
Au lendemain d’une journée d’une intensité rare à Bamenda, épicentre de la « crise anglophone » camerounaise, le pape Léon XIV met le cap ce vendredi 17 avril 2026 sur Douala. Dans la capitale du Nord-Ouest, le souverain pontife a conjugué ferveur religieuse et engagement diplomatique face à un conflit qui a déjà fait plus de 6 000 morts, offrant une lueur d’espoir aux populations anglophones meurtries depuis près d’une décennie.
Bamenda : une rencontre pour la paix à la cathédrale Saint-Joseph
Dès son arrivée à Bamenda à 11 heures, jeudi 16 avril, le souverain pontife s’est rendu à la cathédrale Saint-Joseph pour une « rencontre pour la paix » devenue le théâtre d’une catharsis collective. L’archevêque de Bamenda, Mgr Andrew Nkea, a ouvert la cérémonie par un plaidoyer vibrant, soulignant les « énormes souffrances » endurées par les populations locales depuis près de dix ans.

Les prises de parole se sont succédé, des représentant des chefs traditionnels, laïcs, religieuses, avant l’intervention bouleversante d’une famille ayant survécu aux atrocités du conflit séparatiste. En réponse, le pape a fustigé la « spirale de déstabilisation et de mort sans fin », exhortant les belligérants à « briser les chaînes de violence » et dénonçant fermement l’instrumentalisation de la religion à des fins militaires ou politiques.
À l’issue de cet échange, sur le parvis de la cathédrale, Léon XIV a procédé à un geste symbolique fort en lâchant une colombe blanche aux côtés de Mgr Nkea. Ce rituel, largement relayé, visait à matérialiser l’aspiration des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à la paix et à la réconciliation, dans une zone qui a déjà perdu plus de 6 000 vies.
Une messe sous la pluie à l’aéroport de Bamenda

L’après-midi, le Pape s’est rendu à l’aéroport de Bamenda pour célébrer une messe solennelle. Devant des milliers de fidèles, il a prononcé une homélie dénonçant « les maîtres de la guerre » et les « tyrans » qui ravagent le monde par le profit. Il a exprimé sa proximité avec ceux qui ont « faim de justice », affirmant que le mal ne triompherait pas.
Crise anglophone : la portée diplomatique de la visite papale
Au-delà de la dimension pastorale, ce déplacement à Bamenda, le premier d’un pape dans cette région depuis le début du conflit en 2017, revêt une portée diplomatique capitale pour les relations entre le Vatican, Yaoundé et les régions anglophones du Cameroun.
En se rendant physiquement dans l’épicentre du conflit, Léon XIV a brisé le silence international, forçant les autorités camerounaises et les groupes séparatistes à envisager une reprise du dialogue. Ses propos offensifs contre les « tyrans » et l’exploitation des ressources africaines placent par ailleurs le Saint-Siège comme un médiateur de poids, capable de dénoncer les causes profondes, tant internes qu’externes, de l’instabilité. Enfin, sa rencontre avec les chefs traditionnels et les représentants religieux du « mouvement pour la paix » renforce la crédibilité des solutions endogènes face à l’enlisement militaire.
Douala, dernière étape du voyage apostolique au Cameroun
Une lueur d’espoir : c’est bien ce qu’ont ressenti les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest camerounais, en proie au conflit séparatiste depuis plus de dix ans, au départ du pape pour Yaoundé. L’étape de ce vendredi 17 avril à Douala s’annonce tout aussi importante que celle de Bamenda : la capitale économique du pays, ville cosmopolite à la population majoritairement jeune, offrira au souverain pontife une tribune d’une autre nature, mais sans doute tout aussi symbolique pour la suite de son magistère africain.




