Peinture, le cri d’Asnour

La soul painting (peinture de l’âme), est une danse soufie. Le peintre cogne furieusement contre les murs de son labyrinthe émotif pour dénuder son âme. Comme un derviche-tourneur. Les couleurs fuient le pinceau pour entamer une danse extatique. Orgasmique. Rencontre avec un voleur d’âmes.

 » Dans les fêtes, je ne retiens que l’instant court, très court, où le rire se fait larme et aux enterrements je ne vois que ce moment fugace où le deuil se noie dans le soulagement. Et la honte qui vient après dans les deux cas « . A observer le genre humain, Asnour en est arrivé à se donner en spectacle. Le public assiste à ses créations. Sa toile  » la femme et le masque  » est née sous les yeux de l’assistance. Aidé par un quatuor de jazz, il libère ses pinceaux de toute contrainte. Le trait fuit l’objet-alibi, devient nerveux, retient avec douleur l’angoisse, qui sort du cadre pour vous accompagner. Malaise et thérapie.

Libéré des influences de Max Ernst et de Beckmann, Asnour est en pleine maturité. Tant mieux. Dans Ana (moi), il répond à Antar Bnou Chadad, poète antique. Il appelle au secours la calligraphie . Le verbe appuie l’émotion, lui donne une nouvelle force esthétique. Pourtant, c’est en fuyant les mots qui se suivent, les phrases qui en appellent d’autres qu’Asnour, autodidacte, s’est réfugié dans le silence pictural. Le cri continu de ces toiles est à la recherche du verbe apaisant.

Soufi et Tassili

 » L’art rupestre est le ventre de la terre. Mes maîtres sont anonymes « . Creuser la mémoire collective, voyager dans le passé oublié. Un passé recomposé et multicolore. Avec une prédominance de l’ocre. Du sable, toujours du sable. Il déborde de la toile. Un arbre mort, un oiseau noir tentent vainement d’emprisonner l’horizon. Sa subjectivité plastique est si profonde qu’il introduit des objets courants pour conserver un sens compréhensible. Le pinceau se fait aérien pour saisir le tourbillonnement de la danse soufie. Et de sa philosophie. Omar Khayyam n’est pas loin.  » Leur quête incessante de la vérité première, du bonheur, me séduit. Moi aussi, je cherche… mais je ne sais pas quoi « . Peut-être lui-même.

La Tunisie est aujourd’hui prête à accueillir Asnour. Le fils de Tunis a toujours refusé de participer aux manifestations institutionnelles. La plus grande galerie privée de Sidi Boussaid lui ouvrira ses portes durant tout le mois de mai. Monsieur arts plastiques tunisien , Hamadi Chérif, l’a invité à exposer pour la première fois en Tunisie.

Pour les amoureux de la soul painting et les curieux, il ouvrira les portes de son atelier à Ménilmontant du 8 au 10 décembre. Vous y suivrez les différentes étapes de la création.

Atelier : 6, rue Julien Lacroix, 75020 Paris

Métro : Ménilmontant