Pain en Algérie : de la boulangerie à la rue

Grève, pénurie… l’épilogue de la crise du pain en Algérie n’a pas tout à fait touché à sa fin. Place au développement d’un marché au noir.

La crise du pain bat son plein en Algérie et tout particulièrement à Constantine. Depuis le début de l’année 2013, les boulangers algériens exigent la hausse du prix de la baguette, inchangé depuis 1996, soit 7,5 DA et 8,5 DA pour le pain amélioré. Requête rejetée par le ministre du Commerce, Mustapha Benbada. L’Algérie vivait sous le spectre de la grève des boulangers. Coup de théâtre en février, le ministre revient sur ses intentions et accepte la révision de la marge bénéficiaire des boulangers qui fabriquent eux-mêmes leur pain, notamment dans les petites villes et les milieux ruraux. Mustapha Benbada a ainsi reconnu les difficultés pour les boulangers à produire une marge bénéficiaire satisfaisante.

Mais alors que la nouvelle tarification n’est officiellement pas encore entrée en vigueur, cinq boulangers de Aïn Smara, wilaya (région) de Constantine, passent à l’acte et décident le 1er mars d’augmenter le prix de la baguette à 10 DA. Ce qui n’a absolument pas été du goût de la direction locale du Commerce qui a immédiatement fait fermer ces établissements. En signe de soutien, les boulangers constantinois décident de se mettre en grève. Ils réclament l’autorisation d’appliquer la nouvelle tarification, qui selon est déjà applicable dans d’autres wilayas, et de lever les sanctions affligées à leurs collègues. Les pouvoirs publics n’ont pas le choix, face à la pénurie de pain qui frappe la ville des ponts, les cinq boulangers sont autorisés à rouvrir boutique. Et désormais, la baguette se vend à 10 DA. Seul un boulanger continue de vendre son pain à 7 DA, préférant attendre une autorisation officielle de la wilaya plutôt que de suivre une autorisation implicite, rapporte El Watan.

La situation semble peu à peu s’arranger. Mais un autre problème subsiste et qui s’est développé pendant que les boulangers étaient occupés à observer les grèves et sit-in.

Du pain au noir

La colère des Constantinois ont fait le bonheur des vendeurs ambulants. La grève a obligé, une nouvelle fois, les citoyens à recourir à ces « boulangers de rue » qui affichent des prix parfois plus élevés qu’en boutique et dont la qualité des produits n’est que douteuse. Les populations n’ont pas eu d’autres choix que de se tourner vers ces vendeurs à la sauvette qui alimentent leur stock dans des boulangeries clandestines qui fleurissent en périphérie. Ce phénomène qui existait jusqu’à présent de manière restreinte, connaît un boum. Lorsque les habitants arrivent en boulangerie trop tard pour acheter leur pain, ils se tournent vers les vendeurs ambulants.

Le pain est exposé sur des étals de fortunes, à l’air libre, sans protection aucune et baignant dans une atmosphère polluée par la poussière et tout particulièrement par les gaz qui s’échappent des peaux d’échappements. Les Constantinois, eux, bien que parfois ils n’aient pas le choix, trouvent cette situation désagréable. « Je veux prendre mon pain dans une boulangerie normale, pas dans la rue. D’où vient ce pain informel dont personne ne s’inquiète ? Comment peut-on laisser la population consommer ce pain qui s’écoule dans la rue, au mépris de toutes les règles d’hygiène, et dont on ignore la provenance ? », s’insurge une mère de famille, selon El Watan.

Les boulangers, eux, dénoncent une concurrence déloyale et expriment de nouveau leur colère face au « laisser-faire » des autorités.