Pétrole: les prix chutent, une bonne gestion des recettes s’impose en Afrique

Après des hausses record qui ont culminé à près de 150 dollars le baril, les prix du pétrole sont descendus sous la barre des 50 dollars le baril ce jeudi à New York, soit leur niveau le plus bas depuis mai 2005. Si, pour les pays non producteurs d’Afrique, cette situation pourrait entraîner la réduction des factures énergétiques, elle pourrait devenir délicate pour les producteurs. Selon Jean Pierre Favennec, économiste à l’Institut français du pétrole (IFP), ces Etats devraient faire attention à la gestion de leurs revenus issus de l’exploitation du pétrole. Des modifications du budget 2009 pourraient intervenir dans certains pays africains.

Le 11 juillet, le prix brut a atteint, au grand bonheur des producteurs africains, un pic historique de 147 dollars le baril. Depuis, la tendance s’est inversée. Ce jeudi, ces prix tournaient autour de 48 dollars le baril à New York, ce qui représente un repli de plus de 65%. Et la baisse pourrait se poursuivre, selon les spécialistes. Dans les pays producteurs d’Afrique, cette situation crée une vive inquiétude car l’essentiel de leurs ressources provient de cette manne. Depuis dix ans, la production pétrolière du continent africain a augmenté de 56% alors que la hausse de la production mondiale a été de 16%. Sur la même période, la production de gaz en Afrique a, elle, doublé quand la hausse n’ a été que de 30% au niveau mondial. Jean-Pierre Favennec, spécialiste de l’économie de l’énergie, économiste à l’Institut français du pétrole (IFP), et directeur du centre Economie et gestion de l’Ecole du Pétrole et des Moteurs de Nancy, explique les éventuelles conséquences de cette chute des cours du pétrole pour les pays producteurs africains.

Afrik.com : Comment expliquez-vous la chute des cours du pétrole après les hausses records d’il y a quelques mois ?

Jean-Pierre Favennec :
Cette baisse s’explique par la crise économique mondiale actuelle qui a entraîné une baisse de la demande de produits pétroliers. Depuis deux mois, la demande a baissé dans les pays industrialisés, notamment aux Etats-Unis, premiers consommateurs mondiaux. Les prix ont tellement augmenté à la pompe que les consommateurs ont dû changer leurs habitudes, même en Chine, un autre grand consommateur de pétrole. La demande baisse et donc les prix aussi.

Afrik.com : Cette tendance baissière va-telle durer, selon vous, et quel niveau pourrait atteindre cette chute ?

Jean-Pierre Favennec :
Il est difficile de dire jusqu’à quand durera la baisse des prix. Il y a quelque mois encore personne ne prédisait que les prix descendraient sous la barre des 50 dollars aujourd’hui. Mais à mon avis, ils vont encore baisser et si rien n’est fait, ils pourront baisser jusqu’à des niveaux situés entre 30 et 40 dollars le baril. Ces prix, s’ils sont atteints, permettront toujours de produire du pétrole, mais ils ne favoriseront pas des investissements conséquents dans le secteur pétrolier. Conséquence : dans deux ou trois ans, on pourra revenir à des prix très élevés.

Afrik.com : Quelles conséquences peut avoir cette chute des cours du pétrole sur les pays africains producteurs, d’une part, et sur les pays non producteurs d’autre part ?

Jean Pierre Favennec :
Pour les pays non producteurs, c’est forcément une bonne chose. Ils consacraient entre 15 à 20% de leur budget à la facture énergétique. Cette baisse, si elle se prolonge, leur donnera une bouffée d’oxygène. Pour les pays producteurs, la situation est plus délicate. Si la baisse ne dure pas dans le temps, cela ne sera pas très grave. Puisque ces pays ont dû constituer des réserves quand les prix étaient élevés. A l’inverse, si la tendance baissière se poursuit et va au-delà de six mois voire un an, ils vont devoir réviser leurs prévisions budgétaires de 2009. La plupart de ces pays tirant près de 90% de leurs revenus de l’exploitation pétrolière ont dû établir leurs budgets en tenant compte des niveaux de prix élevés.

Afrik.com : Est-ce que c’était judicieux, de la part de ces pays, de faire des prévisions sur des niveaux de prix élevés, quand tout le monde sait que cette situation était conjoncturelle ?

Jean-Pierre Favennec :
Quand tout le monde dit que les prix ne descendront pas en dessous des 80 dollars le baril de Brent, c’est normal que ces pays en tiennent compte dans la préparation de leur budget. Maintenant ils doivent faire très attention dans leurs dépenses et éviter des gaspillages. Un niveau de prix de 50 dollars le baril reste toujours bon pour faire des recettes raisonnables.

Afrik.com : Certaines analyses disent que cette baisse serait aussi liée aux inquiétudes des investisseurs sur les implications du détournement du Tanker saoudien aux larges de la Somalie. Ce raisonnement vous paraît-t-il logique ?
Jean Pierre Favennec :
Je ne pense pas qu’il y ait un lien entre ce détournement et la baisse des prix du pétrole. Si lien il y a, il ne pourra produire que l’effet inverse, c’est-à-dire une augmentation des prix. Parce que cet acte entrainerait la diminution du pétrole sur le marché. Et si l’offre baisse et que la demande reste à son niveau, les prix vont augmenter. On voit bien que les attaques des infrastructures pétrolières dans le Delta du Niger par exemple n’avaient pas fait baisser les prix quand ils atteignaient des niveaux records de hausse.

Afrik.com: Que doivent faire les pays producteurs africains pour faire face à cette baisse si elle dure dans le temps ?
_Jean Pierre Favennec :
J’espère que les réserves financières ont été constituées. Dans des pays comme le Nigéria, l’Angola et le Tchad. Des sommes assez considérables ont été engrangées quand les prix étaient élevés. Maintenant, ces pays doivent s’imposer une gestion sérieuse de leurs revenus et revoir leur politique de dépenses. A 50 dollars le baril, ils feront toujours des recettes. Je le répète, il n’y a rien d’autre qu’une gestion sérieuse des revenus provenant de cette manne pétrolière pour faire face à cette tendance baissière.

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