Poursuivre l’oeuvre du Dr Lee en matière de santé en Afrique

Dans trois semaines, les ministres africains de la Santé convergeront vers Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, pour y participer à la session du Comité exécutif régional (REC) d’OMS/Afrique aux côtés de représentants des organismes donateurs, des partenaires et d’autres acteurs du secteur.

par Paul Ejime, Journaliste à la PANA
Dakar, Sénégal

L’organe directeur de l’organisme onusien chargé des questions de
santé et de développement au niveau d’un continent africain
frappé par la pauvreté, les conflits, les maladies et les
catastrophes humanitaires, sentira certainement le poids de
l’absence du Dr Jong-Wook Lee, l’ancien directeur général de
l’OMS décédé subitement le 22 mai dernier.

Le Dr Lee est décédé à l’âge de 61 ans, trois ans après son
élection au poste de directeur général de l’OMS pour un mandat de
cinq ans. Il fut un personnage clé de la santé publique dans le
monde. Le Dr Lee a été au service de l’Organisation mondiale pour
la Santé pendant 23 ans, exerçant tour à tour en qualité de
conseiller principal, de chef du Programme mondial Vaccins et
vaccinations de l’OMS et de directeur du programme « Halte à la
Tuberculose », entre autres nombreuses responsabilités de premier
plan.

Ce médecin, par ailleurs administrateur des services de santé, de
nationalité sud-coréenne aura, sans le moindre doute, laissé un
précieux héritage à la santé mondiale, sa passion et son
engagement en faveur de l’Afrique, notamment par les efforts
visibles qu’il a consentis afin de redresser les très mauvais
indicateurs de santé du continent, étant, à cet égard, très
éloquents.

En prenant ses fonctions à la tête de l’Organisation mondiale de
la santé, le Dr Lee n’avait pas caché sa solidarité avec
l’Afrique, un continent qui, de son point de vue, avait les mêmes
soucis de développement que son pays d’origine.

Pour le défunt directeur général de l’OMS, l’inégalité, qui « est
la cause profonde de la plupart des dangers et de l’insécurité
auxquels le monde est aujourd’hui confronté », avait un sens
particulier.

Une présence dans plusieurs pays africains

« Quand j’étais enfant, mon pays était pauvre et déchiré par la
guerre. Mon peuple connaissait les maux que vivaient et
continuent encore de vivre de nombreux pays pauvres. Les Coréens
de ma génération n’ont pas oublié les leçons du passé. Nous
savons ce que signifie faire face aux conflits, à la pauvreté et
aux maladies. C’est de cette expérience formatrice que me vient
ma détermination à insister sur les besoins de santé des
populations déshéritées », avait déclaré le Dr Lee à Genève,
devant les délégués à la 56ème Assemblée mondiale de la Santé,
après son élection, en mai 2003.

Ses fonctions de patron de l’OMS l’ont amené à visiter plus de 60
pays, qui avaient besoin de son leadership pour évaluer leurs
besoins de santé, que ce soit dans l’Océan indien, après le
tsunami, en Asie du Sud après les tremblements de terre ou dans
la région troublée du Darfour, au Soudan.

L’Angola, l’Afrique du Sud, le Kenya, Madagascar et Maurice sont
les autres pays africains ayant reçu la visite du Dr Lee.

Démonstration concrète de son attachement au continent, il a
participé et fortement contribué à toutes les trois sessions du
CER d’OMS/Afrique ayant suivi son élection, à savoir la 53ème
session en Afrique du Sud (2003), la 54ème session au Congo-
Brazzaville (2004) et la 55ème session au Mozambique (2005).

Une augmentation du budget consacré à l’Afrique

C’est à l’occasion de la réunion qui s’était tenue dans la
capitale mozambicaine que le Dr Lee avait annoncé une forte
augmentation de la contribution du siège de l’OMS aux activités
du Bureau Afrique de l’OMS.

« Le siège de l’OMS a déjà augmenté de 30% l’allocation au budget
du Bureau régional de l’OMS en Afrique pour les deux prochaines
années, soit la plus forte augmentation consentie à l’une des six
régions de l’OMS », avait-il annoncé à la PANA.

La région Afrique de l’OMS a reçu 22% des 190 millions de dollars
US environ de l’enveloppe globale inscrite au budget ordinaire
biennal, une hausse qui a porté à plus de 200 millions de dollars
les montants destinés à la région.

Malgré son apparence modeste, il a fait preuve d’audace et de
rigueur dans son leadership. Il a été reconnu le rôle
prépondérant qu’il a joué dans le processus de réforme de l’OMS
qui visait à contribuer à ce que l’organisme puisse satisfaire de
manière plus efficace les besoins de santé dans le monde, en
mettant plus particulièrement l’accent sur le recrutement et le
maintien en poste des personnels dotés des compétences requises.

De l’avis de ses collègues et collaborateurs, il a prêché par
l’exemple plutôt qu’en donnant des instructions, insistant, en
outre, sur la mise en oeuvre d’une stratégie financière
rigoureuse qui a permis de réduire les dépenses au niveau du
Siège et de renforcer les moyens des pays ayant le plus besoin de
financements.

Un plan ambitieux pour lutter contre le VIH/SIDA

Au moment où la communauté internationale en était encore au
stade des hésitations en ce qui concerne les mesures à prendre
pour lutter contre le VIH/SIDA, le Dr Lee, qui avait déjà joué un
rôle de leadership exemplaire dans la lutte mondiale contre la
polio, la tuberculose et d’autres maladies transmissibles, a
annoncé l’ambitieuse initiative « 3X5 », définie pour mettre, d’ici
l’an 2005, trois millions de personnes vivant avec le VIH sous
traitement antirétroviral.

Cet objectif n’a malheureusement pas été atteint, mais ce n’est
pas en raison d’une absence de leadership ou d’engagement de
l’OMS sous la direction du Dr Lee.

« Il ne s’agit pas d’une question de sous estimation ou de
surestimation. Lorsque nous avons défini cet objectif, il y a
deux ans, le traitement n’était alors disponible que pour 300.000
personnes et je crois que passer de ce chiffre à 1,5 million
nécessite un énorme saut qualitatif », avait encore indiqué le Dr
Lee à la fin de l’année 2005. « Nous savions ce que nous tentions
d’entreprendre et c’était bien d’avoir fixé un objectif ambitieux
car si nous avions fixé la barre à un million et avions ensuite
dépassé cette cible, nous serions là à nous féliciter alors que
les gens continueraient de mourir ».

La majeure partie des 1,5 million de personnes qui bénéficient
aujourd’hui du traitement aux antirétroviraux vivent en Afrique,
un continent où la pandémie a eu les effets les plus désastreux.

De l’avis du Dr Lee, l’OMS a créé une dynamique et, s’inspirant de cet exemple, le G-8 s’est fixé un objectif encore plus ambitieux, l’accès universel, d’ici 2010, au traitement de toutes les personnes en ayant besoin.

« L’accès de tous aux soins de santé requis est aujourd’hui
reconnu non seulement comme absolument nécessaire mais aussi comme tout à fait faisable », a-t-il indiqué, tout en notant que les prix des médicaments antirétroviraux avaient commencé à chuter au fur et à mesure que les produits devenaient plus faciles d’accès.

Une des 100 personnalités les plus influentes du monde

Le Dr Lee a également mis sur pied le Dispositif mondial
d’Approvisionnement en Médicaments pour faciliter l’accès au traitement antituberculeux et joué un rôle moteur dans les efforts consentis par la communauté internationale pour atténuer la menace de la grippe aviaire.

La volonté du personnage dans son action contre les problèmes de santé dans le monde était si affirmée qu’au mois d’avril dernier, soit peu de temps avant sa disparition, le magazine Time l’avait cité parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde.

Dans son hommage, le secrétaire général des Nations unies, Kofi
Annan, avait fait remarquer que « Lee Jong-Wonk était un homme de
conviction et de passion. »

« Il a été une voix puissante qui s’est exprimée en faveur du
droit de chaque homme, de chaque femme et de chaque enfant à la
prévention des maladies et aux soins, plaidant pour la défense
des intérêts des plus démunis.

« Il a affronté de face les problèmes les plus ardus, tout en
respectant les plus nobles principes. Il nous manquera beaucoup,
mais l’histoire retiendra les nombreuses contributions de Lee
Jong-Wook à la santé publique », avait noté le secrétaire général
des Nations unies.

Le Dr Lee, qui n’avait pas un goût trop prononcé pour le
protocole avait le contact facile avec les médias.

Dans la dernière interview qu’il avait accordée à la PANA en
marge de la 55ème session ministérielle de l’OMS/Afrique, à
Maputo, il avait promis l’appui constant du siège de l’OMS à
l’Afrique dans le domaine du renforcement de ses capacités et de
ses systèmes de santé en mauvais état afin de combattre les
effets dévastateurs du VIH/SIDA, de la tuberculose et du
paludisme.

Il a aussi promis que l’organisme onusien aiderait le continent à
prendre en charge la question de l’expatriation des travailleurs
de la santé qualifiés vers les pays développés.

Pour une revaloraisation de la médecine traditionnelle

Si de nombreux médecins formés en Occident traitent la médecine
traditionnelle avec un certain mépris, le Dr Lee a lui ouvert la
voie en déclarant publiquement que médicaments modernes et
traditionnels étaient complémentaires.

« Quand j’étais enfant, j’ai été traité, malade ou pas, au moyen
de la médecine traditionnelle et le fait que je sois aujourd’hui
directeur général de l’OMS signifie qu’ils (les médicaments) ont
été bons pour moi », avait-il affirmé le 1 septembre 2003, à
Pretoria, à l’occasion d’une cérémonie conjointe organisée afin
de marquer le lancement du Centre national de Référence de
l’Afrique du Sud pour les Médicaments traditionnels et de la
première Journée de la Médecine traditionnelle africaine.

Il est évident que les problèmes de santé du continent ne
disparaîtront pas du jour au lendemain.

Au moment où le monde attend l’élection du successeur du Dr Lee,
ce serait lui rendre un hommage mérité que de poursuivre son
oeuvre en facilitant l’accès à des soins de santé à moindre coût
dans le monde entier, notamment dans les régions pauvres de la
planète.

Tous les acteurs doivent faire preuve d’un engagement sans faille
et, pour leur part, les dirigeants africains devraient augmenter
les allocations budgétaires destinées à la santé pour respecter,
voire dépasser, les 15% identifiés comme le minimum requis pour
obtenir des résultats significatifs.