milieux politiques et d’affaires français.

Des relations toujours pas à la hauteur de leur potentiel

Certes, la France est le quatrième fournisseur du pays, derrière entre autres la Chine et les Pays-Bas. Certes, en juin 2011, une importante délégation du MEDEF s’était rendue à Conakry pour prospecter et concrétiser quelques projets. Mais rien n’y fait. Les relations entre les deux pays ne sont toujours pas à la hauteur de leur potentiel et rien ne semble augurer du contraire dans un avenir proche.

Comment expliquer une telle situation ? Plusieurs raisons peuvent ici être avancées. Parmi celles-ci, figure le fait que la France est dépourvue d’acteurs miniers puissants, hors secteur de l’uranium, contrairement aux Anglo-Saxons, aux Brésiliens, aux Russes ou encore aux Émiratis, qui tous sont présents dans le pays. La Guinée dispose en effet d’un riche potentiel en la matière (un tiers des réserves mondiales de bauxite, or, diamant, fer, manganèse, zinc, cobalt, nickel, uranium), largement sous exploité à ce jour, puisque le secteur minier, qui contribue pour 15 à 20 % au PIB et pour plus de 85 % aux exportations du pays, n’assure que 25 % des recettes intérieures de l’Etat.

Les relations entre la Guinée et la France sont-elles, du coup, condamnées à demeurer en l’état ? Heureusement, rien n’est moins sûr. Les projets miniers, malgré l’immense richesse qu’ils laissent espérer (le chiffre de 165 milliards d’euros est avancé), s’inscrivent dans le long, voire le très long terme, les mises en exploitation supposant plusieurs années avant de voir viabilisées les zones concernées. Par ailleurs, il s’agit d’un secteur rentier, avec tous les effets pervers que cela peut induire sur l’économie, et peu inclusif, autrement dit ayant peu d’impact sur l’emploi.

Domaines dans lesquelles la coopération franco-guinéenne s’exprimer

Il y a un autre secteur qui lui, en revanche, a un impact économique et social fort, car il est particulièrement intensif en main d’œuvre. Il s’agit de l’agriculture. Or, sur ce plan également, la Guinée est particulièrement bien servie par la nature. Elle dispose notamment de quantité de terres arables, d’un climat favorable à nombre de cultures et de richesses hydrographiques immenses (elle est le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest). C’est précisément dans ce secteur agricole que la Guinée et la France peuvent le mieux faire valoir leurs complémentarités et nouer des relations mutuellement profitables, la France disposant dans ce domaine d’un savoir-faire et d’une expertise reconnus.

C’est également le cas en matière d’éducation et de formation. Les besoins en la matière sont particulièrement aiguës en Guinée-Conakry, tant le pays manque de ressources humaines qualifiées, ce qui nuit à son développement et à son attractivité. Or, la France dispose de nombreux programmes et établissements susceptibles de combler ce déficit. Qui plus est, dans le cadre du contrat « désendettement-développement », elle a dégagé une ligne de crédit pour la Guinée de l’ordre de 20 millions d’euros pour la formation pré-universitaire et de 15 millions d’euros pour la formation professionnelle.

Il y a naturellement d’autres domaines dans lesquelles la coopération franco-guinéenne peut trouver matière à s’exprimer. Les infrastructures – les réseaux électriques notamment – en sont un bon exemple, à condition d’accepter de prendre le risque et d’investir (ce qui est loin d’être toujours évident). Toutefois, c’est bien sur le secteur agricole, ainsi que sur l’éducation et la formation que le Président Condé devrait insister. Ce faisant, ce dernier ferait coup double : tout en contribuant à relancer les relations économiques entre la Guinée et la France, il mettrait son pays sur les rails d’une croissance inclusive, réellement et plus rapidement profitable au plus grand nombre.

Michael Cheylan pour CAP Afrique