Polémique des crânes entre l’Allemagne et la Namibie

Un siècle après le génocide des Héréros par l’armée allemande, une polémique vient d’éclater sur la possession par les universités germaniques d’une série de crânes des guerriers namibiens. La Namibie exige une restitution immédiate et sans condition.

Le premier ministre namibien, Nahas Angula, a déclaré, lundi, que son pays ne déposera pas de requête officielle auprès du gouvernement allemand pour entrer en possession de crânes datant de l’époque coloniale conservés au Medical History Museum de Berlin.

M. Angula estime que l’Allemagne avait la responsabilité morale de restituer les crânes de sorte que le gouvernement puisse enterrer dignement ces héros tombés au champ d’honneur.

L’ancien ambassadeur de Namibie en Allemagne, Peter Katjavivi, a enflammé le débat sur les crânes en déclarant à la radio publique allemande ARD que Berlin doit restituer les crânes spoliés durant la colonisation allemande en Namibie.

Les crânes ont été emportés en Allemagne après le massacre, en 1904, de plus de 80 000 Héréros pour des « recherches scientifiques » destinées à prouver la supériorité des Blancs sur les Noirs.

ARD a rapporté il y a deux semaines que 47 crânes étaient encore conservés au Medical History Museum à l’hôpital universitaire Charite de Berlin et des dizaines d’autres à l’Université de Freiburg, dans le Sud-Ouest de l’Allemagne.

Réagissant aux déclarations de M. Katjavivi, un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré, sous couvert de l’anonymat, que la Namibie devait faire « une requête officielle » pour rentrer en possession de ces crânes.

Mais M. Angula a tenu à rappeler que l’Allemagne n’avait pas obtenu de permission pour s’emparer de ces crânes.

« Quand ils ont pris ces crânes, qui leur en a donné la permission ? A qui l’ont-ils demandé ? », s’est demandé M. Angula dans le quotidien national New Era, ajoutant que l’Allemagne doit restituer ces crânes sans condition et faire en sorte que ces Namibiens soient enterrés dignement.

Il a également soutenu que le gouvernement allemand doit veiller à ce que le crâne du Nama Chief Cornelius Fredericks soit restitué.

Chief Fredericks, dont la mort est encore célébrée à ce jour, est décédé en 1904 entre les mains des forces coloniales allemandes.

Il commandait les soldats qui ont combattu les troupes coloniales britanniques dans le district de Bethanie, près de la ville côtière de Luderitz, à environ 900 km au Sud de Windhoek.

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