Pénurie de moutons en Côte d’Ivoire

Le prix du mouton a explosé en raison des multiples rackets dont les convoyeurs issus des pays voisins sont victimes. Et comme les bas de laine sont vides…les poulets tremblent.

La crise politique en Côte d’Ivoire n’en est pas à une fête gâchée. La dernière en date ? Celle du Tabaski, l’Aïd El Kébir des musulmans ivoiriens.

En raison des contrôles à répétitions et des rackets imposés par les militaires aux étrangers ainsi que de la spéculation, le marché du mouton a flambé à Abidjan. Le Burkina, le Niger, et surtout le Mali sont les principaux fournisseurs d’ovins de la Côte d’ivoire. Voyant venir le coup, le gouvernement avait décidé, à la veille des festivités, de faire convoyer par les gendarmes les moutons en provenance des frontières septentrionales. Il s’agissait de ménager dix axes de circulation afin de permettre aux opérateurs économiques de ne pas doubler leurs coûts de transports.

Rackettés par la police, escortés par les gendarmes

De l’aveu même du ministère de l’Economie, ceux-ci déboursent 700.000 FCFA (7 000FF) au titre des frais de transports et 800 000 FCFA aux multiples barrages dressés sur les routes du Nord. Les autorités espéraient qu’en échange de la  » protection  » de la maréchaussée, les convoyeurs s’engageraient à baisser leurs tarifs.

Las, les prix sur les marchés des principales agglomérations ivoiriennes ont largement dépassé les prévisions les plus pessimistes. On s’attendait à un coût moyen exorbitant de 75 000 FCFA par tête. Il aurait déjà été prohibitif. En fait, les plus belles bêtes se vendent jusqu’à 280000 FCFA sur la plupart des foires à bestiaux.

Là encore, les policiers sont dans la ligne de mire des convoyeurs de bétail. Certains assurant avoir été contraints de payer à cent reprises des droits de passage entre les frontières et Abidjan.

Résultat : la surcharge est facturée au boucher, avec les répercussions qu’on imagine sur les prix à la consommation. Le prix du kilo de viande est passé de 850 FCFA l’an dernier à 1 250 FCFA aujourd’hui.

Une fois n’est pas coutume, ce sont les poulets qui font les frais de cette situation. Dans un pays fortement affecté par la crise économique, où le salaire moyen n’excède pas les 55 000 FCFA, bon nombre des 40% de musulmans que compte la Côte d’Ivoire ont tout simplement sacrifié un modeste gallinacé à la mémoire de l’alliance conclue entre Abraham et le Créateur. A convoyeurs tondus, poulets plumés.