
L’élection municipale parisienne du 22 mars 2026 a été unique par la présence de trois franco-marocaines. Si les projecteurs étaient braqués sur le duel médiatique entre Rachida Dati et Sarah Knafo, c’est finalement une troisième femme, elle aussi originaire du Maroc, qui a tiré son épingle du jeu. En devenant première adjointe d’Emmanuel Grégoire, Lamia El Aaraje s’impose comme la véritable architecte du nouveau pouvoir parisien.
Le crépuscule des icônes médiatiques
Le scrutin de mars 2026 a offert un spectacle politique sans précédent, mettant en scène trois trajectoires issues de l’immigration marocaine. D’un côté, Rachida Dati, figure de proue de la droite, ministre de la Culture encore un mois avant l’élection et proche de Mohammed VI, espérait enfin transformer son ancrage dans le 7e arrondissement en une victoire totale. De l’autre, Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête, compagne d’Eric Zemmour, tentait d’imposer une ligne identitaire au cœur de la capitale.
Pourtant, malgré une alliance stratégique avec le centre au premier tour, Rachida Datia vu ses ambitions se heurter à un plafond de verre. Avec seulement 25,46 % des voix au premier tour, elle n’a pu contenir la dynamique de la gauche. Quant à Sarah Knafo, son score de 10,5 % l’a poussée à un retrait tactique et une alliance avec Rachida Dati avant le second tour, illustrant la difficulté de l’extrême droite à mordre sur l’électorat parisien. Le 22 mars, le verdict est tombé, sans appel : la victoire d’Emmanuel Grégoire avec plus de 57 % des suffrages a marqué la fin d’un cycle pour ses deux opposantes les plus médiatisées. A noter aussi les 7,96% de Sophia Chikirou, candidate LFI d’origine algérienne qui termine sur la troisième marche du podium au second tour.
Lamia El Aaraje : L’ascension d’une « Marocaine de l’ombre »
Pendant que les polémiques occupaient l’espace médiatique, Lamia El Aaraje bâtissait sa victoire dans la discrétion et le travail de terrain. Née à Rabat en 1986 et arrivée en France à l’âge de 18 ans pour ses études, cette docteure en pharmacie incarne une méritocratie républicaine exemplaire. Son parcours, façonné au sein de l’UNEF puis du Parti Socialiste, l’a menée du 20e arrondissement à la Fédération de Paris, avant de devenir la pièce maîtresse du dispositif d’Emmanuel Grégoire.
Désormais, sa nomination en tant que première adjointe le 29 mars 2026 lui confère un pouvoir opérationnel immense. En charge de l’urbanisme, de la sécurité et du Grand Paris, elle est désormais la « patronne » technique de la ville. Contrairement à ses homologues, elle a choisi de ne pas instrumentaliser ses origines, privilégiant une approche universaliste centrée sur l’expertise et l’efficacité publique.
Un rapport au Maroc aux antipodes de ses rivales
L’ascension de Lamia El Aaraje soulève naturellement la question de ses liens avec le Royaume chérifien, surtout face à des profils comme ceux de Dati ou Knafo. Si Rachida Dati est historiquement proche du Palais Royal et perçue comme un relais d’influence majeur entre Paris et Rabat, et si Sarah Knafo a su cultiver des réseaux diplomatiques pour soutenir sa vision souverainiste, Lamia El Aaraje entretient une distance institutionnelle notable.
À ce jour, l’élue socialiste n’est pas identifiée comme une proche du cercle de Mohammed VI. Son influence ne repose pas sur les réseaux du Makhzen, l’administration marocaine, mais sur les structures militantes françaises. Pour Rabat, elle représente une figure de la diaspora brillante, mais autonome. Cette distance prudente lui permet d’éviter les procès en « double allégeance » souvent instruits par ses détracteurs, tout en portant une image de réussite totale au sein de l’élite française.
Une nouvelle ère pour la capitale
En 2026, la géographie du pouvoir à Paris a changé de visage. L’échec des stratégies basées sur la notoriété (Dati) ou la rupture (Knafo) au profit d’une ascension méthodique comme celle d’El Aaraje prouve que la capitale reste attachée à une forme de gestion de proximité.
Alors que Rachida Dati et Sarah Knafo retournent à leurs mandats locaux ou européens, Lamia El Aaraje, elle, prend les clés de l’Hôtel de Ville. Sa réussite démontre que la destinée marocaine à Paris ne s’écrit plus seulement dans les cercles diplomatiques ou les plateaux de télévision, mais bien à travers l’engagement citoyen et la maîtrise des dossiers techniques.




