Patson : pour le plaisir de rire !

Patson, le jeune comique d’origine ivoirienne, se produit depuis ce lundi sur la scène du Théâtre Daniel Sorano, à Paris, dans son premier one man show intitulé L’homme deux couleurs : Moitié Black/Moitié Noir. Pour vous éviter de rater un spectacle, qui vous fera certainement hurler de rire, Afrik a décidé de faire les présentations. A la rencontre de Patson.

Patson, alias Mian Kouassi, a toujours eu la fâcheuse habitude de faire rire tout le monde. Plus précisément depuis qu’il a 7 ans. A 31 ans, à Paris, il s’y emploie encore au Théâtre Daniel Sorano, à compter de ce lundi jusqu’à mercredi prochain, à la faveur de son premier spectacle, mais pas de sa première représentation, L’homme deux couleurs : Moitié Black/Moitié Noir. Un spectacle, écrit par Patson, aux couleurs de son quotidien et de son environnement qui a déjà fait l’unanimité auprès de nombreux spectateurs. « Je faisais souvent le pitre et ça plaisait », raconte-t-il en évoquant ses débuts dans des troupes de théâtre en Côte d’Ivoire, son pays natal, alors qu’il n’était qu’un enfant. Quand il arrive en France, où il dit résider « depuis longtemps », plus de 20 ans en réalité, il s’inscrit dans des ateliers de théâtre. Mais il se rend très vite compte que cette version classique du jeu comique ne lui convient pas. Il l’abandonne pour se consacrer à ses études : Patson est expert automobile en moteur diesel de formation. Cependant, le rire l’habite toujours et il fait aussi bien mourir de rire des contrôleurs de la RATP (compagnie en charge des transports publics parisiens), qui en oublient leur travail, que les passagers, à l’aller comme au retour, d’un vol commercial ralliant Paris à Bordeaux. Et entre-temps, grâce à Coluche, « un grand Monsieur », dit-il, et un grand comique, il découvre le café-théâtre et le « one man show ».

D’expert automobile à expert du rire

S’impose alors à lui, l’idée de faire du rire son métier. Nous sommes au début du 21e siècle. Patson commence alors à prendre des cours au Point Virgule, mais il y a trop d’élèves. Il opte alors pour le café Théâtre Le bout parrainé par la comique française Sylvie Joly pour ensuite retourner au Point Virgule. Il apprend à écrire, à structurer ses spectacles et s’offre même les services d’un coach pour parfaire sa technique. Ainsi, en novembre 2004, son premier spectacle voit le jour. Lui qui s’inspire de « tout », notamment de sa famille, de sa communauté, de son quotidien, en somme de tout ce qui l’entoure, trouve aussi l’inspiration chez ses aînés du monde entier. Comme l’acteur américain Eddy Murphy, les comiques camerounais Jean-Miché Kankan et ivoirien Adama Dahico, les Français Dieudonné, Gad Elmaleh, Bourvil, Fernandel, Pagnol ou encore le musicien Georges Brassens qu’il « adore ».

Mais c’est Coluche qui l’inspire le plus. Tant sur le plan humain que professionnel. Son humilité mais surtout son humanité, illustrée par la création des « Resto du cœur », cette association qui vient en aide aux plus démunis, a fait écho dans la vie de Patson, du moins dans celle de M. Mian, lui qui est à l’origine, depuis 1998, de l’association Micro d’or. Car c’est M. Mian, et non pas le comédien, qui est un homme engagé. « Un comédien, explique Patson, appartient à tout le monde, il n’a pas de parti pris, il est apolitique ». Mais Mian Kouassi, à travers son association et ses relais, aide des familles à s’intégrer en France en leur apportant notamment une aide administrative, soutient des micro-entreprises dans son pays d’origine ou encore des projets au Sénégal. Et surtout il n’a pas sa langue dans la poche quand on l’interroge sur la crise des banlieues, lui qui a côtoyé, en tant qu’éducateur contractuel au ministère de la Justice, beaucoup de jeunes en difficulté.

Un homme engagé mais un comique tout simplement

« Il y 10, 15 ans, ces enfants avaient 3 ans. Il était alors possible de faire quelque chose. Mais ce ne fut pas le cas parce que l’on n’a pas donné les moyens à ceux qui souhaitaient agir. Par exemple, lorsque j’ai voulu monter mon association, je n’ai pas été encouragé si ce n’est pas par les conseils avisés de certains élus locaux. Mais je n’ai reçu aucune subvention de l’Etat. Aujourd’hui, les gens récoltent ce qu’ils ont semé. Ils ont fermé les yeux. On peut me considérer moi, comme issu de l’immigration, mais ces enfants, eux, sont nés en France. Ils sont Français. La crise des banlieues est un problème franco-français. Et il ne faut surtout pas faire l’amalgame entre les vrais délinquants et les jeunes en difficulté. Les jeunes ont besoin qu’on leur inculque le respect de tout un chacun. Pour cela, il faut donner les moyens aux adultes de jouer leur rôle.
Dans cette optique, l’ordonnance 45 doit être révisée car elle protège trop les enfants : leur parole est érigée en vérité absolue. Ce qui n’est pas toujours le cas, le procès d’Outreau en a donné la preuve. Enfin, il faut que nous apprenions à vivre ensemble. Les cinq doigts de la main ne sont pas de la même taille, mais ils travaillent ensemble. » Voilà pour le citoyen militant.

Patson, le comique, rêve quant à lui du mythique Olympia, d’égayer le monde et en particulier les Africains qui l’ont découvert sur la radio africaine Africa n°1. Le vendredi, dans Les matins d’Eugénie, il en fait rire beaucoup qui oublient pendant quelques minutes un quotidien qui n’est pas toujours des plus gais. « Je reçois de nombreux mails. J’en ai reçu un récemment qui m’a particulièrement touché. C’était celui d’un jeune Ivoirien, réfugié politique au Mali, qui m’expliquait qu’il parcourait des kilomètres avec des amis rien que pour m’entendre à la radio. Ça m’a vraiment ému. Je lui ai répondu, par la voix des ondes, que tant qu’il était en Afrique, il était chez lui. Il m’a répondu à son tour que mon message l’avait revigoré. Nous ne sommes pas riches en Afrique et par conséquent avons peu de raisons de nous réjouir. Pourtant, le rire est toujours présent, c’est ça notre force. Et le rire est international. Faire rire les gens, c’est un plaisir pour moi », affirme Patson. Et on le croit sur parole, cet homme au (sou)rire contagieux.

L’homme deux couleurs : Moitié Black/Moitié Noir

se joue au Théâtre Daniel Sorano, à Vincennes, jusqu’au 7 décembre.

Théâtre Daniel Sorano

16, rue Charles Pathé

94300 Vincennes

RER A, station Vincennes

Association Micro d’or

3, Allée Louis Aragon

91 000 Evry