Port du voile : à Trappes, un contrôle vire à l’émeute

La situation a totalement dégénéré dans la nuit de vendredi à samedi à Trappes (Yvelines) après l’interpellation, jeudi, d’un homme qui s’était opposé au contrôle, par la police, de son épouse portant le voile intégral.

Les représailles ont été vives dans la nuit de vendredi à samedi. Entre 200 et 300 personnes se sont rassemblées devant le commissariat de Trappes. Jets de pierres de la part des contestataires, la police réplique à coups de grenade lacrymogène. Des abribus ont été brisés, des poubelles brûlées… Un rassemblement « violent » selon une source préfectorale. Les échauffourées qui ont débuté à 20h30 ont pris fin peu avant 1 heure du matin. Au total, six personnes ont été interpellées et placées en garde-à-vue et un garçon de 14 ans blessé à l’œil par un projectile dont l’origine est « indéterminée », selon le Procureur de la République. D’autres sources évoquent un tir de flash-ball.

Ces violences font suite à un contrôle d’identité, jeudi, d’une femme portant le voile intégral. D’après les forces de l’ordre, l’époux n’aurait pas accepté que les forces de l’ordre exigent de sa femme qu’elle retire son niqab. Selon le Procureur de la République de Versailles, lors d’un point de presse au commissariat, l’homme aurait même essayé d’étrangler un policier lors du contrôle.

Une version contestée par la femme en question qui a envoyé une lettre au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Elle explique que ce sont les policiers qui ont été violents. « Comme d’habitude, j’ai coopéré. J’allais lever mon voile lorsque j’ai vu l’un des agents pousser violemment ma mère », raconte-t-elle. Elle poursuit : « Le policier a alors dit à mon mari de manière très agressive et en bombant le torse : « Tu vas faire quoi ? ». Je me suis interposée entre eux pour ne pas que ça dégénère. Une fois que le policier en a fini avec ma mère, il vient vers moi et fait de grands gestes devant mon visage en me tenant un langage agressif. Apeurée, je lui ai demandé de se taire. Il m’a alors attrapée par le voile au niveau de la tête et traînée avec une force monstrueuse, avant de me plaquer sur le capot de la voiture en me criant : « C’est à moi que tu parles ?? C’est à moi que tu parles, hein ? » ». De graves accusations qui méritent l’ouverture d’une enquête. En cas de faits avérés, ce ne serait pas la première fois qu’un contrôle de ce type dégénère après que la police ait provoqué l’altercation.


Nuit de violences à Trappes par ITELE

Les internautes réagissent

Sur les réseaux sociaux, les messages s’enchaînent (Twitter): « Guerre mondiale à Trappes », « A Trappes, les jeunes ont bien compris le message de Sarkozy : « Respecter les institutions, ce n’est pas en accepter toutes les décisions » ». Beaucoup d’internautes fustigent une police « qui ferait mieux d’arrêter les vrais délinquants », alors que d’autres se demandent « pourquoi les médias se tournent-ils plus volontiers sur l’histoire de #trappes que sur celle de castres ? idéologie ? ».

Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a condamné ces agissements : « Aucune raison ne justifie ces violences, elles sont inacceptables », a déclaré le ministre à la presse, lors d’un déplacement à Marseille. « L’ordre public est rétabli, il sera rétabli à Trappes (…) Des effectifs nombreux sont déployés et resteront déployés toute cette fin de semaine ». « S’en prendre aux forces de l’ordre, aux institutions, aux biens publics n’a aucun sens, ne règle aucun problème et est inadmissible », a-t-il encore déclaré, sans évoquer les circonstances de ces heurts.

Une dizaine de fourgons de CRS protège le commissariat de Trappes, tandis qu’un hélicoptère survole la ville. La loi sur l’interdiction du port du voile intégral en France est entrée en vigueur en avril 2011. L’homme d’affaires Rachid Nekkaz s’était opposé contre cette loi « anticonstitutionnelle », raison pour laquelle il a débloqué un fonds d’un million d’euros pour régler les contraventions, pouvant aller jusqu’à 150 euros, des femmes entièrement voilées. en France et en Belgique.