Pour la première fois, un blogueur condamné à de la prison ferme en Egypte

La cour d’appel d’Alexandrie, en Egypte, a confirmé, lundi, la condamnation à quatre ans de prison ferme du blogueur Abdel Karim Souleïmane, connu sous la pseudonyme de Karim Amer, pour blasphème et insulte au Président Moubarak. Cette sanction a été perçue par des ONG telle que Reporter Sans Frontières (RSF) comme un recul de la liberté d’expression dans le pays.

La cour d’appel d’Alexandrie, en Egypte, a condamné lundi à quatre ans de prison ferme pour atteinte à l’islam et diffamation du président Hosni Moubarak, Abdel Karim Souleïmane, un jeune blogueur de 22 ans connu sous le pseudonyme de Karim Amer. Ce jugement confirme celui qu’il a subi le 22 février dernier. Il a écopé de trois ans de prison pour atteinte à la religion et à un an de plus pour offense au Président Moubarak.

Abdel Karim Souleïmane avait affirmé sur son blog que l’université Al Azhar, autorité de la communauté sunnite au Caire, diffusait des idées extrémistes et avait comparé Moubarak à un pharaon. Cette condamnation a créé un sentiment d’inquiétude auprès d’ONG qui l’ont interprétée comme un recul de la liberté d’expression dans le pays.

« C’est un très mauvais signe pour la liberté d’expression en Egypte, et surtout un message extrêmement menaçant adressé aux autres blogueurs égyptiens », a déclaré Julien Pain, responsable du bureau internet de Reporter sans frontières (RSF). Car pour l’organisation, la « blogosphère » est un contre-pouvoir efficace face aux dérives autoritaires du gouvernement.

L’arrestation du jeune blogueur avait coïncidé avec un rapport de RSF citant l’Egypte parmi les 13 pays « ennemis de l’internet ». Le porte-parole au Caire de Human Rights Watch (HRW), Elijah Zarwan craint aujourd’hui que cette décision de justice ne ferme « des fenêtres cruciales pour la liberté d’expression.

La condamnation « reflète la direction religieuse prise par le gouvernement »

L’an dernier, plusieurs blogueurs égyptien avaient été arrêtés puis relâchés. Mais Abdel Karim Souleïmane est le premier à être incarcéré. Il avait déjà été condamné une première fois en octobre 2005 et emprisonné pendant douze jours pour avoir parlé sur son blog de l’islam et des émeutes interconfessionnelles qui avaient eu lieu le même mois dans le quartier Maharram Bek d’Alexandrie. En mars 2006, alors étudiant à l’université Al Azhar, l’un des fiefs des Frères Musulmans, il avait été renvoyé par le conseil de discipline qui l’avait estimé coupable de blasphème contre l’islam en raison du contenu de son blog. Le 7 novembre dernier, il a comparu devant le procureur général à Alexandrie suite à une plainte déposée par l’université. Placé en détention, il est resté en prison jusqu’au verdict définitif de lundi.

Karim Amer est contre l’intrusion de la religion dans la vie publique et son empire sur le comportement des hommes. En en-tête de son blog, il a mis le texte suivant : In memoriam Christoph Probst, Hans Scholl, Sophie Scholl exécutés le 22 janvier 1943 pour avoir osé dire non à Hitler et oui à la liberté et à la justice pour tous. Ses prises de position ne lui valent pas la sympathie de l’opinion publique dans un pays de plus en plus conservateur où les islamistes sont la première force d’opposition. Et il a été condamné publiquement par son père, de tradition conservatrice, et qui réclame à ce que son fils soit châtié pour son athéisme.

Cependant, son arrestation est jugée excessive par une minorité qui se dit prête à le soutenir. A l’exemple de cette jeune femme voilé, interrogée au Caire par l’AFP, qui affirme ne pas adhérer aux idées du blogueur mais se déclare prête à le défendre jusqu’au bout, estimant que cette condamnation « reflète la direction religieuse prise par le gouvernement » influencé de plus en plus par les Frères Musulmans.