Pierre Sané : Le sens d’un engagement pour le Sénégal


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Interrogé sue le sens de son adhésion au Parti Socialiste du Sénégal, Pierre Sané, président d’Imagine Africa, ancien Secrétaire général d’Amnesty International et ancien Sous-directeur général de l’UNESCO explique sa démarche.

Lettre de Pierre Sane a Mr Sanou Mbaye

Économiste, écrivain

Londres

Mon cher Sanou

Tu m’as interpellé récemment à la suite de mon adhésion au Parti Socialiste du Sénégal. Tu t’interroges sur le sens de ma démarche, probablement comme les nombreux amis que je compte à travers le monde. Je voudrais donc répondre à vos interrogations.

Comme tu le sais, pendant 35 années j’ai été tenu par le devoir de réserve du fait de mes fonctions internationales. Mes responsabilités successives de Directeur Régional du CRDI, Secrétaire General d’Amnesty International ou Sous Directeur General de l’Unesco visaient a contribuer a l’amélioration de “l’état du monde” sans la possibilité de m’impliquer dans les processus politiques nationaux y compris ceux de mon propre pays. Cette période est maintenant terminée et j’ai rempli ces missions à la satisfaction de mes mandants.

Je voudrais désormais mettre a profit mon expérience, déployer ma compétence et consacrer mon énergie a l’amélioration de “l’état du Sénégal”. Cela, je souhaite le réaliser à travers l’engagement politique. Je ne saurais me contenter de déposer tout simplement mon bulletin de vote dans une urne tous les 5 ans. Je n’ai pas non plus l’ambition de présider aux destinées de mon pays après 35 ans passes au service de la Communauté internationale. Je n’ai pas cette faim-la. Mais entre ces deux formes de participation a la démocratie il y a une action qui correspond le mieux a ma conception du citoyen engage : l’adhésion et le militantisme dans un parti politique.
L’idéal démocratique reposant sur la conception d’un pouvoir politique qui émane d’un peuple souverain, il ne saurait y avoir de démocratie véritable sans citoyens engages et organises. J’en profite pour rendre hommage a tous ces militants sincères (ils sont nombreux) qui sont mus par la volonté “d’améliorer l’état du Sénégal” et qui consentent quotidiennement des sacrifices dans le plus parfait anonymat.

Aujourd’hui que je suis libéré de mes obligations internationales, je souhaite réaliser cet engagement au sein du Parti Socialiste du Sénégal et cela pour plusieurs raisons.

La première la plus évidente est que je suis Socialiste et que j’ai toujours entrepris des missions dans des organisations ou mes valeurs éminemment et ouvertement socialistes ont imprégné mes actions. Qu’il s’agisse de justice sociale, de solidarité et de partage, de protection des libertés, de la promotion de l’égalité entre tous les êtres humains, de la primauté de l’intérêt général, j’ai toujours trouve que ces valeurs étaient plus en phase avec les valeurs africaines que celles prônées par le libéralisme a savoir le culte de l’individu, le règne du marche et l’obsession de l’argent roi.

Ensuite, il est vrai que pendant ses 40 ans au pouvoir le PS s’est éloigné a certains moments de ce qui devait être sa mission de gestion progressiste des transformations sociales. Toutefois, le Parti en a tire le bilan, c’est-a-dire qu’il en a fait l’inventaire sans complaisance et en toute lucidité et a ainsi procédé a une autocritique objective et a la mise en lumière de ses réalisations. Pour le bénéfice des citoyens, il serait souhaitable que cette analyse soit rendue publique pour permettre une évaluation comparative du bilan du régime de l’Alternance.

Apres tout quel parti au pouvoir ne commet pas d’erreurs ?

Il n’en demeure pas moins que depuis onze ans le PS a fourni l’opposition la plus constante au régime libéral malgré toutes les tentatives d’étouffement et autres transhumances organisées. Il continue à être ancre dans nos villes et terroirs et à être traverse par un véritable débat démocratique interne. Ce parti n’est ni une propriété privée ni une société par actions. Il appartient à tous ses militants.

Que puis-je apporter au parti?

J’ai indique au Secrétaire General Ousmane Tanor Dieng, aux membres du Bureau Politique et aux camarades du Réseau des Universitaires qui m’ont tous accueilli chaleureusement que je souhaitais avec d’autres réfléchir aux politiques publiques a mettre en débat, et éventuellement a mettre en œuvre, notamment tout ce qui a trait a la coopération sud sud, a l’intégration régionale et a la décentralisation. Il nous faut repenser le rôle de l’Etat, lui redonner sa place centrale dans la planification souveraine de notre développement, dans l’accélération de l’intégration de la zone CEDEAO et débattre de la restructuration de l’Etat pour permettre une plus grande autonomisation de nos concitoyens. Les expériences des pays d’Asie et d’Amérique Latine sont pour nous en Afrique ce qu’il y a de plus pertinent.

Je souhaite également joindre mes efforts a ceux de mes camarades qui souhaitent travailler a la réunification de la grande famille socialiste sénégalaise et panafricaine. La bataille du développement est une “bataille des idées” or nous ne la menons pas a l’heure actuelle. Dans le combat politique nous nous focalisons sur les personnes au lieu d’étudier et de guider les transformations sociales à l’œuvre dans nos pays. Les “projets” ont remplace les stratégies et les “donateurs” ont pris la place de nos planificateurs. Les Socialistes Sénégalais doivent transcender les querelles et divisions du passé, se retrouver pour mener ensemble la bataille du développement afin de satisfaire les aspirations légitimes de nos compatriotes.

Mon vœu le plus cher a ce stade est que tous les intellectuels de gauche quelque soit leur affiliation partisane puissent se retrouver et alimenter par leurs recherches et réflexions les politiques publiques a proposer a tous les partis de la mouvance socialiste au Sénégal et en Afrique.

Voilà pourquoi j’ai créé il y a un an avec Boutros Ghali un Think Tank que nous avons appelé IMAGINE AFRICA. Il s’agit en effet de se donner l’Afrique en image. Pas simplement de la restituer à travers l’histoire, les sciences, la culture ou la prospective mais de la créer, de décider de ce qu’est et ce que sera l’Afrique ou du moins les possibles. Et de valider cette représentation à travers le dialogue et le débat informé. C’est cette imagination créatrice qui permettra de contester la « réalité » africaine, d’en proposer un nouvel agencement afin de mieux préparer l’avenir.

Le caractère imaginaire de cette Afrique est précisément ce qui lui confère toute sa valeur. Une Afrique prospère, juste et solidaire, imaginée et dont il s’agira de proposer et d’articuler un plaidoyer autour des conditions de sa réalisation.

Imaginer l’Afrique implique de renouer avec l’idéalisme qui a présidé aux luttes anticoloniales et aux premiers pas de l’indépendance afin d’inventer le futur.

Concrètement, il s’agit pour les intellectuels et les acteurs politiques, économiques et sociaux d’utiliser leur expertise, leurs valeurs et leur imagination pour évaluer les politiques publiques existantes, en proposer de nouvelles, participer au débat démocratique et à la vie des idées, populariser les grands enjeux de l’Afrique dans le monde et favoriser les échanges. Cette contribution doit bien sûr être instruite par une analyse du réel, une projection des tendances, une imagination des futurs possibles, un postulat du futur désiré et l’identification de l’action nécessaire pour contenir les tendances négatives et amplifier les tendances porteuses. L’objectif étant de créer collectivement l’Afrique souhaitée.

Voilà donc, mon cher Sanou, le sens de mon engagement : mieux articuler le monde de la recherche a celui de la politique au sein d’un grand Parti Socialiste réunifié qui fait des stratégies de développement un attribut de la souveraineté nationale.

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