Ouverture du Sommet Mondial sur la Société de l’Information

Tunis, ville déserte. Ecoles et universités fermées, employés en congés… A l’ouverture du Sommet Mondial sur la Société de l’Information, (16-18 novembre) la capitale tunisienne connaît un calme anormal.. La police politique est maîtresse des lieux : les hôtels sont placés sous haute surveillance, de même que la résidence des huit personnalités en grève de la faim illimitée depuis le 18 octobre.

De notre partenaire El Watan

« Nous sommes la police internationale, nous sommes ici pour assurer votre sécurité. A cet effet, nous devons fouiller d’une manière minutieuse vos bagages. » C’est ainsi que nous avons été accueillis, lundi, tard dans la soirée, à l’hôtel situé au centre-ville de Tunis. Un hôtel hautement surveillé, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Un dispositif de sécurité spectaculaire a été déployé aux alentours de tous les hôtels de la région qui ont d’ailleurs doublé leurs tarifs à l’occasion de la tenue du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI).

Un sommet qualifié des plus importants, dont les travaux débuteront aujourd’hui et prendront fin le 18 novembre. Hier, la ville de Tunis donnait l’impression d’être une ville déserte. Les établissements scolaires ont été sommés de fermer leurs portes, dispensant ainsi les élèves de cours pour une semaine. Les universités également. L’électricité et l’eau ont été coupées au niveau des foyers universitaires, obligeant ainsi les étudiants à rentrer chez eux. Les employés de certaines entreprises ont été mis en congé pour une semaine. Les tribunaux ne sont pas opérationnels durant toute la période du sommet. En somme, les rues de Tunis ne sont occupées que par ce qu’on appelle communément en Tunisie « la police politique », des policiers en civil et en uniforme.

Grève de la faim

Lundi vers 18h, l’Association tunisienne des femmes démocrates, agréée par l’Etat et présidée par Mme Ahlam El Hadj, a animé une conférence de presse. Le siège de cette association a été pris d’assaut par les policiers qui ont bouclé le quartier et en ont interdit l’accès. Dans son intervention, Mme Ahlam El Hadj a énuméré de multiples atteintes aux droits de l’Homme et dénoncé l’agression dont ont été victimes les militants de différentes associations ainsi que les journalistes lors de la manifestation organisée dans la matinée pour dénoncer la dictature qui règne en Tunisie. « Nous avons voulu protester contre la police politique. Nous voulions discuter avec des responsables pour l’organisation d’un contre-sommet. Nous voulions prendre à témoin la presse étrangère qui n’a pas échappé à l’agression des policiers », nous dira un militant d’un parti non agréé.

Par ailleurs, la résidence des huit personnalités en grève de la faim illimitée depuis le 18 octobre dernier n’échappe pas à la surveillance. Les policiers veulent récupérer à tout prix les tee-shirts confectionnés pour les grévistes portant comme référence « La faim plutôt que la soumission ». Toutefois, les grévistes ne semblent nullement étonnés de la situation qui prévaut actuellement en Tunisie.

« Pourrissement à tous les niveaux »

« Pour maîtriser complètement la situation en cette phase importante, le pouvoir a décidé d’écarter et d’isoler tous les agitateurs. Il a surtout décidé de fermer les universités, car il craint la colère des étudiants et des enseignants qui sont très hostiles à la participation de la délégation sioniste au sommet », soutient Mokhtar Yahiaoui, un des grévistes, tout en nous rappelant la grève générale observée le 11 novembre par ce corps pour protester contre la venue des sionistes. Une grève largement suivie par la société tunisienne. Pour Hama Hammami, porte-parole du groupe, la situation en Tunisie a atteint un tel pourrissement à tous les niveaux que le pouvoir à peur de toute ouverture démocratique.

« Une ouverture signifie la liberté d’expression, l’indépendance de la justice, ce qui permettrait aux Tunisiens d’évoquer la corruption et le pillage des richesses du pays. Bien sûr, cela n’est nullement dans l’intérêt du pouvoir qui fait en sorte d’étouffer ces maux », a souligné notre interlocuteur qui nous explique que le groupe n’attend pas une réaction du pouvoir par rapport à leur mouvement. « Nous vivons en dictature et le pouvoir ne croit ni au dialogue ni à la négociation. Bien au contraire, notre dirigeant pense que le processus de négociation est un signe de faiblesse. Jusqu’à l’heure actuelle, le pouvoir a fait la sourde oreille concernant nos revendications. Il nous a traités en public de traîtres à la patrie, tout en criant haut et fort que la liberté de la presse et les droits de l’Homme sont respectés en Tunisie », a affirmé M. Hammami. Ce dernier s’est dit, par ailleurs, satisfait de leur action qui a créé une nouvelle dynamique politique au sein de la société.

« Un échec pour la Tunisie »

Un comité national de soutien, des comités régionaux et des comités de défense de la société civile ont été installés ; des grèves et des manifestations au sein des lycées et des universités ont été déclenchées en guise de soutien aux grévistes. « Aujourd’hui, notre préoccupation est de trouver un moyen pour préserver cette dynamique afin de ne pas décevoir les espoirs de ceux qui nous ont soutenus et qui nous font confiance », dira M. Hammami. Les grévistes maintiendront leur mobilisation autour de trois revendications : la liberté d’association et d’organisation politique, la liberté d’expression et de la presse, la libération des détenus politiques et l’adoption d’une loi d’amnistie générale. « Ces trois points ont permis de rassembler des militants de différentes sensibilités. Nous revendiquons dans notre pays un Smig démocratique », a relevé notre interlocuteur.

Par ailleurs, les grévistes considèrent déjà que le Sommet mondial sur la société de l’information est un échec pour la Tunisie qui n’a rien à proposer dans le domaine. « Ce Sommet a échoué avant qu’il ne débute. C’est ce qui explique l’acharnement de la police politique. En Tunisie, 60 sites Internet sont censurés. Tous les sites de l’opposition sont interdits, et ce, au moment où notre pays abrite un sommet sur cette question. M. Ben Ali ne cesse de vanter la bonne organisation et le bon déroulement du Sommet, mais concrètement en quoi cette activité est bénéfique pour notre pays qui est fermé à toute ouverture ? La contradiction est de taille. » Pour un autre gréviste, le Président Zine El Abidine Ben Ali empêche les Tunisiens d’accéder à l’information indépendante, pour éviter toute critique ou un débat contradictoire.

Nabila Amir