Pax Warrior ou l’interactivité historique

Le logiciel interactif Pax Warrior propose de devenir le commandant des forces de l’ONU au Rwanda pendant le génocide de 1994. Le projet éducatif canadien a pour but de nous faire comprendre, de l’intérieur, le processus de décision et de résolution de conflit. Sans pour autant changer le cours de l’histoire. Découverte.

Glissez-vous dans la peau du général Dallaire, le commandant en chef des forces de l’ONU au Rwanda pendant le génocide de 1994. Le logiciel éducatif canadien Pax Warrior vous plonge au coeur de l’action dans un univers multimédia pour mieux comprendre les processus de prises de décisions. Disponible en septembre dans sa version complète, il revêt une importante dimension pédagogique et interactive.

Afrik : Pourquoi un tel projet ?

Andreas Ua’Siaghail :
Les Canadiens ont ressenti le génocide rwandais de manière presque personnelle. Nous nous sentions proches. Nous avons du mal à comprendre cette notion de racisme. Et c’est clairement une expression de nos valeurs que de chercher à éradiquer ce genre de comportement et d’état d’esprit.

Afrik : Comment avez-vous travaillé à l’élaboration de Pax Warrior ?

Andreas Ua’Siaghail :
Pax Warrior a été pensé et élaboré par l’Equipe Renaissance, chargée de développer des nouveaux médias, au sein du Canadian film centre, dont le fondateur est le réalisateur Norman Jewisson, à qui l’on doit notamment Mississipi Burning. Notre section combine différentes compétences. Elle associe, entre autres, un scénariste, un graphiste et un programmateur pour un même projet. Nous avons également travaillé avec l’appui d’historiens. Par ailleurs, le Canada a une très grande communauté rwandaise. Certains nous ont eux-mêmes proposé leur témoignage.

Afrik : Peut-on inverser le cours de l’Histoire avec Pax Warrior ?

Andreas Ua’Siaghail :
On ne vas pas vous dire que vous pouvez changer l’histoire. Le total des victimes du génocide est estimé entre 500 000 et un million de personnes. Vous ne disposez donc ni plus ni moins que de cette marge de succès. Le niveau de succès que vous avez réside dans votre capacité à attirer l’attention de la communauté internationale sur le fait qu’un génocide se déroule. Vous devez également faire en sorte que les autorités locales réagissent. Ce qui reflète à peu près ce qui s’est passé.

Afrik : Pax Warrior est-il uniquement un simulateur ?

Andreas Ua’Siaghail :
Non, car quand on plonge dans les rouages des systèmes de décisions, il aide à mieux comprendre les choses. C’est en quelque sorte une manière d’être sûr que cela ne se reproduise pas si l’on se retrouvait demain dans la même situation. Les interdépendances sont complexes. Vous évoluez dans un cadre historique où vos choix vont déterminer certaines actions. Vous pouvez échouer dramatiquement si vous faîtes les mauvais choix. Pax Warrior n’est pas du tout frivole. Le but n’est pas de « gagner », mais de prendre conscience des relations internationales.

Afrik : Comment avez-vous défini les différents choix pour chaque action?

Andreas Ua’Siaghail :
Toutes les informations que nous avons nous ont été données par la liste des personnes ayant participé à l’élaboration du logiciel : des témoins, des acteurs qui étaient présents ou ceux qui ont une connaissance théorique sur les conflits internationaux. Le nombre de choix possibles que l’on a pour chaque action sont au maximum de cinq. Mais il y en a entre vingt-cinq et trente dans la base de données. Les choix proposés sont fonction de votre parcours dans l’histoire. A chaque décision, vous perdez ou gagnez des points sur un indice relationnel, qui marque les affinités que vous avez avec votre interlocuteur.

Afrik : A chaque situation, s’affichent à l’écran les affinités que l’on a avec tel ou tel groupe. Est-ce un critère de réussite pour l’utilisateur?

Andreas Ua’Siaghail :
Je ne suis pas sûr que ce soit un critère de succès. Est-il important de garder certaines relations avec certains groupes ? Est ce que les décisions que je vais faire seront efficaces ou bien est ce que je dois faire en sorte d’avoir de bonnes relations avec tout le monde? Ce sont des questions que l’utilisateur sera amené à se poser.

Afrik : A qui s’adresse Pax Warrior ?

Andreas Ua’Siaghail :
Aux étudiants, aux Organisations non gouvernementales (ONG), aux diplomates,… A tous ceux qui sont amenés à aborder d’autres crises internationales. Des ONG comme Amnesty International, Human right watch ou Médecins sans frontières , par exemple, veulent Pax Warrior pour s’entraîner. Il y a aussi les Nations Unies – l’UNDP (Division de fourniture des Nations Unies), l’Unesco et l’Undpko (département des Nations unies pour les opérations de maintien de la paix, ndlr) – qui sont intéressés.

Afrik : Comment un tel outil est susceptible d’être utilisé par des étudiants ?

Andreas Ua’Siaghail :
Il y a un guide pédagogique qui accompagne le logiciel, pour avoir une meilleure approche du concept que nous proposons. Il y a une expérience narrative et une expérience communautaire. Grâce au logiciel on peut créer sa propre bibliothèque sur le Net en compilant des articles de presse ou des travaux de classe. Il y a là une approche multidisciplinaire. Une fois qu’on a fini son parcours, on peut le comparer à celui du général Dallaire. On peut également avoir accès au parcours des autres personnes. Ce qui permet, notamment au sein d’une classe de partager des expériences.

Afrik : Allez-vous vous intéresser à d’autres conflits que celui celui du Rwanda ?

Andreas Ua’Siaghail :
Nous allons nous intéresser à la Bosnie, à la Somalie, à la Sierra Léone et aussi au Timor Oriental. Nous comptons nous pencher sur toutes les interventions humanitaires qui ont eu lieu depuis la fin de la guerre froide pour y porter un regard interactif multimédia.

 Pour visiter le site vitrine de Pax Warrior