
À l’occasion de Connect Côte d’Ivoire, le gouvernement a détaillé plusieurs projets destinés à mieux relier les territoires aux grands marchés. Dans le Nord, le port sec de Ferkessédougou, les investissements agro-industriels, l’autoroute et les projets ferroviaires doivent former un même ensemble : produire, transformer sur place et acheminer plus facilement les marchandises vers Abidjan et les pays voisins.
À Connect Côte d’Ivoire, organisé du 30 septembre au 2 octobre à Abidjan, le gouvernement a voulu donner une traduction territoriale au Plan national de développement 2026-2030. Le ministère du Plan met en avant neuf pôles agro-industriels régionaux et seize filières prioritaires afin de mieux appuyer les investissements sur les ressources propres à chaque zone. Le Nord occupe une place particulière dans ce schéma, bassin agricole et espace de passage vers le Burkina Faso et le Mali.
Le PND représente 114 838,5 milliards de FCFA d’investissements sur cinq ans, dont 70,2% doivent provenir du secteur privé. L’enjeu est de créer autour d’elles des activités de transformation et des emplois dans les régions.
Un port sec au cœur du dispositif
À Ferkessédougou, cette logique se concentre d’abord autour du port sec, dont le chantier est engagé. Le site s’étend sur 732 hectares et doit accueillir « une plateforme multimodale, des terminaux spécialisés, un dépôt d’hydrocarbures de 61 000 m³, un marché à bétail et un abattoir régional. Le premier lot représente 254,171 milliards de FCFA, financés à 15% par l’État ivoirien et à 85 % par des banques chinoises conduites par l’ICBC« .
Installé à l’intérieur du pays, un port sec permet de rapprocher des zones frontalières et de production certaines opérations de stockage, de transit, de manutention ou de contrôle habituellement concentrées vers le littoral. Il doit ainsi fluidifier les échanges entre le Nord, Abidjan et les marchés de l’hinterland.
L’infrastructure doit toutefois être reliée à des axes capables d’absorber ces flux. En juin, la Banque islamique de développement a signé avec la Côte d’Ivoire un financement de 234,8 millions de dollars pour mettre à niveau les 58 kilomètres de l’axe Tafiré-Ferkessédougou. Ce tronçon appartient au corridor reliant Abidjan aux frontières du Burkina Faso et du Mali. Son amélioration facilitera la circulation des marchandises entre le Nord, le port sec et le Port autonome d’Abidjan.
Produire davantage, mais surtout transformer
Le volet logistique se double d’un programme agricole déjà en cours : le Projet de pôle agro-industriel dans le Nord, ou 2PAI-Nord. Soutenu notamment par la Banque africaine de développement, il couvre la Bagoué, le Hambol, le Poro et le Tchologo. Les opérations comprennent des aménagements hydro-agricoles, la réhabilitation de pistes rurales, des centres d’agrégation et de services ainsi qu’une zone de transformation agricole de 100 hectares à Sinématiali.
L’objectif est de réduire la distance économique entre le champ et l’usine. Une hausse de la production perd une partie de son intérêt lorsque les récoltes restent difficiles à transporter, à stocker ou à regrouper. Les pistes rurales doivent désenclaver les zones de culture, les centres d’agrégation regrouper les récoltes, et les unités de transformation leur donner de la valeur sur place.
Cette organisation ne se limite pas au Nord. Le PND prévoit d’adapter les investissements aux avantages productifs des territoires. Dans le Centre, par exemple, les programmes annoncés autour de Bouaké comprennent un pôle rizicole et une chaîne de valeur du manioc. Ferkessédougou devient ainsi l’un des exemples d’une stratégie plus large de pôles économiques régionaux.
Route aujourd’hui, rail demain
À Connect Côte d’Ivoire, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a également évoqué un TGV et un train de marchandises reliant Abidjan au Nord. Le PND mentionne un projet de TGV Abidjan-Yamoussoukro-Bouaké, qui doit se promolger vers Korhogo et Ferkessédougo, et la réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou-Kaya. Ces projets n’ont cependant pas le même degré d’avancement que le port sec ou le tronçon autoroutier déjà financé : ils relèvent encore de la programmation et devront franchir les étapes techniques et financières nécessaires.
Un port sec a besoin de routes fiables et de volumes réguliers. Une usine agroalimentaire dépend d’un approvisionnement stable, de l’énergie, du stockage et de l’accès aux marchés. Le rail peut ensuite compléter la route pour transporter de grandes quantités sur de longues distances. C’est cette continuité entre production, transformation et transport que le PND cherche à installer.
Attirer l’investissement vers les régions
Le financement reste l’un des points décisifs. Plus de 80 000 milliards de FCFA du PND doivent être mobilisés auprès du secteur privé. Début octobre, le ministère du Plan et la Société financière internationale ont engagé un travail de structuration de chaînes de valeur autour des priorités du Plan, après l’annonce par l’IFC d’un engagement pouvant atteindre 5 milliards de dollars en faveur du développement du secteur privé ivoirien.
Pour les pôles régionaux, attirer durablement ces capitaux dépendra de conditions très concrètes : qualité des infrastructures, énergie, foncier, financement, compétences et débouchés. L’État doit préparer les équipements structurants et faciliter l’installation d’activités de transformation, de transport ou de services.
Les prochaines années permettront surtout de mesurer la capacité de ces investissements à fonctionner ensemble. Le port sec devra attirer des volumes suffisants, les zones agro-industrielles faire émerger des unités durables et les corridors réduire effectivement les coûts et les délais de transport. Le PND 2026-2030 fournit désormais un cadre commun à ces projets, entre les bassins agricoles du Nord, les villes intermédiaires, Abidjan et les marchés de la sous-région.




