Peuls du monde

Tabital Pulaaku International, créée en 2002 au Mali, souhaite fédérer les différentes associations peules autour d’un but : la sauvegarde de la culture et la langue peules. Un pas de plus vers la reconnaissance internationale de cette communauté riche d’Histoire et de grands hommes.

Les Peuls sont présents dans une quinzaine de pays africains, leur diaspora écume le monde entier et une multitude d’associations défendent la culture peule. Pour les fédérer, analyser leur travail et jouer le rôle de catalyseur, l’association Tabital Pulaaku International a vu le jour l’année dernière à Bamako, au Mali. Rencontre avec son président, Kadry Yaya, chef d’entreprise camerounais qui défend la cause peule avec sagesse.

Afrik : Comment est née votre association ?

Kadry Yaya : Dans chaque pays africain, il existe des associations qui s’intéressent à notre culture. L’idée de les fédérer nous est apparue en 1998 lors d’un Festival de culture peule au Mali. L’association est née en janvier 2002 à Bamako et j’ai été élu premier président. Nous avons mis en place un secrétariat permanent au Mali et des vice-présidents dans chaque pays africain où il y a une communauté peule. Nous avons aussi des vice-présidents pour l’Europe, le Moyen-Orient et les Etats-Unis. L’installation officielle du Bureau de l’association se fera le 27 juillet prochain lors d’une cérémonie officielle à Yola, dans l’est du Nigeria, sous le patronage de l’un des patriarches de la communauté, le chef traditionnel de Yola depuis 1953. Yola est un lieu symbolique, la ville a été capitale provinciale de l’un des plus grands empires peuls.

Afrik : Quel le but de Tabital Pulaaku International?

Kadry Yaya : Notre action est essentiellement culturelle. Le nom de l’association signifie d’ailleurs  » pérenniser la culture peule « . Notre but premier est de sauver notre langue. Les Peuls ont réussi à garder une langue commune mais elle a tendance à se diluer dans les dialectes des pays dans lesquels ils habitent. Elle se régionalise. Au Sénégal, elle emprunte au wolof ou au sérère, au Mali au bambara… Il y a des travaux en ce moment pour tenter de standardiser la langue. L’autre problème, c’est que notre langue est l’une des plus écrites en Afrique car elle a joué un rôle important dans l’islamisation du continent. L’écriture se faisait donc en caractère arabe. Pourtant, en 1966, c’est l’alphabet latin qui a été retenu officiellement pour écrire le peul. Si l’on garde seulement cet alphabet, nous risquons de perdre une partie de notre patrimoine.

Afrik : Allez-vous également mener un travail de recherche ?

Kadry Yaya : Oui, par exemple dans le domaine de l’élevage. Quand j’étais petit, j’avais l’habitude de dire  » la vache, c’est ma tante  » ! C’est vrai qu’encore aujourd’hui, au moins 20% des Peuls dans le monde se déplacent avec du bétail. Nous allons également organiser des colloques, des festivals, des émissions de radio, sortir des publications.

Afrik : Où trouve-t-on les Peuls en Afrique ?

Kadry Yaya : Nous sommes présents dans toute l’Afrique sahélienne, du Sénégal au Soudan, en passant par la Mauritanie, la Gambie, la Guinée équatoriale, le Burkina Faso, la Sierra Leone et j’en passe… Le Mali compte 35% de Peuls, en englobant les Wasoulous, des Peuls qui ne parlent plus la langue à cause de la colonisation mandingue mais qui se reconnaissent Peuls. La Guinée-Conakry en compte entre 49 et 51% et le Nigeria est le pays qui en accueille le plus grand nombre car c’était un empire peul très important. Quant au nord du Cameroun, c’est l’endroit où la langue, le fulfuldé, est la plus parlée. Nous sommes présents dans chaque pays mais de façon minoritaire, c’est pourquoi on a tendance à nous considérer comme des étrangers. Il n’y a pas d’estimations précises mais il faut compter entre 25 et 50 millions d’individus dans le monde.

Afrik : Quelle est l’origine des Peuls ?

Kadry Yaya : Il y a beaucoup de théories sur la question ! La plus valable reste à mon sens celle que le professeur Moussa Lam, de l’Université Cheikh Anta Diop à Dakar. La thèse qu’il développe est celle d’une migration d’Est en Ouest (d’Egypte et d’Ethiopie, le long du Sahara) puis d’une deuxième migration d’Ouest en Est. Les Peuls seraient donc d’origine égyptienne. Il s’agit d’un sujet très discuté mais la thèse de Moussa Lam comprend une bibliographie de 3 000 titres et il est lui-même peul… elle est donc solide. Les Peuls sont surtout connus comme étant des éleveurs et comme ayant participé activement au rayonnement de l’islam sur le sol africain aux 17ème et 18ème siècles.

Afrik : Citez-nous quelques Peuls célèbres…

Kadry Yaya : Le grand écrivain malien Amadou Hampaté Bâ ou du Sénégalais Cheikh Hamidou Kane, auteur de L’aventure ambiguë. Ce sont des monuments de notre culture et Cheikh Hamidou Kane fait partie de notre association. Il se bat d’ailleurs pour le siège de vice-président au Sénégal.