Premier préfet français issu de l’immigration

Le premier préfet français issu de l’immigration a pris ses fonctions mercredi dans le Jura. Son nom : Aïssa Dermouche. Avec un curriculum vitae bien rempli, l’homme, à qui l’on prête un véritable sérieux dans le travail, prouve qu’on peut être immigré et accéder à l’une des plus hautes fonctions de la République. Retour sur le parcours d’un modèle d’intégration, dont la nomination a pourtant fait débat il y a quelques semaines.

Historique. Le premier préfet français issu de l’immigration a été investi dans ses fonctions mercredi dans le Jura. Aïssa Dermouche, d’origine kabyle, a été nommé au conseil des ministres. Pourtant, il y a quelques semaines, après une déclaration publique du ministre français de l’Intérieur qui annonçait le choix prochain d’un préfet musulman à titre de « discrimination positive », les esprits s’étaient échauffés.

Les 14 janvier marqueront à jamais la vie de Aïssa Dermouche. Né le 14 janvier 1947 à Alger, il est nommé préfet dans son pays d’adoption, jour pour jour, 39 ans plus tard. Né à Laperinne en Kabylie, il poursuit ses études secondaires à Alger avant de rejoindre la France à 18 ans, après son Bac. Ses études secondaires, il les achève par un doctorat en Sciences de l’information en 1978 et par deux Diplômes d’Etudes Appliquées l’un en Sciences sociales et l’autre en Sciences de gestion. Deux ans auparavant, en 1976, il était devenu professeur à l’Ecole supérieure de Nantes. Après treize années d’enseignement, il crée un Mastère en management hôtelier, baptisé l’école Audencia, dont il prend la direction en 1989. Amoureux de musique classique et pratiquant le golf, son image d’homme distingué a grandi, grâce au sérieux de son travail qui lui a valu en 1996, la Légion d’honneur.

Débat

Mais cette nomination n’est pas sans rappeler la déclaration de Nicolas Sarkozy du 20 novembre dernier. Le ministre de l’Intérieur avait annoncé, sur la deuxième chaîne nationale, la nomination dans les semaines ou les mois à venir, d’un préfet musulman. Le débat suscité par ces propos fait réagir le Chef de l’Etat qui s’était prononcé contre cette notion de « discrimination positive». La semaine dernière, Jacques Chirac s’est attribué le choix d’Aïssa Dermouche, en donnant des « instructions formelles à tous les ministres, surtout au ministre de l’Intérieur ».

Mercredi dernier, à l’issue de la réunion du conseil des ministres, pour faire taire la polémique, le Président français a rappelé que cette nomination « obéissait exclusivement à la juste reconnaissance du mérite ». « C’est une nomination qui vient reconnaître les qualités de cette personnalité qui a souhaité se mettre au service de la République », a-t-il ajouté.

Fierté

Bien entendu, il est difficile de joindre l’homme qui, depuis la prise de ses fonctions, court les réunions de conseils de sa préfecture mais son secrétariat promet qu’il va s’exprimer publiquement dans les jours à venir, « quand il aura tous ses dossiers en mains ».

Même si l’homme n’a jamais mis en avant ses origines kabyles, dans la communauté maghrébine, on ne peut s’empêcher de le citer comme un bon modèle d’intégration. Pour Stéphane Arrami, fondateur de Kabyle.com, un site Internet qui fait la promotion de la culture kabyle, cette nomination était «attendue depuis longtemps», parce que la communauté kabyle est une « des plus anciennes présente en France ». Et d’ajouter soulagé, que cela « devrait influencer dans le bon sens », les personnes de la même origine qui ressentent depuis toujours, « une frustration et un sentiment d’injustice » en matière d’intégration. Ahmed El Keiy, journaliste à Beur FM, trouve pour sa part « très satisfaisant qu’une personne issue de l’immigration occupe ce poste ».

Chez les personnes qui ont côtoyé le Nantais d’adoption, la réaction reste immuable : on se réjouit. Déjà, samedi dernier, le député-maire Jean-Marc Ayrault parlait de la « reconnaissance d’un parcours exemplaire ». Dans l’entourage du nouveau préfet, tout le monde peint un homme calme, simple, admirable. A Audencia, l’école de management qu’il a créée, la joie est également de mise. D’une voix souple et remplie d’émotion, une de ses collaboratrices, qui a souhaité garder l’anonymat, évoque un homme « extraordinaire, très rigoureux, très ouvert, hors du commun et qui mérite véritablement cette nomination ». Gageons que cette ascension (méritée) d’Aïssa Dermouche fera oublier à certains leur fatalisme et qu’elle leur donnera, au contraire, un bel exemple d’intégration.

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