Pour son nouveau syndicat, la police tunisienne ne doit pas être le bouc émissaire

La police pâtit aujourd’hui d’un lourd passif avec la population qui veut rayer de son paysage des comportements d’un autre temps. Or, cela ne vient que par une vaste campagne d’assainissement, grosse pomme de discorde. Les victimes d’un coté, le peuple solidaire de l’autre, les agents coupables derrière, et les policiers honnêtes coincés au milieu. Sauf que lorsque la police parle en public elle parle d’une seule voix dans la même direction, ce qui perturbe la population en quête de jugements et de mea-culpa. En off, par contre, beaucoup prennent leur distance avec les pratiques d’une partie de leur collègues et dénoncent même leur hégémonie à une certaine époque. Cette partie fautive que certains qualifient de minoritaire, d’autre d’égalitaire, n’est pas aujourd’hui identifiable. Résultat, des agents de la circulation insultés, parfois agressés, des policiers qui circulent sans pièce d’identité et des fonctionnaires de maintien de la paix qui ne travaillent plus en paix. La solution ? Neutraliser les mauvais éléments quels qu’ils soient, et améliorer les conditions de travail des autres et les valoriser. Le syndicat de la police, interrogé sur ces questions nous a livré sa vision des choses et quelques documents. Rencontré fin avril et s’exprimant à travers M. Chokri Hmada ce tout jeune syndicat tente de faire tampon entre l’administration et les exécutants et de concilier toutes les factions de la police qui divergent en son sein.

Afrik.com: Vous êtes l’un des fondateurs du syndicat de la police, pouvez vous nous raconter sa genèse ?

C.Hamada :
Je suis membre du bureau fondateur qui s’est organisé le 21 janvier pour rejeter l’ère révolue et dire non à 57 ans de désastre et d’accumulations diverses subies. Tout le monde s’était rebellé contre le système précédent et nous étions la seule faction du peuple qui, tout en travaillant, ne se prononçait pas. Pourtant, ce système ne nous convenait pas non plus. Nous sommes tout autant concernés. Nous sommes tunisiens et nous avons vécu l’ère précédente comme tous les tunisiens, nous avons donc observé, subi et haï les mêmes choses que rejette la société tunisienne aujourd’hui. Sauf que nous ne pouvions pas nous exprimer. Comme tous citoyens, et indépendamment de notre appartenance au ministère de l’intérieur, nous avons voulu participer à cette reconstruction. L’idée est venue de façon très spontanée.

Afrik.com : Quelles sont vos principales revendications, vous qui n’en avez pas eu durant 23 ans alors que vous dites que cela va mal depuis longtemps ?

C.Hamada
:
Nos revendications vont dans le sens de la masse, nous voulons rapprocher la police des citoyens par une meilleure compréhension, une implication plus profonde, une formation adaptée et sérieuse des agents qui seront amenés à enquêter ou a interagir avec le public. Comment voulez vous qu’un agent qui travaille 20h sur 24 soit en mesure de se comporter normalement au bout de plusieurs jours à ce rythme ? Vous savez, beaucoup de jeunes recrues se retrouvent propulsés dans des postes alors qu’ils ne maitrisent pas encore les fondamentaux du métier. Nous avons tous appris sur le tas et nos réussites sur le terrain tiennent de l’effort personnel. Nos structures sont trop éclatées et il n’y a pas de spécialité par domaine. L’agent se retrouve à faire tout en même temps, du judiciaire, de l’administratif, du secours, de l’enquête, du relevé de preuves…. les conditions de travail se sont tellement dégradées que le service fourni lui même en pâtit. Il m’arrive d’être scandalisé par le manque de maitrise des jeunes recrues qu’on livre à leurs sort sans suivi ni formation adaptée. Ce syndicat s’est aussi crée pour faire tampon entre les agents et l’administration.

Afrik.com : Comment cela s’est-il organisé ? Cela semble encore un peu éclaté, même si le port du brassard rouge en signe de contestation a été largement suivi par les agents.

C.Hamada :
Tout a commencé par des petits groupes qui se rencontraient, ensuite on a cherché à rassembler tous les groupes. L’organisation de tout ça a été très difficile.

Afrik.com : Votre administration, est elle intervenue lors de la naissance du syndicat ? En d’autres termes avez vous subi des pressions?

C.Hamada :
Quelques soient les pressions et les rejets nous disons à ceux là, que le syndicat existe de fait.

Afrik.com : Mais avez vous subi des pressions ?

C.Hamada :
Écoutez, il n’y pas de travail syndical qui nait dans le coton. Il y a des cadres qui ne sont pas favorables à l’idée du syndicat. Dans la police c’est presque acquis mais dans la gendarmerie et la protection civile c’est plus dur.

Après avoir défilé dans la rue, nous avons eu une décision du gouvernement autorisant la création d’un syndicat. Nous avons donc présenté notre dossier et nous attendons toujours le visa. Il y a un délai légal. En attendant, nous avons acquis une certaine légitimité grâce à nos actions et à une ordonnance émise par le ministre de l’intérieur, Farhat Errajhi.

Afrik.com : Que dit cette ordonnance ?

C.Hamada :
Elle reconnait le droit aux fonctionnaires de police de se regrouper en syndicat, mais paradoxalement, ce ministre est parti sans nous accorder le visa alors qu’il a autorisé plus de 50 partis. Bien entendu, nous pouvons comprendre qu’il s’agit d’une question de délais. Nous attendons donc la révision des articles 11 et 12, et la publication dans le journal officiel. Mais nous considérons que notre légitimité est acquise.

Afrik.com : Avez-vous trouvé du soutien ou de l’écho chez vos supérieurs ?

C.Hamada :
Au niveau des responsables et décisionnaires de notre ministère, le directeur général de la sécurité publique M. Nabil Abid et le directeur général de la sécurité nationale, M. Taoufik Dimassi qui ont bien réagi et comprennent notre situation.

Afrik.com : Et les autres ?

C.Hamada :
Les autres, c’est compliqué, que ce soit le porte parole, le chef de cabinet du ministre ou le ministre lui même. Cela a été difficile, on nous a fait revenir plusieurs fois, on ne prenait pas de position claire, en fait on n’a pas pu en discuter sérieusement. C’est flou à l’image des propos du porte parole.

Afrik.com : Un porte-parole ne fait que rapporter la parole du ministère, il ne la fait pas. C’est donc au ministère que cela coince ? À quel niveau ?

C.Hamada
: Je ne saurais pas vous dire, mais ce qui est déclaré n’est ni clair pour le citoyen ordinaire, ni clair pour nous ! Arrêtons avec les phrases bateau, c’en est fini de tout ça ! Il faut que le discours soit franc et serein, et pas entre deux. Si les réponses sont catégoriques, elles ne prêteront à une aucune confusion ou erreur d’interprétation, et ça démontre en plus une volonté de transparence.
Nous ne sommes pas dans un rejet bête, mais le porte parole s’il s’exprime au nom du ministère comme vous le dites, il ne nous représente pas, il représente l’administration. Il faut faire la distinction. Nous nous sommes organisés et nous avons aujourd’hui nos propres portes paroles.

Afrik.com : On a remarqué mardi 19 avril un mouvement « social » largement suivi par les fonctionnaires de police qui consistait à porter au bras un brassard rouge. Quel est le message et que dénoncez-vous?

C.Hamada:
Ce brassard, c’est à cause de la campagne de dénigrement que nous subissons. Nous acceptons le principe de rendre des comptes mais que les jugements s’étendent à tous les secteurs, il n’est pas logique que nous soyons arbitrés par une justice gangrénée, il ne faut pas apurer un secteur plutôt qu’un autre,

Afrik.com : Cela veut dire que vous rejetez les enquêtes au motif que la justice est encore gangrenée ?

C.Hamada :
Nous ne rejetons pas les enquêtes, mais que l’arbitre n’ait rien a se reprocher, les fonctionnaires de police seront jugés par une justice qui sera elle même jugée plus tard !!

Afrik.com : C’est donc votre réponse ?

C.Hamada :
Tout le monde a le droit à un procès équitable et quelques fois les coupables ne sont pas ceux auxquels vous pensez. Nous acceptons les enquêtes mais nous refusons de payer pour les autres. Les victimes doivent s’adresser à qui ? A la justice ? A la commission d’élucidation des vérités qui collabore avec et qui commet des erreurs ? Cette justice est gangrénée, alors qui est arrivé avant, l’œuf ou la poule ?!! C’est un casse tête pour nous aussi.

Afrik.com : Que reprochez-vous à la commission d’élucidation des vérités ?

C.Hamada :
D’abord, les déclarations qui visent directement la police et qui crispent davantage la relation entre le peuple et la police. Ensuite les victimes collatérales que sont les familles et surtout les enfants de ces agents qui en souffrent vraiment, ils sont insultés, invectivés et même agressés lorsque l’on sait à l’école qu’ils sont enfants de policiers.

Nous sommes dans une période délicate, nous travaillons dans des conditions difficiles et nous sommes la cible d’attaques. Au lieu de se mettre la main dans la main pour sortir de la crise, tout ce qui se passe divise la population et la coupe de sa police qui n’est pas cet organe pourri et sans cœur qu’on décrit.

De plus, M.Bouderbala annonce disposer de documents que des citoyens ont soit disant récupéré dans des postes de police à Kasserine. Pour moi ce sont des aveux a peine cachés de méthodes d’investigation douteuses, j’aimerais savoir comment ces personnes se sont procuré ces documents ? Comment sont ils entrés alors qu’on déplore des actes de vandalisme partout ? N’est ce pas là donner un alibi aux pilleurs ?

Afrik.com : C’était peut être une opération de sauvetage de documents après ces actes de vandalisme dont vous parlez …?

C.Hamada :
Vous vivez dans un espèce de rêve enfantin, c’est-à-dire que pour vous, 3000 personnes attaquant un poste de police pour le bruler, le piller et peut être aussi s’accrocher avec les agents sur place, devient un acte héroïque, dites donc!

Afrik.com : Toujours est-il que les documents qui n’ont pas été détruits pourront éclairer des faits sur lesquelles les deux parties s’opposent.

C.Hamada :
J’aimerais bien les voir moi ces documents, nous voulons tout autant élucider ces affaires, on les agite comme si c’était une vérité absolue, comme si cela excusait les actes de vandalismes perpétrés contre les postes de police mais aussi les maisons des agents car il y a eu aussi des victimes parmi la police. Nous refusons de faire les frais d’un système qui nous a aussi fait beaucoup de tort. Le dictateur était très puissant et il régissait tout le pays d’une main de fer, un pays entier à ses ordres et non pas seulement la police, tous les secteurs.

Afrik.com : Le pays était à ses ordres grâce, entre autres, à un appareil policier redouté.

C.Hamada :
Mais la police aussi était commandée, surveillée et obligée d’exécuter, on a tellement tendance à amplifier la prépotence de la police, on pensait que le pays comptait un policier pour deux citoyens alors que c’est tellement loin des réalités. Tout le monde se pliait au système bien rodé. Ben Ali recevait plein d’argent des américains et européens pour éradiquer soit disant le terrorisme et l’extrémisme. Cet argent partait ou ? Il en gardait bien sur mais beaucoup de hauts fonctionnaires dans tous les secteurs en ont bénéficié avec les partis politiques, tous sans exception. Aujourd’hui ils viennent en héros tout épingler sur le dos de la police.

Afrik.com : Un braquage vis à vis des enquêtes risque de cristalliser le ressentiment,. Cela fait quatre mois que l’attente est forte.

C.Hamada :
Nous ne refusons pas les enquêtes dans le principe mais nous refusons la manière dont cela se fait. Nous en sommes là et c’est inextricable. Mais depuis le 14 janvier le ministère de l’intérieur a aussi changé.

Afrik.com: Peut-on croire que ce ministère ait changé alors qu’il abriterait encore des gens qui doivent rendre des comptes?

C.Hamada :
Il y a aujourd’hui du « talfiq » (diffamation). Regardez ce qui s’est passé avec Khaled el Ghazoueni au Kef, nous sommes pris pour cible aujourd’hui et nous risquons des procès expéditifs qui nous feront pèle mêle, bons et mauvais, porter le chapeau. Le ministère a bien changé, il n’y a plus de police politique, les directeurs ont changé, les conditions de vie dans le pays ont changé. Il y a une liberté d’expression et l’équilibre des forces a bien changé.

Afrik.com: En attendant cette justice idéale, il se pourrait que les éléments non identifiés s’attellent à des taches judiciaires et sécuritaires, ce qui brouillera davantage les pistes. Avez vous cherché à faire votre propre enquête et à les identifier ?

C.Hamada :
Ce n’est pas une question! Il y a le bon et le mauvais comme partout, je vous rappelle que c’est le cas de tous les autres secteurs. Tout appareil d’état a besoin de temps pour se réorganiser et se remettre en question. Mais précisez votre question.

Afrik.com : La revendication qui revient souvent c’est la poursuite sérieuse de ceux qui ont torturé, tué, versé dans la délation, les fabrications de fausses preuves… Comment se positionne votre syndicat ?

C.Hamada :
Cela signifie qu’il y a des victimes et elles doivent se faire connaitre, personne ne doit parler en leurs noms. Après le 14 janvier beaucoup d’instances à l’instar de la justice et des fameuses commissions sont prêtes à les entendre, et si les conditions de procès équitables sont réunies. Et bien que ceux qui ont commis ce genre d’actes payent.

Afrik.com: Vous vous plaignez de l’image de la police, que faites vous pour la restaurer?

C.Hamada :
En tant que syndicat, nous sommes en phase de création et si vous parlez de syndicat, vous parlez de défense de fonctionnaires. Si je devais appeler à juger les mauvais éléments, je dois aussi appeler à considérer les cas de collègues injustement accusés, comme l’affaire de Wardanine, qui a déchainé les passions alors que la vraie histoire n’a rien a voir avec ce qui se colporte.

Afrik.com : Quelle est votre version ?

C.Hamada :
Il s’agissait en fait d’une patrouille en service composée d’un chef de poste et d’un chef de salle entre autres. Ils avaient reçu l’instruction d’aller au poste de police d’Elwardanine. Ils étaient en mission, et ce sur la foi d’un signalement de l’incendie imminent du poste de police. Cette information a été donnée par un citoyen dont j’ai le témoignage. Je vous lis le procès verbal de l’affaire datant du 16/03/2011 concernant les faits du 15/01/2011, les chefs d’accusation sont « complot contre la sureté de l’état, incitation à la haine et au port d’armes, meurtre avec préméditation, port d’armes sans autorisation, en plus d’autres crimes additionnels »
Regardez bien la liste des accusés ( vu), « Kais ben Ali, Zine ben Ali, Leila Trabelsi et tous ceux dont les investigations démontreront l’implication. » maintenant je vous lis la liste des suspects arrêtes (vu), « wajdi E., hachemei B., abdelkader M, nizar F, abdelkader M., Ahmed N., najib M., ali C, abdelmejid Q., lotfi G., sahbi M., walid Z., kais H., sleh F., sadok L. et noureddine A. » parmi ces 14 personnes, vous avez bien lu le nom de Kais ?

Afrik.com : Et quel est le rapport ?

C.Hamada :
Il y avait bien donc dans l’un des véhicules, un dénommé Kais, l’un des habitants l’ayant reconnu et scandé son nom, cela a tout de suite prêté à confusion. Les citoyens se sont vite rassemblés autour du véhicule croyant encercler Kais ben Ali en fuite. Ils ont crevé les pneus en se montrant très agressifs. Il y avait en fait 14 agents de police en mission, en tenue et civils tous équipés de gilets par balles.

Voici le PV d’audition des témoins, qui disent qu’il n’y avait que ces 14 personnes et pas de Kais ben Ali. Il y a aussi un témoignage de l’armée qui dit avoir pris en charge ces personnes là, et qu’il n’y avait donc pas Kais ben Ali.

Afrik.com : Ou est ce document ? je ne le vois pas dans le dossier

C.Hamada :
Je ne l’ai pas dans ce dossier, je vous le transmetrai plus tard.

Ces collègues ont été arrêtes 18 jours après les incidents de Wardanine et ont été interrogés et écroués alors. Voici maintenant les témoignages en ma possession qui donnent une toute autre version, comme quoi un certain Weld C. faisait une tentative d’incendie dans le poste de police local.

Afrik.com : Lors des violences juste après la chute de ben Ali, les policiers avaient disparu n’était ce pas là une désertion ?

C.Hamada :
La police n’a pas déserté, il s’agissait de couvre feu, donc ils n’avaient tout simplement pas le droit de circuler. Tout le monde devait observer la même consigne.

Afrik.com : On leur a clairement dit de rester chez eux ?

C.Hamada :
Absolument, , le pays a été régi par l’armée, on a du obtempérer.

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Afrik.com : Pour les patrouilles mixtes entre soldats et gendarmes, comment se passe la collaboration ?

C.Hamada :
Je ne pourrai pas vous répondre avec précision sur ces patrouilles, je n’en ai jamais fait partie. Je sais qu’il y a quelques discordes sur la manière de travailler, mais rien d’insurmontable.
Les patrouilles mixtes n’existaient pas en temps d’état d’urgence. Après, il y a eu collaboration, parce que le travail de terrain et les patrouilles de quartier ce n’est pas la spécialité de l’armée, ils ont pour cela besoin de faire appel à nous.

Afrik.com : Le général Ammar a-t-il vraiment élu domicile au ministère de l’intérieur ?

C.Hamada :
Je peux vous dire qu’il était très présent.

Afrik.com : Il travaillait dans les locaux du ministère de l’intérieur ?

C.Hamada :
C’est un militaire, comment voulez vous qu’il travaille au ministère de l’intérieur ? On avait un ministre de l’intérieur et M. Rachid Ammar.

Afrik.com : Le ministère compte aujourd’hui en son sein des directeurs qui viennent de l’armée, que pouvez vous nous en dire ?

C.Hamada :
Au niveau de l’administration centrale de la police, il n’y a pas de militaires, mais il y a eu des nominations à la direction de la gendarmerie.

Afrik.com : Pourquoi selon vous, Farhat Errajhi a-t-il été remplacé ?

C.Hamada : Je ne voudrais pas extrapoler, je veux juste poser des questions ; Qu’a-t-il apporté au pays ? Deux grandes manifs ?

Afrik.com : Vous oubliez la dissolution de la police politique et l’éviction de 40 directeurs….

C.Hamada :
Ah oui et cela a donné quoi ? Est ce que la sécurité du pays s’est améliorée, est ce que cela résolu les problèmes sur ce plan là ?

Afrik.com : Si la sécurité ne s’est pas améliorée, cela pourrait aussi être du fait de ceux qui la font, c’est à dire les policiers. Cela pourrait être aussi une tactique pour le discréditer aussi….

C.Hamada :
C’est ce qu’il dit, mais la police a bel et bien appliqué les consignes qu’il leur a données. Et encore, faut-il que ces consignes existent. Lorsque le ministère de l’intérieur a été pris pour cible, j’aimerais bien savoir ou il était. Il était déjà absent depuis plusieurs jours. Pour ce qui s’est passé à la kasbah je ne peux qu’exprimer mon étonnement. Figurez vous que quelques instants avant l’accord avec les manifestants, l’armée a retiré ses barrières et s’est retirée laissant les manifestants face à face avec la police alors qu’un accord venait d’être trouvé entre les manifestants et le gouvernement provisoire.

Afrik.com : Quel rapport faites vous entre le retrait de l’armée et les incidents qui ont suivi ?

C.Hamada :
Je me pose des questions, je regarde les faits et je constate. Comment se fait-il que des casseurs aient pu s’introduire dans le périmètre sécurisé par l’armée et même se poser sur des engins militaires pour lancer leurs pierres ? Comment se fait-il qu’ils n’aient pas été arrêtés ou dissuadés, et plus généralement comment se fait-il que d’autres édifices gardés par l’armée, comme les postes, aient pu être incendiés ? Je défends le principe qui dit que tout édifice orné d’un drapeau doit être protégé. Vous avez aussi entendu parler de ce qui s’est passé à Tajerwin, et comment les agents encerclés et en danger ont préféré sauter du 3eme étage, alors que l’armée présente n’a pas réagi, les locaux et des voitures ont brulé.

Afrik.com : Maintenez vous la version selon laquelle ce jour là, il n’y avait au ministère que 70 policiers ?

C.Hamada :
Vous savez les gens quand ils voient des policiers, ils les comptent toujours fois quatre !!! Si vous comptez l’administration et les agents, police et gendarmerie confondus, vous arriverez à peine à 90 personnes !

Afrik.com : Pour finir avec le sujet de l’assainissement du corps de la police, allez vous trouver un compromis entre toutes vos composantes pour condamner clairement les agissements pointés du doigt par les tunisiens et accepter les enquêtes ?

C.Hamada :
Pour l’instant ce sont des allégations. Que les victimes se fassent connaitre et nous sommes prêts a toute investigation. Le problème c’est que tout le monde court aux condamnations hâtives, pour des considérations politiques et des fins personnelles. La loi est notre unique référence, que ceux qui l’ont outre passée prennent leurs responsabilités.

Afrik.com : Alors le problème ne se pose pas, vous souhaitez la même chose que la commission et ceux qui réclament justice.

C. Hamada :
Nous n’avions pas de souci au départ, mais je vous invite à écouter la déclaration de M.Bouderbala, vous comprendrez notre position concernant cette commission.

Afrik.com : ce monsieur rapporté ce qu’on lui a déclaré lors de ses enquêtes, il a aussi précisé qu’un certain nombre de fonctionnaires de police ont été accusés à tort.. si cette commission ne communiquait pas, le doute s’installerait, vous n’ignorez pas qu’ il y a une forte demande aujourd’hui comme vous le savez, c’est rappelé à chaque contestation.

C. Hamada :
Il a proféré des accusations très précises, il a provoqué un tapage médiatique désignant directement les policiers comme coupables… Il est tenu par un devoir de réserve jusqu’à l’éventuelle condamnation des personnes suspectées. Il est appelé a travailler en toute discrétion. M.Bouderbala travaille avec une ordonnance présidentielle qu’il doit respecter scrupuleusement, il ne peut pas s’exprimer à tort et travers pour condamner telle personne ou telle autre, il y a des règles à respecter.

Afrik.com : La commission passera bientôt à la phase suivante, c’est à dire l’audition des fonctionnaires de police, comment allez vous réagir ?

C.Hamada :
Nous n’avons pas de souci sur le principe d’établir les faits, nous avons tout intérêt à ce que les vérités soient connues parce que nous pâtissons d’une grande campagne de dénigrement et que nous ne bénéficions aucunement de conditions équitables, nous ne sommes pas audibles comme victimes. Notre seul souci, c’est les déclarations avant terme qui chargent le climat davantage alors que les faits ne sont pas encore définitivement établis et qu’aucune condamnation n’a été prononcée. Je m’adresse à M. Bouderbala pour lui dire qu’il a eu tort de désigner des gens avant d’avoir tous les éléments en mains et cela a des répercussions sur des familles et des enfants.

Afrik.com : Il n’a pourtant cité aucun nom ?

C.Hamada :
C’est là tout le problème. Il aurait dû désigner formellement les coupables au lieu de toucher toute la profession.

Afrik.com : Allez vous collaborer avec cette commission donc et lui faciliter la tache en lui procurant toute documentation utile ?

C.Hamada :
Nous n’allons rien bloquer, au contraire je vous l’ai dit. Nous avons tout intérêt à ce que les faits soient élucidés, les policiers ont aussi leur version des faits qui devra être entendue, donc nous sommes prêts à fournir tous les témoignages et documents si nous sommes sollicités. Cette commission demande et elle trouvera toute l’aide dont elle aura besoin, mais dans le cadre de la loi et sans verser dans les jugements populaires.