Pour l’égalité homme/femme en Algérie

Le Collectif 95 Maghreb-Egalité section Algérie vient de publier les résultats d’un sondage réalisé en novembre 2000 visant à mesurer le degré d’égalité homme/femme dans la population. Les résultats montrent une nette évolution des mentalités et plaident en faveur d’une révision du code de la famille inspiré du droit musulman. Interview de Nadia Ait Zai, membre du Collectif.

La population algérienne est prête pour une plus grande égalité entre les hommes et les femmes. Les résultats de l’enquête menée en novembre 2000 par le Collectif 95 Maghreb-Egalité* montrent une nette évolution des mentalités dans le pays. Financé par le Fonds des Nations unies pour les femmes (Unifem), le sondage national a été réalisé dans 18 wilayates (départements) sur un échantillon de 1220 personnes avec la même proportion d’hommes et de femmes. Un des objectifs clé de l’initiative est la révision du code de la famille issu exclusivement du droit musulman. Pour Nadia Ait Zai, juriste et membre du Collectif, il s’agit de retravailler une législation coranique figée depuis le XIIème siècle.

Afrik : Vous militez pour la révision du code de la famille, pourquoi ?

Nadia Ait Zai : Le code de la famille algérien est jeune (il date de 1984, ndlr) mais il à l’air très vieux. La femme a très peu de droit, aucun en ce qui concerne par exemple ses enfants. C’est le père qui a l’entière autorité parentale. Ce code de la famille relève uniquement du droit musulman. Un droit figé depuis le XIIème siècle. Nous militons pour l’Ijtihad (effort d’interprétation, ndlr) pour que l’on rouvre  » la porte de l’interprétation  » et que les savants retravaillent un droit qui ne correspond plus à l’époque actuelle.

Afrik : Si ce droit est religieux, n’est-il pas immuable ?

Nadia Ait Zai : Il y a la religion avec tout son côté spirituel et qui concerne sa relation avec Dieu mais il y a aussi un côté juridique quant à l’organisation de la société. Cet aspect des choses a été bâti d’après les règles du Coran mais aussi d’après certaines coutumes qui n’ont rien de religieux. La polygamie, par exemple, existait bien avant la révélation coranique. Le prophète a simplement descendu le nombre d’épouses de 10 à 4 femmes.

Afrik : Que révèlent les chiffres ?

Nadia Ait Zai : L’enquête est riche d’enseignements et il y a de nombreux chiffres intéressants qui expriment, soit les avancées, soit la rigidité des mentalités. Par exemple, près de 6 hommes sur dix refusent la polygamie, une proportion qui est de 8 sur 10 chez les femmes. Le sondage montre aussi que 8 Algériens sur 10 sont pour que les femmes aient les mêmes droits au divorce et que 98% d’entre eux sont pour que l’épouse divorcée qui a la garde de ses enfants reste au domicile conjugal (légalement une femme divorcée doit quitter le domicile du couple, ndlr). Ou encore que 6 Algériens sur 10 sont favorables à ce qu’une femme divorcée et qui se remarie ait le droit de garder ses enfants. Les chiffres montrent aussi que 82% des personnes interrogées sont pour le partage de l’autorité parentale.

Afrik : Qu’est ce que tout cela montre ?

Nadia Ait Zai : Tout cela bat en brèche les arguments de ceux qui refusent de revoir le code de la famille sous prétexte que la population n’est pas encore prête aux changements. Or on constate qu’il y a des avancées dans la mentalité algérienne mais pas dans les textes. Nous (le Collectif, ndlr) avons déjà travaillé sur des amendements pour faire avancer les choses mais ils ne sont jamais passés, ils ont toujours été bloqués à l’Assemblée nationale. Ce qui prouve l’emprise du courant conservateur sur la société et la politique.

Afrik : Quels blocages dans les mentalités l’étude révèle-t-elle ?

Nadia Ait Zai : Certains chiffres sont effarants. Une femme sur trois déclare avoir été frappée ou encore être frappée par son entourage masculin. Quand à la violence conjugale, si 59% des hommes estiment que la violence à l’égard de l’épouse se justifie dans certains cas, 42% des femmes s’avèrent du même avis. Il y a vraiment des comportements et une soumission qui sont fortement intériorisés. Il y a une partie des femmes qui accepte complètement le code de la famille tel qu’il est aujourd’hui.

Afrik : Peut-on vraiment se fier aux résultats de l’enquête ?

Nadia Ait Zai : Pour construire notre échantillon d’enquête, nous avons repris les critères classiques de l’Office nationale des statistiques. C’est un gage de crédibilité pour des résultats que nous allons soumettre aux autorités sous forme de rapport.

Afrik : Quelles recommandations préconise le rapport ?

Nadia Ait Zai : Nous préconisons en premier lieu les modifications à apporter au code de la famille. Nous demandons la mise en place d’une politique de l’emploi féminin, en rendant visible l’emploi informel des femmes, dont 500 000 travaillent sans être déclarées et en créant une agence de promotion de l’emploi féminin. Enfin nous réclamons la pénalisation et la prise en charge de la violence domestique. Pour que cette violence soit reconnue comme un délit à part entière.

*Créé en 1993 pour défendre la condition et les droits de la femme maghrébine, le Collectif 95 Maghreb-Egalité regroupe au Maroc, en Algérie et en Tunisie des chercheurs, des universitaires, des juristes, des historiennes et des associations.