PCQVP exige une enquête parlementaire sur l’achat d’un immeuble par le Gabon à Paris

Des ONG gabonaises, animées par Marc Ona Essangui et regroupées au sein d’une coalition Publiez ce que vous payez (PCQVP), ont exigé le 30 mai dernier, dans un communiqué de presse que nous publions in extenso ci-dessous, une enquête parlementaire sur l’achat d’un immeuble à Paris par le Gabon. L’acquisition de ce bien immobilier aurait coûtée 100 millions d’euros, soit 65, 6 milliards de CFA à l’Etat gabonais.

Dans un communiqué rendu public le 19 mai 2010, la Présidence de la République gabonaise annonçait l’acquisition « en toute transparence » d’un bien immobilier à Paris en France, un « bien » révélé par la suite dans les médias privés français comme un hôtel particulier de grand standing que la Présidence gabonaise s’est maladroitement évertuée à présenter comme une acquisition pour le compte de l’Etat, et au profit de l’Ambassade du Gabon à Paris. Cette information serait évidemment passée inaperçue si le Canard Enchaîné, dans son édition du 26 mai 2010 n’avait signalé le caractère troublant de cette acquisition.

En effet, selon le Canard Enchaîné, la Présidence gabonaise semble avoir soigneusement omis de dire aux Gabonais qu’elle venait de faire secrètement débourser à l’Etat gabonais la bagatelle somme de 65 milliards de CFA, soit 3% du budget de l’Etat, pour un bien dont l’adresse ne fut même pas communiquée.

La même source précise, ironique, qu’ « en 2007, des princes du Qatar, intéressés, avaient calé devant la note : l’hôtel était déjà proposé à 100 millions. Heureusement, le Président gabonais a plus de ressources que ces va-nu-pieds des Emirats. A l’arrivée, la facture devrait largement excéder cette centaine de millions puisque le Gabon achète aussi l’immeuble mitoyen pour y loger des bureaux et une partie de l’ambassade. Sans que celle-ci déménage de l’avenue Raphaël (16ième arrondissement). Et, surtout, l’ensemble nécessite de sérieux travaux de remise en état. »

L’absence de démenti de la part du gouvernement gabonais vient confirmer ces informations graves qui relancent le débat sur les biens mal acquis dont le régime en place s’est rendu coupable au cours des 42 dernières années. Comment comprendre qu’un pays qui vient de procéder à un emprunt obligataire auprès des banques locales à des taux élevés pour éponger sa dette intérieure (une dette intérieure pour payer une dette intérieure) se lance dans une dépense dont les motivations sont loin d’être une priorité pour une population de plus en plus exposée aux méfaits d’une pauvreté grandissante?

Comment ne pas s’interroger sur les dessous de cette acquisition au moment où l’ambassade du Gabon à Paris est en pleine restauration et les sociétés commises pour cette tâche déjà entièrement payées?

Et comment ne pas s’inquiéter d’une telle acquisition au moment même où le gouvernement gabonais semble à bout de souffle, obligé d’emprunter la dérisoire somme de 5,9 milliards de F CFA à la Chine le 3 mai dernier dans le même temps où le journal maltais Malta Today faisait état, le 2 mai, de la découverte par le gouvernement maltais de 7 millions d’Euros (soit 5 milliards de F CFA) dissimulés sur un compte de l’Etat gabonais à la Fimbank de Malte, compte dont le seul bénéficiaire et ayant droit, curieusement, n’était autre que le Président défunt du Gabon, feu Monsieur Omar Bongo?

La société civile gabonaise, regroupée au sein de la coalition internationale Publiez ce que vous Payez, avait accueilli favorablement certaines mesures gouvernementales visant disait-on à mettre fin à certaines pratiques dans la gestion des finances publiques. Six mois seulement après, l’on constate que la corruption et les pratiques peu orthodoxes des 42 dernières années continuent à saper le potentiel de la République et à hypothéquer son avenir.

Face à la gravité des informations publiées par le Canard Enchaîné, la coalition Publiez Ce Que Vous Payez exige une enquête parlementaire sur ce que nous considérons comme un scandale de plus et qui, une fois de plus, confirme nos craintes sur l’inquiétant statut désormais avéré de la France comme paradis fiscal pour les autocrates et despotes kleptocrates qui sévissent contre leurs peuples en Afrique francophone.

Libreville, le 30 mai 2010