Persil : une histoire de Sardine !

Persil pour les Espagnols, Leila pour les Marocains, la petite île n’a jamais autant fait parler d’elle que ces dix derniers jours. Depuis le 11 juillet 2002, à la suite d’un raid de la  » Guardia  » espagnole sur l’île, elle est au centre d’un important ballet diplomatique. Le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, sillonne les capitales européennes pour expliquer la position marocaine. Interview.

Afrik : Est-ce que vous pouvez nous dire concrètement ce que cache cette crise autour de l’îlot de Leila ?

Mohamed Benaïssa : Pour ne rien vous cacher, l’origine de cette crise est le poisson, autrement dit les concessions de pêche entre le Maroc et l’Espagne. Lors d’une de mes visites en Espagne, j’avais déjà tiré la sonnette d’alarme. J’avais dit à nos partenaires et voisins espagnols, qu’il fallait absolument  » désardiniser nos relations « . Il est inconcevable que nous nous fassions la guerre pour des sardines.

Afrik : Pourtant, ni votre pays ni l’Espagne ne parlent explicitement de pêche quand il s’agit d’évoquer officiellement cette crise…

Mohamed Benaïssa : Oui, c’est vrai. Mais ça c’est de la politique, les choses sont dites très souvent implicitement. Le dossier est assez complexe. L’îlot de Leila est un volcan endormi. Il traduit toutes les difficultés de la coopération entre le Maroc et l’Espagne. Je vous cite les plus brûlantes : l’immigration clandestine , la contrebande à partir des enclaves de Ceuta et Melilla qui est estimée à 5 milliards de dollars (4,940 milliards d’euros) chaque année et qui profite à l’Espagne, l’autorisation donnée à Epson par l’Espagne pour faire de la prospection pétrolière dans les eaux territoriales marocaines, le sort des émigrés marocains qui vivent dans des conditions inhumaines en Espagne, l’affaire du Sahara Occidental.

Afrik : Pensez-vous pouvoir trouver des solutions à tous ces problèmes assez rapidement ?

Mohamed Benaïssa : C’est notre souhait et l’objet de ma mission. Je rencontre ce lundi à Bruxelles les ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne. J’ai également pris rendez-vous avec Romano Prodi (président de la Commission européenne, ndlr) et Xavier Solana (Secrétaire général de l’Otan, ndlr). Le souhait du Maroc est d’arriver à une résolution pacifique des problèmes.

Afrik : Pensez-vous que c’est aussi le cas en face ?

Mohamed Benaïssa : Je ne pense pas. L’Espagne ne m’en donne pas l’air. En plus, elle est en train de conduire toute l’UE dans un conflit. J’ai été surpris de la prise de position du Premier ministre danois qui assure actuellement la présidence de l’UE. Il a pris fait et cause pour l’Espagne sans nous entendre. C’est dommage.

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