
Depuis la guerre en Iran, le carburant renchérit chaque sortie en mer. Au Mozambique, au Ghana et au Sénégal, pêcheurs, transformatrices et vendeuses en voient déjà les effets sur les étals.
Au marché de Soumbédioune, à Dakar, une vendeuse a vu le prix de son poisson au moins doubler. « Aujourd’hui, pour le même poisson, le client peut facilement dépenser 4 000 ou 5 000 francs », explique-t-elle, alors qu’il en payait environ 2 000 francs CFA auparavant. Dans notre reportage, un pêcheur raconte qu’il doit parfois s’éloigner davantage de la côte pour trouver certaines espèces. Il brûle alors plus de carburant, passe plus de temps en mer et dépense davantage.
Une sortie moins rentable avant même de lever les filets
Les moteurs des pirogues et des bateaux fonctionnent au gazole ou à l’essence, selon les embarcations et les pays. Quand le prix du litre grimpe, l’équipage doit payer davantage pour atteindre les zones de pêche, ou raccourcir la sortie. Certains laissent leur bateau à quai. En mai, Reuters rapportait que cette flambée poussait déjà des pêcheurs de plusieurs régions du monde à réduire leurs sorties ou à immobiliser leurs bateaux.
L’effet varie selon les pays, les subventions et les types de pêche. Les petites unités, dont les marges sont souvent faibles, sont les plus exposées.
Au Mozambique, des chiffres qui parlent
Le Mozambique en donne une illustration chiffrée. La hausse des prix entrée en vigueur en mai 2026 y a fait bondir le diesel de 44,5 % et l’essence de 12,1 %. Selon une étude de l’Observatório do Meio Rural relayée par l’agence Lusa, le carburant représente entre 40 et 60 % des coûts d’exploitation d’une sortie en bateau motorisé. Pour un bateau au diesel, cela donne, à titre d’ordre de grandeur, un surcoût d’environ 18 à 27 % par sortie, toutes choses égales par ailleurs.
Sur les marchés urbains, le prix du poisson frais a parfois presque doublé. Cette hausse ne profite pas dans les mêmes proportions aux pêcheurs car les intermédiaires répercutent aussi leurs frais de transport et de stockage.
Moins de sorties, des revenus qui fondent
Quand les équipages sortent moins souvent, les débarquements diminuent. Au Ghana, une étude menée auprès de pêcheurs artisanaux et d’acteurs du secteur a relevé une baisse de la fréquence des sorties et des prises après des hausses de carburant. Pour compenser la perte de revenus, certains ont emprunté ou se sont tournés vers d’autres activités.
Un autre effet se dessine : pour économiser du carburant, des pêcheurs restent près des côtes. La pression se concentre alors sur des zones déjà très fréquentées.
Les étals s’en ressentent avec offre plus irrégulière, choix réduit, prix plus élevés. Cela ne signifie pas pour autant que les stocks se sont soudainement effondrés. Les saisons, la surpêche, les conditions météorologiques et les importations influencent aussi les quantités disponibles.
Du débarcadère à l’assiette
La facture ne s’arrête pas au quai. Le poisson doit être conservé, parfois glacé ou fumé, puis transporté vers les villes et les marchés de l’intérieur. Chacune de ces étapes consomme du carburant ou de l’électricité. La FAO souligne que l’énergie intervient à plusieurs stades de la filière et que son coût peut perturber la chaîne du froid et entraîner des pertes et une mauvaise conservation.
Les femmes qui transforment et commercialisent le poisson sont en première ligne. Elles paient davantage le transport, la glace ou le combustible utilisé pour le fumage.
Enfin, pour les ménages, la conséquence la plus directe est l’addition au marché. Les familles les plus modestes achètent moins de poisson, se rabattent sur des espèces moins coûteuses ou le remplacent par d’autres sources de protéines. Dans les régions où il reste une ressource quotidienne et abordable, la hausse de l’énergie touche directement l’alimentation.




