Paludisme : pluie de moustiquaires sur le Burkina Faso

En espérant un probable vaccin contre le paludisme, les autorités burkinabè optent pour la distribution massive et gratuite, ce mois d’octobre, de 8 millions de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action comme moyen de prévention. Mais pour briser le cycle mortel de la maladie, il reste à réussir la conversion des mentalités pour une utilisation efficace et durable des moustiquaires.

De notre correspondant

Midebdo, à l’extrême sud-ouest du Burkina, près de la frontière ivoirienne. Massés à l’ombre des manguiers, des centaines de villageois font le pied de grue au centre de santé. En face, fiches en mains, deux agents de santé vérifient les bons d’enlèvement que leur tend chacun des villageois avant de leur remettre le nombre de moustiquaires qui leur est dû.

Cette distribution à l’échelle locale marque en réalité le démarrage effectif de la campagne de distribution massive et gratuite de près de huit millions de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action, lancée en mi-juillet, à Nanoro, à 85 km à l’Ouest de Ouagadougou, par Tertius Zongo, le premier ministre burkinabè. Estimée à environ 26 milliards de francs CFA (environ 13 millions d’euro), cette opération prévue pour prendre fin en décembre 2010, est essentiellement soutenue par le Fonds Mondial contre la Tuberculose, le Sida et le paludisme. Elle vise d’ici 2014, à réduire de moitié les taux de morbidité et de mortalité liés au paludisme.

Pour atteindre pareil résultat, estiment les spécialistes en santé publique, il faut qu’au moins 80% de la population générale utilise des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action. Mais au Burkina Faso, seulement 45% des habitants ont adopté ce moyen de protection. Et jusqu’alors, seules les femmes enceintes se rendant aux consultations prénatales étaient dotées gratuitement en moustiquaires. Du coup, de telles insuffisances ont propulsé le paludisme à la tête des premières causes de consultations et d’hospitalisation au Burkina Faso. En 2009, rapporte le ministère de la santé, 4, 5 millions de Burkinabè avaient souffert du paludisme qui avait tué 7984 d’entre eux.

Une utilisation contraignante au quotidien

« Il ne suffit pas de rendre disponibles les moustiquaires aux populations, encore faut-il qu’elles les utilisent et bien », explique Boureima Zida, un agent de santé. En effet, de moindre envergure que la présente campagne, les précédentes distributions de moustiquaires aux populations n’ont pas permis d’atteindre les effets escomptés à long terme. Selon une étude menée en 2009 par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et le Centre Muraz/Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS), l’utilisation durable des moustiquaires imprégnées est beaucoup plus complexe que ce que les campagnes de sensibilisation avaient initialement prévu. L’enthousiasme des bénéficiaires pour l’utilisation des moustiquaires s’estompe au fil du temps.

Ainsi dans la zone fortement endémique de Soumousso, au Sud-ouest du Burkina, moins d’un an après la distribution des moustiquaires, une personne bénéficiaire sur trois avait cessé de s’en servir. En effet, expliquent les chercheurs, l’utilisation quotidienne des moustiquaires se révèle contraignante pour les familles pauvres occupant des maisons d’une ou de deux pièces. La consigne de garder suspendue toute la journée la moustiquaire y est difficilement applicable, au risque de provoquer des incendies car la maison tient lieu à la fois de chambre à coucher et d’espace domestique.

Le premier vaccin antipaludique en 2012
La lutte contre le paludisme se mène aussi sur le front de la recherche. À l’Unité de Recherche Clinique de Nanoro, le Dr Halidou Tinto et son équipe testent depuis septembre 2009, le RTS,S un vaccin antipaludique, à l’essai dans 7 pays africains (Ndlr : Burkina Faso, Gabon, Ghana, Kenya, Malawi, Mozambique et Tanzanie). Cette expérimentation, pour le site d’essai vaccinal du Burkina, consiste à évaluer l’efficacité du vaccin test en l’administrant à 1231 enfants repartis en deux groupes de 6 à 12 semaines d’âge et de 5 à 17 mois. Mis au point par le laboratoire britannique Glaxosmithkline (GSK), ce futur vaccin annihilerait le développement du parasite dans le foie et romprait ainsi la chaîne de transmission du paludisme via l’être humain. Vaccin de phase 3 (Ndlr: étape précédant sa mise sur le marché), le RTS,S suscite de grands espoirs en Afrique de l’Ouest, où le paludisme est saisonnier. Au cas où elles seraient positives, les conclusions du site de Nanoro, devront être reproductibles dans pays voisins. « Si les choses se déroulent comme prévues, s’enthousiasme le Dr Tinto, à l’horizon 2012 va commencer le processus d’enregistrement du vaccin pour s’achever autour de 2013-2014. Dans l’histoire de la recherche sur le vaccin sur le paludisme, nous n’avons jamais été aussi proche d’obtenir un vaccin. » Mais, tempère le chercheur, « dans le domaine de la recherche, il ne faut pas trop vide céder au triomphalisme et nous devons rester prudents ». Prudence bien compréhensible. En 2000 déjà, les travaux de Manuel Pattaroyo, un chercheur colombien, étaient si encourageants avant de se révéler inefficaces dans le contexte épidémiologique africain.