Paix en Ivoire

La Côte d’Ivoire a mal. Elle a mal à la guerre. Elle a mal à la haine. Elle a mal de ne pas se reconnaître dans cette guerre et cette haine qui la partagent. Elle a mal et ne peut pas le dire. Elle a mal, cette âme douce et fière et solide et constante, cette âme de la Côte d’Ivoire qui se regarde défigurée au miroir de ses divisions.

Si seulement elle pouvait parler, cette âme déchirée et douloureuse et meurtrie et impuissante encore. Si seulement elle pouvait parler plus fort que le bruit des bottes des soldats, réguliers ou irréguliers, loyalistes ou rebelles, ivoiriens ou étrangers… Si seulement elle pouvait parler plus fort que les tonitruants appels des amours-propres et des orgueils de chefs.

Evidemment, elle dirait qu’une paix, fruit d’une négociation, ne pèse jamais aussi lourd que le poids des larmes et du sang, des morts et des détresses, des pillages et des injustices. Jamais la paix ne contrebalance le malheur subi, la ruine et la désespérance, les deuils et jamais elle n’apporte tout ce que les rêves de puissance des uns et des autres escomptaient. Mais les promesses de la guerre étaient vaines et folles. Car la paix n’efface jamais la guerre…

La paix TERMINE la guerre. La paix permet le bonheur, la richesse partagée, les échanges, les jeux des enfants sans danger sur le chemin, les soirées prolongées au maquis, l’éclat dans le regard des femmes et la joie dans ceux des hommes. La paix ACHEVE la guerre, rend possible l’avenir, qui s’ouvre alors avec tous ses possibles.

La Côte d’Ivoire traverse la plus grande crise de son histoire. Elle peut en sortir grandie si elle résout ainsi ses contradictions fondatrices. Résoudre ses contradictions, c’est écouter Guillaume Soro, qui propose à ses compagnons d’armes une attitude plus flexible. C’est écouter Laurent Gbagbo quand il souligne qu’un  » compromis  » n’est jamais parfait, mais qu’il a le mérite d’exister. C’est soutenir Seydou Diarra quand il met en place ce gouvernement de réconciliation qui associera toutes les forces vives de la Côte d’Ivoire.

C’est cela, l’appel de l’âme de cette terre qui n’aime pas le sang, ni les ordures. Agrippa d’Aubigné le disait en son temps. L’effort n’est pas si grand à faire, il faut savoir clore une guerre. Ivoiriens de tous les horizons, il est temps de reprendre ensemble le flambeau de la nation commune.