Paris et Bruxelles s’excusent pour l’accrochage avec l’armée soudanaise

Le Soudan a affirmé mardi que la France et l’Union européenne lui ont présenté des excuses pour une incursion de l’Eufor, la veille, sur son territoire. Khartoum assure qu’elle aidera la force européenne de sécurisation de la frontière Tchad/Soudan/Centrafrique à retrouver un soldat français porté disparu au cours de cette incursion.

« La reconnaissance de l’erreur et les excuses sont un bon pas, et le Soudan fera preuve de toute la coopération avec les parties concernées afin qu’une telle violation du territoire national soudanais, l’unité de sa terre et la sécurité de sa population ne se produise jamais ». C’est ainsi que les autorités soudanaises ont réagi mardi aux excuses que l’Union européenne, par le biais de son Haut représentant pour la politique étrangère, Javier Solana, et la France, par celui de son ambassadrice à Khartoum, Christine Robichon, lui auraient présenté – Paris n’a pas confirmé – au sujet d’une incursion de l’Eufor sur son territoire depuis le Tchad voisin.

Cette incursion, intervenue lundi après-midi dans la région de Tissi, a coûté la disparition d’un sergent français des Forces spéciales, qui se serait « effondré » après avoir essuyé des tirs, selon la seconde victime des coups de feu, un autre militaire français, évacué par hélicoptère en République de Centrafrique (RCA). D’après le lieutenant-colonel Patrick Poulain, officier de presse de l’Eufor à N’Djamena, la Jeep des soldats européens serait entrée « par inadvertance » au Soudan avant de rencontrer un barrage de militaires soudanais avec lesquels elle s’est accrochée.

Un message de Khartoum ?

De son côté, l’armée soudanaise réfute la possibilité que l’incursion ait pu avoir été involontaire : « Vous ne pouvez pas faire quelque chose deux fois et dire que c’est une erreur », a ainsi lancé Osman Mohammed al-Agbash, le porte-parole de l’armée. Le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Ali al-Sadiq, avait auparavant expliqué qu’une jeep entrée de 5 Km dans le territoire soudanais, vers 17h00, avait été entièrement détruite alors que ses occupants avaient fui sans être poursuivis vers le Tchad. Une heure plus tard, trois autres véhicules, appuyés par un hélicoptère, étaient revenus sur les lieux.

Ce deuxième incident aurait fait deux morts, un militaire soudanais et un civil. Les autorités soudanaises affirment en revanche qu’aucun corps n’a été retrouvé sur le lieu des affrontements. Mardi, Khartoum s’est néanmoins déclaré prêt à « intensifier ses efforts dans la recherche du soldat » porté disparu et à « le remettre aux autorités de sécurité concernées à Khartoum ».

Difficile d’interpréter ce premier grave incident entre une Eufor dont le déploiement ne se déroule pas dans les meilleures conditions – attaque rebelle tchadienne, composition à plus de 50% française qui inquiète ses partenaires européens… – et des Soudanais qui ont toujours affirmé qu’ils défendraient chèrement leur intégrité territoriale. L’opération militaro-humanitaire compte actuellement environ 600 hommes sur le terrain, contre 3700 qui doivent être déployés dans les semaines à venir, parmi lesquels 2100 Français. Elle a pour mission de sécuriser les réfugiés soudanais qui ont fui le Darfour et les déplacés tchadiens et centrafricains dans l’est du Tchad et le nord de la RCA.

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