A Lampedusa, le pape François s’émeut face aux migrants africains

Le Pape François s’est rendu lundi 8 juillet à Lampedusa, située à 150 km des côtes tunisiennes, pour soutenir les nombreux migrants africains, dont certains, en quête d’une vie meilleure, y ont perdu la vie. Le pape a témoigné toute sa solidarité aux migrants clandestins et a appelé les Italiens et la communauté européenne à être attentifs à la vie difficile de ses « frères et sœurs »

« Plus jamais de victimes de la mer ». C’est en ces termes que le pape François s’est rendu au chevet des migrants africains. Pour son premier voyage hors de Rome, le pape a choisi un endroit très symbolique : Lampedusa. L’ile italienne où périssent chaque année des milliers de migrants venus d’Afrique, candidats à une vie meilleure en Europe.

« Nous n’avons plus soin de ce que Dieu a créé »

Le pape entame sa visite en signe de solidarité aux milliers de jeunes migrants qui traversent l’ile sicilienne à leurs risques et périls. Le pape dénonce « l’indifférence » du reste du monde. Lors d’une messe organisée ce lundi matin sur l’ïle, le pape a fait référence à « la culture du bien-être » qui « rend insensible aux crises d’autrui (…) aboutit à une globalisation de l’indifférence ». Et de poursuivre : « nous ne sommes plus attentifs au monde dans lequel nous vivons. Nous n’avons plus soin de ce que Dieu a créé ».

Le pape cherche à situer les responsabilités. « Nos frères et sœurs cherchaient à sortir des situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix, un endroit meilleur pour eux et leur famille mais ils ont trouvé la mort. Qui est responsable du sang de ces frères et sœurs ? Personne ! Nous répondons tous ainsi. Ce n’est pas moi. C’est sans doute quelqu’un d’autre. Nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle », a déclaré le pape.

« C’est une étrangère dans ma maison »

L’Italie est l’un des pays européens qui connaît l’un des taux les plus élevés d’immigrants subsahariens. Début 2011, environ 23 000 immigrés clandestins sont arrivés dans la petite île de Lampedusa. Une forte présence d’immigrés qui avait poussé le gouvernement italien à vouloir claquer la porte de l’Union européenne.

Pour satisfaire la Ligue du Nord, parti italien d’extrême-droite, le gouvernement italien, dirigé à cette époque par Silvio Berlusconi, avait alors préféré affronter le problème de façon électoraliste. Il vote la « Bossi-fini », une loi qui restreignait fortement sur le papier les conditions d’entrées des migrants, mais qui dans les faits avait peu d’effet sur les flux migratoires.

En mai dernier, alors qu’elle tentait de revenir sur une série de lois anti-migratoire votées par la droite en 2012, Cécile Kwenge, ministre italienne d’origine africaine, fait face à des insultes racistes proférées par des partisans d’extrême-droite italienne à son égard. « La ministre Kwenge doit rester chez elle au Congo. C’est une étrangère dans ma maison », avait déclaré Erminio Bosco, un ex-sénateur de la Ligue du Nord.

Le gouvernement italien, avec à sa tête Enrico Letta, n’a pas hésité à prendre la défense de la ministre. « Cécile Kwenge est fière d’être Noire et nous sommes fiers de l’avoir dans notre gouvernement comme ministre de l’Intégration », avait réagi le gouvernement dans un communiqué.

La visite du pape François sera-elle une occasion pour le gouvernement italien d’assouplir davantage sa politique d’immigration ? La réponse reste incertaine, mais les migrants peuvent espérer que cette visite change leurs conditions de vie en Italie.