Pollution mortelle au Sénégal

Après la mort inexpliquée de 18 enfants sénégalais en bas âge dans la proche banlieue de Dakar, au Sénégal, une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) met à jour un empoisonnement au plomb. Avec son aide, l’Etat sénégalais travaille à un assainissement rapide du site, ainsi qu’à une décontamination des personnes infectées. L’OMS demande une assistance logistique et financière de la communauté internationale.

L’OMS a rendu, mardi, un rapport suite à des investigations menées dans la banlieue populaire de Thiaroye sur Mer, à Dakar. Le quartier de Ngagne Diaw fait l’objet depuis quelques mois de l’inquiétude des autorités, à qui la population a signalé un taux anormalement élevé de décès chez des jeunes enfants. Après des premières analyses menées fin février, le centre anti-poison et d’études toxicologiques a observé une importante concentration de plomb dans le sang des familles des enfants décédés. Une société informelle de recyclage de piles et batteries est à l’origine de la contamination. Le ministère sénégalais de la Santé a contacté l’OMS, qui est venue enquêter sur place. Aujourd’hui, elle tire la sonnette d’alarme.

15 ans d’empoisonnement

Une grosse production de recyclage de piles, à forte teneur en plomb, sévit illégalement dans le secteur depuis de longues années. Un conseiller du Ministre de la Santé, Hassan Yaradou, nous a parlé d’ « une quinzaine d’années, voire même plus. Aux dires de certaines personnes, cela durerait depuis 1975. » Ce n’est pourtant qu’en novembre 2007 que les habitants de Ngagne Diaw commencent à s’inquiéter. Plusieurs enfants très jeunes (tous avaient moins de 5 ans) décèdent successivement. Cette surmortalité, sans cause apparente, s’accompagne de manifestations étranges chez d’autres enfants. Tout d’abord considérées comme étant d’ordre mystique, ces atteintes physiques sont finalement signalées aux autorités sanitaires. « Il s’agissait de convulsions, de troubles du comportement, de la concentration, de perturbations psychomotrices, qui rappellent les symptômes du saturnisme, une maladie due aux métaux lourds, le plomb en particulier », explique Hassan Yaradou.

Entre janvier et février, les décès se rapprochent et des premiers tests aléatoires révèlent une concentration de plomb dans le sang excédant parfois de 10 fois le taux palier avant les premiers troubles neurologiques. Hassan Yaradou expose les risques encourus par les personnes intoxiquées : « Le plomb se loge dans le sang et dans les os. Chez les adultes, il peut causer de l’anémie, mais chez l’enfant, c’est encore plus grave. Les dommages atteignent les neurones et causent, au niveau cérébral, des perturbations catastrophiques ».

L’OMS et le Sénégal réagissent

Pour l’organisation internationale, il n’y a pas de temps à perdre. Pour le moment, 31 enfants atteints ont été identifiés, mais ils sont probablement davantage. Le plomb étant stocké jusque dans les habitations, près de 950 personnes ont été exposées et peuvent en subir les méfaits. Les enfants, plus vulnérables, encourent les plus gros risques. L’OMS a donc mandaté des agents sur place pour identifier toute victime potentielle. Mobilisés, les services de santé sénégalais ont entrepris de parer au plus pressé. Les sujets les plus souffrants sont actuellement hospitalisés, et les traitements vont démarrer. Par ailleurs, le Ministère de la Santé a lancé une nouvelle série de tests, élargie à l’ensemble du quartier. L’OMS a requis l’emploi de la chelation therapy, un processus qui permet de purger le malade de toute présence de métal dans son corps. Ce traitement n’annule pas complètement les effets du plomb, mais il en stoppe la progression et en empêche l’aggravation.

Le deuxième versant de l’action sera la décontamination du site infecté par les résidus de métal. L’activité de recyclage a cessé, mais les particules de plomb se sont disséminées dans l’environnement, dans l’air et dans la poussière, et peuvent être inhalées ou ingérées. Il suffit qu’un enfant porte les doigts à la bouche pour qu’il soit contaminé. Il est donc nécessaire de sécuriser les lieux, qu’il s’agisse de l’endroit même du traitement du plomb ou des habitations du quartier. L’OMS travaille en relation avec les cellules environnementales des Nations Unies et du Sénégal pour assainir au plus vite Ngagne Diaw.

Voir aussi:

 Le site de l’OMS