Ousmane : l’artiste tubaab à l’âme africaine

Il est blanc et chante parfaitement en wolof, bambara ou mandingue. Auteur, compositeur et interprète, il joue également de la cora, du kalimba et de la flûte peule. Converti à l’Islam, François Glowinski, désormais Ousmane, a découvert l’Afrique il y a 11 ans. Une rencontre qui a bouleversé sa vie.

Il est François Glowinski pour l’état-civil, mais il s’appelle désormais Ousmane, suite à sa conversion à l’Islam, et s’apprête à enregistrer, début 2001, son premier album solo. Mais la particularité de cet auteur, compositeur et interprète français réside dans le fait qu’il chante uniquement dans des langues africaines, comme le wolof, le bambara ou encore le mandingue. Partie visible de l’iceberg car en maîtrisant la cora, le kalimba (piano à pouces) et la flûte peule, il montre que c’est toute une culture qu’il a épousé voici bientôt 11 ans.

L’histoire débute alors qu’il n’a que 12 ans. Ousmane ne connaissait alors de l’Afrique que tout ce que les petits garçons blancs de la région parisienne en connaissent, c’est à dire pas grand chose. La révélation s’effectuera à la faveur d’un concert, celui de Touré Kounda, auquel le petit François assistait par curiosité.

Et là, le flash. Il a tout de suite ressenti  » la force  » de cette musique, une force qui le poussera à retourner à de multiples concerts du groupe. Touré Kounda sera sa porte sur l’Afrique. Il s’ouvrira à d’autres musiques, il s’ouvrira à une nouvelle culture.

Voyages initiatiques

Son premier voyage, il l’effectuera à 17 ans au Sénégal. Une semaine  » hors des sentiers battus, à la découverte de la vie africaine « . Il arrivait séduit, il repartit conquis. Pour lui  » la réalité avait dépassé ses espérances « . Chaque année depuis il y retourne, à la rencontre de cette Afrique,  » sensible à la vérité des gens « .

Pour autant, Ousmane ne sombre pas dans un africanisme ingénu. Il confie que sa  » vision de l’Afrique a évolué avec le temps « , qu’il a su  » faire le tri  »

En France, une rencontre va précipiter son destin musical. Siré Camara est alors conteur. Ils sympathisent. Plus tard Siré accueille Ousmane, au clavier et accessoirement aux choeurs, pendant trois ans, dans sa formation éponyme : Camara.

Mais l’accessoire prend rapidement le pas sur la spécialité initiale et Ousmane, avec le départ de Siré, devient le leader vocal du groupe qui décline son ancien nom pour s’appeler Kamar. Car el kamar (la lune en arabe ndlr)  » diffuse une lumière douce et qu’elle éclaire les pays « .

Puis il commence à composer ses propres morceaux. Il y mêle des influences pop et jazz, héritées notamment de son père jazzman. A la fac et avec ses amis, Ousmane apprend les langues africaines, sous l’oeil compréhensif et bienveillant de ses parents qui l’ont  » toujours soutenu « .

Une sensibilité africaine

Bien qu’il s’y soit déjà essayé, il confie aujourd’hui  » ne pas pouvoir composer en français « . Seul  » l’africain  » lui parle. Sa voix est son instrument principal, son message est sa musique. Une réponse aux Africains pour leur montrer que même un Blanc peut  » sentir ses choses là « .

Sa démarche est sincère. Sa musique n’est pas  » un vol de tradition « . Il ne cherche pas à  » s’approprier une identité qui n’est pas la sienne  » : il est et respire l’Afrique sans artifice.

Même si les yeux de chacun n’en croient pas leurs oreilles, la réaction des Africains  » n’a jamais déçu  » Ousmane, lui prouvant en cela toute sa légitimité artistique.  » Beaucoup de curiosité mais beaucoup de respect  » lui sont depuis lors témoignés. La consécration arriva le jour où le chanteur de Touré Kounda, Sixu Tidjane Touré lui même, monta sur scène, sa scène, pour poser tranquillement sur sa musique.

Bien dans sa tête et ses baskets, fidèle à une musique qui vraisemblablement l’habite, c’est seul qu’Ousmane poursuit l’aventure désormais. Et pour goûter au parfum authentique de l’album à venir, il nous offre ici une chanson à écouter sur le site. Une chanson dédiée à sa mère…

Tubaab = Européen en wolof