Pas d’école d’acteurs pour le cinéma burkinabè

Apolline Traoré est réalisatrice. Formée aux Etats-Unis, elle est rentrée au Burkina pour y tourner, Monia et Rama, une série télé 100% locale de vingt épisodes. Une aventure de huit mois où elle aura dû adapter son travail au manque d’acteurs cinéma dans le pays. Interview.

Rencontrée au Marché international des programmes télé 2002 (Mip TV 2002) de Cannes (France), Apolline Traoré vient représenter la société de production burkinabèe NDK d’Idrissa Ouedrago pour laquelle elle travaille. Formée à l’école américaine, elle est rentrée au pays pour y tourner  » Monia et Rama « , une série de vingt épisodes au format vingt minutes. Six mois de préparation et deux de tournage, pour un projet personnel où elle aura dû composer avec des acteurs non formés à un travail cinéma.

Afrik : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans votre travail ?

Apolline Traoré : Les acteurs n’ont pas de vrai notion de professionnalisme. Je ne les accuse pas. Nous n’avons tout simplement pas d’école d’acteurs dans le pays. Les acteurs sont plus tournés vers le théâtre. Ils n’ont pas vraiment de notions de cinéma pour comprendre ce qu’il faut donner quand on tourne une scène.

Afrik : Comment avez-vous procédé pour pallier ces manques ?

Apolline Traoré : Nous avons effectué deux mois de tournage sans arrêt. Ni les techniciens, ni les acteurs n’étaient habitués à un rythme pareil. Au début ça a été un choc terrible, car les acteurs n’avaient pas la notion de répétition. J’ai pris les meilleurs des castings, mais comme personne n’était habitué au travail cinéma, j’avais peur qu’ils ne récitent les dialogues au lieu de les jouer.

Afrik : Et alors ?

Apolline Traoré : Nous n’avons eu que deux semaines de répétition. Trop peu pour répéter l’ensemble des épisodes de la série. J’ai repris les scènes les plus fortes, là où il y avait une émotion à faire passer par exemple, pour les travailler avec les acteurs. Scène par scène, nous lisions ensemble le script, pour en faire un résumé. L’important était de bien saisir et s’imprégner de l’atmosphère de la scène. Puis je leur retirais les textes pour qu’ils jouent la scène comme ils le sentaient. Nous avons travaillé dur et j’espère qu’on en aura la récompense.

Afrik : Quelles autres difficultés avez-vous rencontrées ?

Apolline Traoré : D’une manière générale notre cinéma pâtit d’un manque de matériel. Même la Direction générale du cinéma (DGC), qui co-produit beaucoup de réalisations, n’en a pas assez. Si on en a les moyens, il faut commander en France. Mis à part cela, nous souffrons également de difficiles conditions de travail pendant la saison sèche où il est très pénible de jouer sous la chaleur.

Afrik : Bénéficiez-vous d’une aide pour financer vos films au Burkina ?

Apolline Traoré : Le cinéma burkinabè – et plus largement africain – dépend de l’aide de la France et de la Coopération (les pays de la Francophonie). Ce sont là nos seuls supports financiers. Nous n’avons rien de la part de l’Etat.

Afrik : Le fait d’être conditionné aux subventions extérieures n’entrave-t-il pas le cinéma africain dans sa création ? Existe-t-il même un cinéma africain à part entière ?

Apolline Traoré : Il existe un cinéma africain. Nous avons fait de vrais efforts pour nous améliorer. Ce qu’on montre dans nos films est unique. Notre culture parle dans nos films. Mais il est vrai que les producteurs africains devraient essayer de produire en autofinancement pour avoir toute la liberté pour faire leur film. Car il existe des contraintes avant qu’un projet ne soit accepté par l’aide française ou francophone.

Afrik : Vous avez fait vos armes aux Etats-Unis. En tant que réalisatrice, pourquoi avoir quitté la Mecque du cinéma pour venir en Afrique ?

Apolline Traoré : Les Etats-Unis sont des parents pour apprendre et m’aider à me perfectionner. Je ne me suis jamais mis en tête que j’allais rester aux Etats-Unis. L’art, c’est l’art, c’est d’où l’on vient le plus important. Dès que j’ai eu une opportunité de tourner en Afrique, j’y suis allée. C’est là où je me sens le mieux.

Afrik : Quelle est l’image du cinéma africain aux Etats-Unis ?

Apolline Traoré : Il est difficile de faire rentrer des productions étrangères aux Etats-Unis. Les Américains ne connaissent pas le cinéma africain. Ils ne connaissent pas notre culture. Il faudra du temps pour qu’ils puissent la comprendre pour apprécier nos films.