Parcours du combattant pour les étudiants béninois

Passer d’une classe à l’autre au Bénin n’est pas souvent chose facile. Et réussir à un examen relève des douze travaux d’Hercule. La raison : un système éducatif difficile basé sur un écrémage impitoyable. Le manque de place à l’université (une seule depuis toujours jusqu’à l’ouverture d’une petite il y a un an dans le Nord) et l’étroitesse du marché du travail, pousseraient les autorités à durcir le niveau des examens.

Autrefois, le Bénin, anciennement Dahomey, était surnommé « Le quartier latin de l’Afrique ». Ce nom s’explique au début du XXème siècle par un fort taux de scolarisation dans le pays que Kassi Assemian, libraire et historien, explique par le retour du Brésil de descendants d’esclaves et par l’étroitesse du territoire qui aurait permis un bon contact avec les colons blancs et ainsi, entraîné cette soif du savoir ressentie chez ses habitants. Pour Turpin, étudiant béninois en stage de fin d’études dans une banque à Paris et qui a obtenu son baccalauréat au Bénin, les autorités ont conservé cette volonté de rester le pays du grand savoir.

Le Bénin affiche un des taux de réussite les moins élevés dans la sous-région. L’année dernière, pour les différents baccalauréats, le pourcentage de réussite était de 32,58%. On est toujours loin des 50 et autres 60% qu’affichent certains pays limitrophes. Ce faible taux, pousse nombre de candidats à aller le passer dans un pays « plus facile ». Ainsi, pour maximiser ses chances de réussite, Harold a passé en 1996, au Niger, outre le bac béninois, le bac nigérien. Résultat des courses, il n’a obtenu que ce dernier. Toutefois, le jeune homme évoque avec joie une année scolaire de gagnée. Cet exemple est légion dans le pays à condition, précise-t-on, d’avoir les moyens de transport et d’hébergement dans le pays d’accueil… Moctar a tenté, outre le bac béninois, le burkinabé. Rémi a, quant à lui, opté pour celui de Côte d’Ivoire. Et souvent, l’échec est du côté du bac béninois.

Idem pour le BEPC

Les candidats au BEPC (Brevet d’études premier cycle) ne sont guère mieux lotis. Et ceux qui se savent un peu mal en point préfèrent s’inscrire à deux, voire trois BEPC nationaux, à condition que les dates d’examen ne se chevauchent pas. Malick, qui vit maintenant au Sénégal, parle d’un brevet béninois « compliqué » et pense que le gouvernement devrait remanier le programme des examens pour le rendre plus facile et ainsi éviter la fuite vers d’autres pays pour passer les examens. Pour René, ceux qui proposent ces sujets ne sont pas conscients de la difficulté des épreuves. Mais souvent, ceux qui ont obtenu leur diplôme affichent leur fierté et les autres ne la « ramènent pas devant eux », estime René.

En 1995, au Bénin, pour le Bac C (baccalauréat scientifique où les mathématiques et les sciences physiques représentent les plus gros coefficients), le taux de réussite avait été l’un des plus faibles jamais enregistré dans le pays. Dans l’épreuve de mathématiques, un exercice relèverait, de l’avis de certains élèves, du niveau de l’université. Il ne serait pas rare de voir pareilles choses se produire. En 2001, pour le Bac D (baccalauréat scientifique où la biologie est la matière à fort coefficient), une bonne partie de l’épreuve de mathématiques n’était plus au programme, donc, n’avait pas été enseignée aux élèves. Et, à la correction, voyant qu’une hécatombe se profilait, des points ont été donnés gratuitement aux élèves pour éviter la catastrophe. Autre anecdote. En 1993, compte tenu de la « robustesse » du sujet de mathématiques dans les baccalauréats C et D, la sous-commission de correction de l’épreuve avait souverainement décidé d’y ajouter respectivement 2 ou 3 points sur les notes octroyées à chaque copie.

Etre sélectif pour éviter l’engorgement des facs

Ignace Vissoh, professeur de mathématiques dans la capitale, trouve que si les épreuves sont aussi difficiles, c’est parce que les responsables de ces choix « croient que le travail a été bien fait en cours ». Alors que, poursuit-il, il y a certaines terminales de contrées reculées qui ne trouvent un professeur de mathématiques que trois mois après la rentrée. « Il est donc difficile de finir le programme dans ces conditions », conclut-il. Pour le bac A (lettres) de l’année dernière, le sujet de mathématiques à traiter portait sur les statistiques. Or, les statistiques à deux variables ne sont pas enseignées en cours.

Pour certains étudiants du pays, le manque de place dans les deux universités du pays expliquerait cette « sévérité » des épreuves. De l’avis de Marc, qui a obtenu l’année dernière une maîtrise en sciences économiques option management, les « autorités veulent limiter l’accès aux études supérieures ». Point sur lequel le rejoint Turpin. Le jeune diplômé pense que les autorités du pays veulent faire un tri très sélectif pour en finir avec l’engorgement sur les deux campus. Le problème du taux de réussite dans ce pays est certainement lié à tous ces paramètres.

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