Place à la peinture malienne !

La traversée des boeufs

Un seul passage dans une exposition de Bamako aura suffi pour que Grégoire tombe sous le charme de la peinture malienne. Et découvre toute la difficulté des artistes à vivre de leur passion, peu reconnue au Mali. Ce jeune Français, originaire de la ville d’Angers, a ouvert une galerie permanente à Bamako, pour que les artistes puissent s’exprimer. En France, il se charge seul, avec son association Soleil, de promouvoir ces talents anonymes.

Bamako, au Mali. Quartier de l’hippodrome, en plein centre ville. Dans cet endroit qui prend des allures de quartier branché, l’art malien a sa propre galerie. La galerie Soleil. Quatre-vingt-dix mètres carrés de surface pour exposer, déambuler, admirer. Une dizaine d’artistes locaux a investi les lieux flambants neufs il y a maintenant plus d’un an. Un moyen de donner une visibilité à leurs élans créatifs sur toile. Mais pas que dans leur pays. Car cinq heures de vol plus loin…

Quartier de la Bastille, à Paris. Un petit restaurant de la capitale. Sur les murs, des toiles peintes dans les rues de Bamako, ou dans la galerie Soleil. Elles viennent témoigner sur la scène parisienne que l’art malien est bien vivant. Créées de manière tout à fait artisanale, elles sont le fruit de la richesse culturelle malienne. Une richesse que Grégoire et Hélène ont rencontrée sur les terres africaines, et qu’ils ont voulue diffuser à leur retour en France.

Comment créer une galerie d’art en un mois…

« C’était en février 2003 », raconte Grégoire. « J’étais en séjour à Bamako, où j’ai visité une exposition de tableaux d’art local. J’y ai rencontré plusieurs artistes. Ils m’ont fait part de leur difficulté d’exposer, et du manque de structures réservées à l’art au Mali. Là-bas, les artistes n’ont que les murs des ambassades pour exposer ». Grégoire et Hélène repèrent à l’époque un local à retaper en plein centre de Bamako. Ils le louent, se mettent au travail, et en un mois, le transforment en galerie d’art. La galerie Soleil est née.

Dix artistes s’y installent, pinceaux en main et toiles sous le bras. Ici, ils peuvent exposer tout au long de l’année. « Ce sont des gens passionnants », confie Grégoire. « La plupart est autodidacte. Comme ils n’ont pas reçu de formation, leur sensibilité n’est pas formatée. La religion est très présente dans leur vie. Ils disent trouver leur inspiration en Dieu. Leurs toiles dépeignent des scènes de la vie quotidienne en Afrique. Leur style est imprégné de leur vécu, de leur appartenance à telle ou telle ethnie. C’est ce qui fait leur singularité », explique-t-il. Souleymane, lui, peint la famille : « Dans la vie, pour être un homme solide, reconnu, on a besoin d’une famille, c’est la base de chaque homme » explique-t-il en commentaire de son tableau. Ibrahima préfère transposer sur toile la traversée des bœufs : « C’est une cérémonie qui a lieu dans la région de Mopti, (à 675 kilomètres au Nord-ouest de Bamako, ndlr) particulièrement à Diafarabé », écrit l’artiste.

Les tableaux sont garantis 100% « bio ». Sous la couche de peinture, le bogolan. Des bandes de tissus teintes naturellement. Peinture acrylique et pigments naturels donnent le ton. Dominante de couleurs terre, ou parfois très claires, chaque artiste a sa marque de fabrique. Beaucoup de relief, avec l’incrustation de cauris, de bouts de ficelle… Convaincu de la richesse de l’art malien, très peu connu, Grégoire s’est investi dans sa promotion.

De la diffusion de l’art bamakois en France

De retour en France, en août 2003, Grégoire monte sa propre association : Soleil. Totalement indépendante de la galerie à Bamako, son objectif est clair : promouvoir hors des terres maliennes l’art bamakois made in Galerie Soleil. Les tableaux nés dans les rues de Bamako sont embarqués par Grégoire qui se charge de trouver en France des endroits où les exposer. « L’association veut combattre les idées reçues sur l’art africain. On le résume souvent aux statuettes et aux masques. Mais il y a beaucoup de créativité en Afrique, et les artistes noirs n’ont rien à envier aux Occidentaux », explique le président de Soleil. Un livre d’or, présent à chaque exposition, permet au visiteur de laisser ses impressions. « Ce sont les couleurs et l’originalité de la technique utilisée qui font réagir les visiteurs. Les tableaux les font ‘voyager’, disent-ils », explique Grégoire.

« Une vraie confiance s’est établie entre les dix artistes et moi », confie-t-il. « Et c’est essentiel. Ils me confient leurs tableaux, ils savent que je ne les exploite pas. Lorsqu’un tableau est vendu, le bénéfice revient à son auteur, qui doit reverser 10% à la galerie Soleil. C’est ce qui permet à la structure d’exister ». Les villes d’Angers, (jumelée depuis trente ans avec Bamako), de Suresnes, et de Paris, ont accueilli l’exposition. Grégoire se bat seul. « L’association et la galerie ne vivent que d’autofinancement pour le moment. Même si je cours après les subventions, c’est un combat difficile. J’espère que la création du site Internet dans les prochaines semaines facilitera les démarches et la promotion ». Si vous passez dans la quartier de la Bastille, n’hésitez à faire un petit tour du côté du restaurant bio Grand Appétit, qui expose les tableaux de Souleymane, Ibrahima et leurs confrères jusqu’au 31 août.

Restaurant bio « Grand Appétit », 9 rue de la cerisaie, 75004 Paris, Bastille.