Pillage halieutique en Côte d’Ivoire

Les navires étrangers viennent pêcher en toute impunité dans les eaux territoriales ivoiriennes. Une pêche irresponsable et clandestine qui accable les armateurs nationaux impuissants face à un phénomène qui, faute de surveillance, a pris des proportions dramatiques. Une partie de la flotte nationale est aujourd’hui en cale sèche.

Le poisson se fait de plus en plus rare dans les filets des pêcheurs ivoiriens. Coupable : la piraterie éhontée à laquelle se livrent les navires étrangers dans les eaux territoriales ivoiriennes. Les flibustiers commettent leur forfait au nez et à la barbe des autorités, incapables, avec la période de crise actuelle, d’assurer la surveillance du littoral.

 » Les navires sont européens, mais on voit de plus en plus de bateaux russes, coréens et japonais « , explique Moïse Sédji, secrétaire du Sap (Syndicat des armateurs à la pêche) de Côte d’Ivoire.  » Ils pratiquent une pêche irresponsable et illégale. Ils viennent essentiellement la nuit à moins d’un mile (1 852 m, ndlr) de nos côtes pour jeter leurs filets. Alors qu’il est interdit de pêcher dans cette zone puisqu’il s’agit du lieu de reproduction de la faune marine. Ils n’ont d’ailleurs aucune licence de pêche ivoirienne.  »

Baisse de la production

Les captures s’amenuisent d’années en année, se lamentent les professionnels de la pêche ivoiriens. De 1996 à 2000, la production, toutes pêches confondues (chalutière, sardinière et crevettière) est passée de 36 706 tonnes à 34 279 tonnes. Avec un préjudice plus important pour le poisson.

 » Le Sénégal, la Mauritanie et le Maroc ont pris ces dernières années des mesures drastiques pour limiter la pêche dans leurs eaux territoriales. Les navires étrangers sont juste descendus pêcher plus bas. Les pays de la sous-région connaissent tous le même problème mais des pays tels que le Ghana ou le Bénin opèrent une surveillance très ardue de leurs côtes. Avec les problèmes que traverse la Côte d’Ivoire aujourd’hui, notre marine nationale ne peut plus assurer sa mission « , analyse Sédji Moïse.

Menaces économique et écologique

Les bateaux des gardes-côtes ivoiriens restent en cale sèche. Faute de carburant ou d’argent pour réparer les navires. Même s’ils ont conscience des risques à court terme que les pratiques illégales engendrent sur l’écosystème marin et sur la flotte de pêche ivoirienne. Depuis deux mois, certains des 32 équipages nationaux ont du rester à terre. Pas assez rentable. Les autres sont obligés d’aller de plus en plus loin, de prendre de plus en plus de risques pour remplir leurs cales.

Le poisson est pourtant extrêmement prisé par les consommateurs ivoiriens depuis la flambée du prix de la viande dans le pays dûe aux difficultés d’approvisionnement. Les pêcheurs font malgré tout grise mine.  » Si ça continue, on va tout simplement mettre la clé sous le paillasson « , commente, amer, Sédji Moïse au nom des siens. Qui voient chaque jour les étrangers piller un peu plus les ressources halieutiques du pays.  » Ils ont de bien plus grosses embarcations que nous. Nous sommes obligés de nous tenir à carreau. Nous ne pouvons rien faire d’autre que rapporter les faits aux autorités.  » Pieds et poings liés, l’arête leur reste définitivement en travers de la gorge.