Phil Darwin hilarant dans « Made in Africa »

Originaire du Congo-Brazzaville, Phil Darwin est un nouveau venu dans le petit monde du stand up parisien. Il s’est en très peu de temps, imposé comme l’un des leaders incontestés de ce mouvement né aux Etats-Unis. Entre autodérision et véritable éclats de rire, son spectacle rapporte des scènes de vie « Made in Africa », au Théâtre de Dix heures, jusqu’à la fin de l’année.

Durant le rapide voyage –deux heures- à travers l’Afrique présenté dans Made in Africa, il ne se passe pas une minute où l’on ne rit pas. De petites anecdotes en grandes vérités, le comédien qui a longtemps vécu en Algérie avant de s’installer en France y aborde tous les sujets, même les plus polémiques. Sur scène depuis le mois de mai, il connaît un véritable succès. Il est assurément la révélation 2007.

Afrik.com : comment êtes-vous arrivé à la comédie ?

Phil Darwin :
J’ai commencé la comédie vers l’âge de 9 ans. Je me suis ensuite consacré à l’écriture jusqu’à ce que je découvre Eddy Murphy l’humoriste américain. Dès lors mon seul but était de devenir « l’Eddy Murphy africain ». Il me restait qu’à convaincre mon père qui considérait le métier de comédien comme peu fiable. Mais malgré son scepticisme, il m’a toujours encouragé à aller au bout de mes rêves. C’est ce que j’ai fait après avoir obtenu au préalable un Master en Management.

Afrik.com :Pouvez-vous nous présenter votre spectacle en quelques mots ?

Phil Darwin :
C’est un voyage à travers les cultures, de l’Afrique –Afrique noire et Maghreb- à la France. Je me suis énormément inspiré de mon parcours et de mes expériences personnelles. 90% du spectacle, c’est du vécu, légèrement exagéré certes. Les sketches sur l’Algérie par exemple, renvoient à ce que j’y ai vécu pendant mon séjour dans ce pays alors que mon père y était diplomate.

Afrik.com : Il y a beaucoup d’autodérision. Pourquoi ?

Phil Darwin :
L’autodérision est la règle d’or dans ce métier. Je me devais de me moquer de moi-même avant de me moquer des autres, sinon cela deviendrait trop agressif.

Afrik.com : Vous parvenez à faire rire avec des sujets aussi polémiques que l’immigration, l’intégration à la française, les clichés raciaux, les discriminations, l’abus de pouvoir de certains présidents africains, etc.…

Phil Darwin :
J’avais envie de décomplexer ces sujets jugés trop graves, faire bousculer les mentalités, amener une certaine réflexion en posant des interrogations car évidemment je n’ai aucunement la prétention de faire changer les mentalités. J’exagère peut-être quelques fois dans mon approche des choses, mais concernant les clichés par exemple, il est triste de constater qu’il y a des personnes qui pensent vraiment ce que je dis. Ainsi lorsque je parle du français qui se dit : « merde, un vigil au 20h » en voyant pour la première fois Harry Roselmack présenter le journal, c’est pour dénoncer le fait que pour beaucoup de personnes dans ce pays, un homme noir habillé en costume est forcément vigil. Je suis ainsi heureux de constater tout ce meelting pot dans le public. C’est un spectacle fédérateur. Il faut que nous comprenions que nous sommes tous pareils malgré les différences, quelles qu’elles soient. Les différences sont donc un facteur unificateur. Je parle aussi beaucoup de l’Algérie car j’y ai vécu pendant plusieurs années, mon père était diplomate. C’est le pays où j’ai le plus ri, c’était donc normal d’en parler. Et puis, j’estimais qu’il était important de donner une autre image de ce pays qui a trop longtemps été associé au terrorisme et à la terreur. J’aborde aussi les problèmes de communication interculturelle que j’ai personnellement vécu et des abus de pouvoir de certains présidents africains. Je suis ici pour représenter l’Afrique et j’en suis très fier mais il y a des choses qui doivent cesser sur le continent. Il faut que le peu qu’on a soit utilisé à bon escient pour faire avancer les choses. Le salut de l’Afrique passe par l’union.

Afrik.com : Quelles sont vos inspirations, influences autres qu’américaines ?

Phil Darwin :
Eddy Murphy évidemment mais aussi Chris Rock, Dave La Chapelle, des comédiens américains. J’aime beaucoup Chris Rock car il dit la vérité, ce ne sont pas vraiment des « vannes ». Il aborde des sujets sensibles de l’actualité comme la situation des Noirs américains, la guerre en Irak. En France, j’aime beaucoup ce que fait Gad Elmaleh aussi bien au niveau du jeu que de l’écriture.

La bande-annonce du spectacle :

Afrik.com : Vous êtes-vous déjà produit en Afrique?

Phil Darwin :
Je me suis produit dans deux pièces jouées en Algérie et au Congo-Brazzaville. Il s’agissait de quelques sketchs joués dans le cadre d’une opération humanitaire. Au Sénégal et au Maroc, j’ai joué des extraits de mon spectacle, je dois y retourner pour le jouer en intégralité. Je suis en train de négocier pour faire une tournée sur le continent en 2008.

Afrik.com : Comment votre spectacle est-il reçu par le public africain?

Phil Darwin :
Lorsque j’ai commencé à jouer au Moloko, une petite salle à Paris, les Congolais ne venaient pas me voir. Au pays, il n’y a personne à qui se référer dans ce domaine. Ainsi lorsque tu dis que tu veux être comédien, ils sont sceptiques. Il y a un certain fatalisme. Au début, ils sont donc venus par curiosité et ont adoré. Ils sont très fiers que je puisse représenter le Congo.

Afrik.com : Comment pouvez-vous expliquer le succès actuel du Stand up en France ?

Phil Darwin :
Je le compare souvent au rap ou au slam car c’est également un moyen de dénoncer les injustices et de revendication. À l’exception près qu’avec l’humour, on a un public plus large. C’est donc à mon sens, une meilleure arme. Mais, il faut tout de même reconnaître que le Stand up « à la française » n’avait au départ pas cette motivation à l’instar des comiques américains comme Chris Rock. Son succès est dû à mon avis à la complicité, la proximité de l’artiste avec le public pendant le spectacle. C’était comme si nous nous connaissions tous, et il y a ainsi tout ce côté improvisation de l’humoriste. Il donne sans cesse la parole au public qui se met également à jouer. Ainsi, on se partage le spectacle.

Afrik.com : Quels sont vos projets ? Comptez-vous vous tournez vers la comédie ou le cinéma ?

Phil Darwin :
J’ai beaucoup de projets pour l’Afrique, surtout du point de vue artistique. J’aimerais faire comme Youssou N’Dour, m’installer au Congo et vivre de ma passion, la comédie ; développer des projets artistiques ; soutenir tous ceux qui veulent œuvrer dans ce domaine en Afrique et au Congo comme l’ont fait les Ivoiriens. J’ai également très envie de me tourner vers le cinéma. Dès le départ, mon objectif a toujours été de faire du cinéma. Après mon premier One Man Show, j’ai tellement adoré que j’ai décidé de mettre ce rêve de côté un moment. Mais, j’ai décidé de m’y mettre sérieusement car il n’y a pas assez de comédiens noirs dans le cinéma français. À ce propos, je pense qu’il est temps que nous nous unissions et que nous fassions nos trucs nous-même et ne pas attendre que cela vienne des autres. J’ai d’ailleurs commencé à faire des courts-métrages et des publicités.

 Théâtre de Dix Heures, 36, Bd de Clichy – 75018 PARIS – Métro : Pigalle

Les mardis et mercredis à 20h, jusqu’au 31 décembre 2007. Supplémentaires les 20-21 & 22 décembre et le 31 décembre à 20H et tous les dimanches à 18H depuis le 23 septembre.