PC made in Sénégal

La Compagnie Africaine de Technologies Informatiques (Cati), basée à Dakar, se lance dans la fabrication d’ordinateurs « made in Sénégal ». Les ambitions de l’entreprise : promouvoir le savoir-faire africain au service de l’informatique et hisser l’Afrique au même niveau que l’Europe. Interview de la présidente de la Cati, Viviane Dièye.

Des ordinateurs « made in Sénégal » vont débarquer dans quelques mois sur le marché national. Assemblés dans l’usine de la Compagnie Africaine de Technologies Informatiques (Cati), ils concurrenceront directement les produits européens et américains. L’initiative est née d’un partenariat entre la Cat (Compagnie africaine de technologies), fournisseur sénégalais de matières premières et de matériel aux imprimeurs, et la société londonienne Time Investments, société d’investissement dans le secteur des hautes technologies. Viviane Dièye, présidente de la Cati, souhaite ainsi participer à la promotion et la reconnaissance d’un savoir-faire 100 % africain.

Afrik : Comment est née la Cati ?

Viviane Dièye : La CATI est née d’une volonté personnelle. Je suis née au Sénégal, et comme beaucoup d’Africains, je suis partie faire mes études en France. Je suis restée là-bas jusqu’à l’âge de 30 ans et j’ai ensuite eu envie de retourner au pays monter cette entreprise. Le contexte sénégalais est très propice aux entreprises du secteur informatique. Avec le Nepad (Nouveau partenariat pour le développement en Afrique, ndlr) qui prône les hautes technologies comme l’une des sources de développement du continent, le chef de l’Etat (Abdoulaye Wade, ndlr) mène une campagne dynamique pour attirer les investisseurs. Notre projet correspond à cette volonté nationale d’amener le Sénégal à un fort niveau de compétitivité.

Afrik : Quelle est la différence entre vos ordinateurs et les autres ?

Viviane Dièye : Tout d’abord, nous nous positionnons en tant qu’usine. Nous assemblons des unités informatiques à partir de composants qui viennent principalement d’Asie et qui font partie des toutes dernières technologies. Nos ordinateurs intègrent donc les applications dernier cri et n’ont rien à envier aux produits européens ou américains. Les normes sont strictement les mêmes, la qualité aussi.

Afrik : En quoi le « made in Sénégal » est-il compétitif ?

Viviane Dièye : La compétitivité de la Cati repose sur plusieurs éléments. D’abord, notre implantation au Sénégal est déterminante car la sécurité politique du pays favorise les investissements. Ce contexte économique est partie intégrante de notre compétitivité. Ensuite, la main d’œuvre sénégalaise présente deux principaux avantages : son coût peu élevé et sa qualification. Il existe un véritable savoir-faire africain, dans les hautes technologies comme ailleurs, qui ne demande qu’à être reconnu et exploité. C’est ce que nous nous encourageons à la Cati. Nous envisageons d’ailleurs d’intégrer à l’entreprise une école de formation qui permettra de perfectionner le personnel aux nouvelles technologies. Peut-être même, à long terme, pourrons-nous ouvrir cette formation à des personnes extérieures à l’entreprise.

Afrik : Et au niveau des prix, quelle compétitivité ?

Viviane Dièye : Nos prix seront de fait extrêmement compétitifs ! Nos ordinateurs seront accessibles à tous. Un Africain moyen pourra devenir propriétaire d’un ordinateur doté des dernières technologies pour un prix bien inférieur à celui d’un produit européen ou américain, dont le prix est peu abordable du fait de l’importation.

Afrik : Quels sont alors les objectifs de la Cati ?

Viviane Dièye : Notre usine, actuellement en construction, va être implantée dans le Technopôle de Dakar au sein du « Cybervillage ». Ce lieu accueille des sociétés de hautes technologies sénégalaises et étrangères et devrait faciliter les passerelles. Nous envisageons une diversification de notre activité avec des services de maintenance informatique pour les entreprises, ce qui constituera un élément fondamental. Notre objectif commercial est alors de pénétrer le marché sénégalais à hauteur de 20% de notre production, et à 80% vers le marché africain – hors Uemoa (Union économique et monétaire ouest africaine, ndlr)- et le reste du monde. Pour hisser enfin l’Afrique au niveau des pays européens.