Paris-Abidjan : une ligne loin du front

La nouvelle compagnie aérienne Panafrican Airways inaugure sa ligne directe Paris-Abidjan le 14 décembre. Malgré les événements en Côte d’Ivoire, Marc Vicens, son président, estime que l’activité économique doit continuer. Sa politique : prix cassés et partenariats africains. Interview.

Afrik : Quels sont les points forts de cette nouvelle compagnie ?

Marc Vicens : Nous faisons des vols directs, à moindre prix (à partir de 650 euros pour un aller-retour en classe économique). Nous avons de bons horaires, malgré le couvre-feu, avec un départ de Paris à 12h et une arrivée à Abidjan à 18h30. Nous voulions faire deux vols hebdomadaires mais, en raison des événements, il n’y aura dans un premier temps qu’un vol le samedi.

Afrik : Alors que la Côte d’Ivoire est en crise, était-ce le bon moment pour lancer une nouvelle compagnie aérienne ?

Marc Vicens : Ce n’est pas parce qu’il y a des difficultés de compréhension momentanées entre les fils du pays que cela doit paralyser toute activité économique en Côte d’Ivoire. Nous visons en premier lieu une clientèle ethnique. Je regroupe sous ce terme  » ethnique  » aussi bien les Ivoiriens que tous les gens d’origines différentes qui vivent dans le pays. Et nous visons également une clientèle plus touristique. Même si le moment n’y est pas propice, nous serons là lorsque le beau temps sera revenu en Côte d’Ivoire.

Afrik : Quand commence votre activité ?

Marc Vicens : Le premier vol aura lieu le 14 décembre. Nous avons hésité à commencer si tôt, à cause du conflit. Mais malgré les événements, il y a beaucoup d’Ivoiriens qui veulent rentrer au pays et qui n’ont pas forcément les moyens de payer un billet aussi cher que ceux que propose Air France. C’est notre seul concurrent réel, parce que c’est la seule compagnie à faire des vols directs, mais les prix pratiqués sont vraiment prohibitifs !

Afrik : N’avez-vous pas peur que toutes les compagnies africaines qui naissent depuis la fermeture d’Air afrique et de la Sabena finissent par se faire concurrence ?

Marc Vicens : Ce n’est absolument pas le cas puisque chacune des compagnies a l’exclusivité des vols directs vers son pays d’origine. Nous envisageons d’ailleurs, à l’inverse, d’engager des partenariats entre compagnies africaines. Les négociations ont déjà commencé avec Air Mali, Nas Air, Faso Airways, Air Togo et Afrique air Bénin. L’idée serait de faire des vols Paris-Abidjan-Lomé par exemple ou Paris-Ouagadougou-abidjan. Nous pourrions aussi nous mettre à exploiter nos propres avions dans la sous région. Pour le moment, notre compagnie affrète des avions qui appartiennent à Euralair… mais à termes..

Afrik : Combien coûte la création d’une compagnie d’aviation telle que Panafrican Airways ?

Marc Vicens : (rire) Ca demande beaucoup d’argent. Il faut vous assurer d’une provision financière de 8 vols avant de commencer. Pour être à l’aise, il faut compter que vous ne rentabiliserez pas vos vols sur les deux premiers mois. Or un vol coûte entre 100 000 et 150 000 euros… Nous avons quand même fait des économies sur nos frais en décidant de ne pas avoir de bureaux. Les billets pour un vol sur Panafrican Airways sont disponibles dans toutes les agences de voyage, mais il y en a une à Abidjan et une à Paris qui s’occupent plus particulièrement de la distribution. City voyage en France et Musgrove & Watson en Côte d’Ivoire touchent une commission de 12% sur nos billets. En échange, elles s’occupent de faire notre promotion. Du coup, nous avons un personnel très réduit (10 personnes) et un simple siège social à Abidjan !