Paris inaugure son ciné-club africain

À l’occasion des 50 ans du cinéma d’Afrique, le musée Dapper inaugure dans ses murs, ce vendredi à Paris, un ciné-club rendant hommage au septième Art du continent et de la diaspora. Un rendez-vous mensuel qui offre également au public l’opportunité de débattre avec des figures du cinéma africain. Le projet est réalisé en partenariat avec RFI, Arte, RFO et les Cahiers du Cinéma. Interview de Catherine Ruelle, programmatrice et directrice artistique du ciné-club et présidente de l’association « Racines » à l’origine de l’initiative.

Par Sandrine Desroses

Premier ciné-club dédié au cinéma noir à Paris. Le musée Dapper crée l’événement, ce vendredi, en s’associant à la naissance du tout premier ciné-club consacré au cinéma Noir. L’initiative, en partenariat avec Arte, RFI, RFO, est le résultat d’un travail de mémoire que Catherine Ruelle, responsable de l’Actualité du cinéma sur RFI depuis 1971, entreprend au sein de l’association « Racines », qu’elle a fondée en 1984. Son ambition : rendre, le 3e vendredi de chaque mois, le patrimoine cinématographique africain accessible à tous dans un « cadre vivant » et animer des débats entre le public et les réalisateurs. Cette passionnée de cinéma nous explique ce qui l’a amenée à monter ce projet.

Afrik.com : Comment vous est venue l’idée de créer un ciné-club dédié à l’Afrique ?

Catherine Ruelle :
Journaliste à RFI depuis 1971, je suis responsable de la rubrique ciné depuis 1973, donc ça fait pas mal de temps que je suis investie dans la promotion du cinéma. Au sein de l’association « Racines », j’organise depuis 1984 des rencontres autour du cinéma noir, comme le festival « Racines Noires », ou encore le festival de cinéma au Forum des Halles (Paris), entre 1997 et 2001, proposant un panorama de toutes les diasporas du monde noir. Le travail de l’association « Racines » est avant tout un travail de mémoire qui s’élargit à la conservation des films africains et de la diaspora, car il y a un réel besoin d’en garder des traces. Et malheureusement, les festivals n’en ont pas, car on a toujours du mal à retrouver les bandes, ou alors elles se détériorent avec le temps. Les maisons d’édition vidéo et DV, comme la Médiathèque des Trois Mondes, publient certes des films afro-antillais, mais elles ne le font que de manière confidentielle. C’est là que nous intervenons pour en quelque sorte nous rebeller contre cette situation ! Ainsi, nous avons rebondi sur la sortie en DVD de « Yeelen », du cinéaste malien Souleymane Cissé, édité par Fox Pathé, pour en proposer la projection en avant-première au musée Dapper, en décembre dernier, et présenter notre projet de ciné-club africain.

Afrik.com : Quelle est la philosophie du ciné-club ?

Catherine Ruelle :
Nous voulons avant tout présenter des films que le public n’a pas vus, ou alors mal vus, car diffusés dans de toutes petites salles parisiennes. Nous souhaitons également faire connaître de nouveaux auteurs, des réalisateurs de longs et courts métrages, car il y a beaucoup de talents qui ne sont pas arrivés à diffusion. Notre but est d’ouvrir une fenêtre sur le nouveau cinéma noir et de faire (re)découvrir des chefs-d’œuvre du paysage cinématographique africain. Parce que rappelons qu’il n’existe pas (en France, ndlr) de cinémathèque africaine, il n’y a donc aucune possibilité ni pour les cinéastes, ni pour les étudiants, ni pour le public de voir ces films.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous choisi le Musée Dapper comme cadre pour le ciné-club ?

Catherine Ruelle :
Nous avons voulu mettre ce cinéma dans un cadre vivant. Un écrin tel que le musée Dapper plonge les gens dans un véritable bain culturel. Le cinéma africain doit être reconnu comme une valeur positive et le fait de pouvoir le diffuser là-bas est une chance, car c’est un lieu où il n’y a pas de misérabilisme, rien de négatif, que du positif.

Afrik.com : Quelles est votre définition du ciné-club ?

Catherine Ruelle :
On voudrait donner naissance à un ciné-club à l’ancienne. Avec, dans la mesure du possible, un cinéaste présent à chaque projection pour créer un débat autour du film. Chaque artiste a sa propre vision du cinéma. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de débattre sur comment l’artiste est parvenu à diffuser son œuvre, mais bel et bien de développer un échange, de palabrer sur le cinéma. D’ailleurs, pour la première séance, ce vendredi, Dany Glover viendra peut-être échanger avec le public sur Heremakono, film du Mauritanien Abderramane Sissako.

Afrik.com : Pour le public, le choix de partenaires tels que Arte, RFI ou les Cahiers du Cinéma est gage de qualité…

Catherine Ruelle :
Tout à fait! Arte et RFI étaient déjà nos partenaires lors des festivals antérieurs. Et c’est la première fois depuis les années 70 que les Cahiers du Cinéma s’investissent dans la promotion du cinéma noir et qu’ils s’associent à une lutte pour qu’une certaine forme de cinéma existe. À ce titre, c’est avec Jean-Michel Frodon, journaliste aux Cahiers du Cinéma, que je modèrerai les rencontres et les débats. Nous sommes à présent tous mus par la volonté de promouvoir l’important patrimoine cinématographique que représentent le cinéma africain et ses auteurs, ignorés du grand public pour la plupart. C’est là qu’il y a un travail à faire, et un travail global.

Afrik.com : Quels types de films avez-vous retenus dans la programmation de la première saison du ciné-club ?

Catherine Ruelle :
Avec Jean-Michel Frodon, nous avons programmé jusqu’en juin 2005 une sélection de films sur le thème des « Trésors des cinémas d’Afrique et du Brésil ». Des œuvres aux thèmes forts et au langage novateur qui ont par ailleurs marqué les grandes étapes des cinématographies africaines. Le tout dans un souci diversifier les pays, les époques, les genres et les formes, et de présenter des expressions contemporaines, grâce à des avant-premières et à des projections de courts-métrages. Un week-end (du 17 au 19 juin prochains, ndlr) en hommage à la chaîne culturelle Arte, pour son travail de promotion et de diffusion du cinéma de création, viendra clore la première saison des ciné-clubs au musée Dapper.

Afrik.com : Quels sont les projets de « Racines » ?

Catherine Ruelle :
Dans le cadre du ciné-club, nous voudrions installer un public d’ici quatre mois en lui donnant la possibilité de créer un lien direct, un débat avec les cinéastes. Le principe de l’association est de mener conjointement l’action et la réflexion. Nous souhaitons, sur le long terme, lancer la deuxième saison du ciné-club et faire du tam-tam pour pérenniser notre initiative.

 À un mois du Fespaco 2005, le Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou (du 26 février au 05 mai 2005, ndlr), le musée Dapper présente une projection de « Heremakono », fiction du réalisateur mauritanien Abderramane Sissako, qui remporta le Grand prix à l’issue du Fespaco 2003.

 Musée Dapper

35 rue Paul Valéry

75016 Paris

Tel. : 01.45.00.01.50

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