Piraterie : le fléau somalien

Les eaux somaliennes sont devenues, en quelques années, très inamicales pour les navires du monde entier. Pourquoi ? A cause des pirates qui profitent du vide qui règne à la tête de l’Etat depuis 1991.

L’absence d’un Etat de droit en Somalie depuis 1991, date à laquelle a débuté la guerre civile dans le pays, fait de ses côtes un nouvel eldorado pour les pirates des temps modernes. Pour le Capitaine Pottengal Mukundan, le directeur général du Bureau Maritime International (BMI), organisation qui lutte contre la piraterie maritime dans le monde, la recrudescence des actes de piraterie tient à ce vide politique. Le détournement des cargaisons du Programme Alimentaire Mondial (Pam), ces derniers mois, a mis un coup de projecteur sur le phénomène. Aussi, depuis le 5 décembre dernier, le Pam, pour la première fois en cinq ans, a décidé de recommencer à acheminer l’aide alimentaire par voie terrestre. Une modalité de transport plus onéreuse que la mer, mais beaucoup plus sécurisante.

L’absence d’un Etat de droit : un aubaine pour les pirates somaliens

« Depuis le 15 mars, ce sont 32 attaques qui ont été perpétrées dans les eaux somaliennes, dont 13 avec succès. Dix navires ont été libérés contre des rançons et les 3 derniers sont encore dans les eaux somaliennes », indique le Capitaine Mukundan. Ce dernier n’a pas souhaité donner de chiffres quant au montant des rançons, mais assure que les sommes réclamées sont « substantielles ». Le modus operandi des pirates somaliens est simple. « Les pirates arrivent dans des petits bateaux très rapides armés d’armes automatiques et de lance-grenades portables. Ils ouvrent alors le feu sur le navire et l’oblige à ralentir, puis en profitent pour monter rapidement à bord. L’équipage est pris en otage et les pirates obligent le navire à quitter les eaux internationales pour les eaux somaliennes », explique le patron du BMI. Là, seules les autorités du pays sont habilitées à intervenir. Le BMI conseille aux navires de se tenir éloigner des côtes somaliennes.

L’organisation, qui dépend de la Chambre Internationale du Commerce, a mis en place depuis 1992 un centre de notification des actes de piraterie qui fonctionne en permanence. « Grâce à notre centre, nous avons la meilleure cartographie du phénomène. Les navires sont informés des différentes attaques qui sont perpétrées et de l’endroit où elles ont eu lieu. Leurs capitaines sont alors conscients des risques encourus quand ils sont à proximité des zones concernées ». En Afrique, outre la Somalie, les côtes de l’Afrique de l’Ouest, celles de la Guinée Equatoriale et du Nigeria en particulier, sont dangereuses. L’Amérique du Sud, notamment la Colombie, l’Equateur et le Brésil, l’Irak mais surtout l’Indonésie sont, quant à elles, les zones les plus risquées au monde. Vingt-cinq pour cent des 205 actes de piraterie menés, entre janvier et septembre 2005, s’y sont déroulés. De plus, les pirates ont une prédilection pour les pétroliers : 30% d’entre eux font l’objet d’actes de piraterie. Ce qui fait du détroit de Malacca, situé aux abords des côtes indonésiennes et où transitent de nombreux tankers, une zone très sensible.

Les patrouilles internationales appelées à l’aide

Si la piraterie n’a pas encore atteint un niveau qui fait d’elle une menace pour l’économie mondiale, elle l’est déjà pour la sécurité maritime et plus spécifiquement pour celle des gens de mer qui sont les premières victimes des pirates. Le BMI a enregistré, sur la même période que précédemment, 259 actes de violence contre ces derniers dont 12 sont portés disparus ou morts. Comment donc lutter contre ce fléau notamment en Somalie ? « La solution réside dans la mise en place d’un cadre répressif et législatif », répond le Capitaine Mukundan. Ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour dans ce pays d’Afrique de l’Est, pourtant doté d’un gouvernement de transition. Car, selon le responsable du BMI, la sordide activité des pirates est connue de tous – ils ne s’en cachent pas et coulent pour certains des jours très heureux – dans tous les petits villages qui longent la côte somalienne. Une côte que sont incapables de contrôler les chefs de guerre somaliens, dont le pouvoir se limite à des petites portions de territoire, faisant ainsi d’elle le royaume des pirates. Aussi pour pallier aux défaillances des autorités somaliennes, ce sont les patrouilles navales des pays développés, présents dans la zone, qui sont appelées à la rescousse pour faire la police dans les mers de Somalie.