Ouganda : cessez-le-feu historique entre gouvernement et rebelles

L’accord de cessez-le-feu signé samedi à Juba (Sud-Soudan), par le gouvernement ougandais et les rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), est entré en vigueur ce mardi. Les dissidents devront se rendre dans deux camps du Sud-Soudan, en attendant que les deux parties négocient un accord de paix définitif. Plusieurs centaines de femmes et d’enfants enlevés par la LRA pourraient bientôt recouvrer la liberté.

Le mardi 29 août est à marquer d’une pierre blanche. Le gouvernement et les rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) appliquent depuis 6h00, heure locale, le cessez-le-feu contenu dans l’accord sans précédent paraphé samedi à Juba (Sud-Soudan). Le 4 août, la LRA avait décrété l’arrêt unilatéral des hostilités contre l’armée, mais Kampala avait toujours refusé de le faire, jusqu’à ce samedi. Le document, signé par les chefs de la délégation gouvernementale, le ministre de l’Intérieur Ruhakana Rugunda, et de la LRA, Martin Ojur, est le premier pas vers des négociations devant déboucher sur une trêve définitive.

Les rebelles sous surveillance d’ex-rebelles

Selon le texte, les deux parties s’engagent à restaurer et consolider la paix dans le Nord de l’Ouganda. La guerre avec Kampala, qui dure depuis 18 ans, a en effet fait des dizaines de milliers de morts et entre un et deux millions de déplacés. Autres mesures prévues : la fin de « la campagne de propagande hostile », « une commission mixte de vérification de cessation des hostilités qui rendra compte à la médiation (sud-soudanaise, ndlr) et des aides humanitaires pour la population civile impliquée ». Par ailleurs, les soldats de la LRA ont trois semaines, à compter de ce mardi, pour se regrouper dans deux camps du Sud-Soudan. Pour leur sécurité, ils devraient être encadrés par le gouvernement et, une fois arrivés à destination, ils seront surveillés et protégés par les ex-rebelles de l’Armée de libération du peuple soudanais.

Selon le quotidien ougandais The Daily Monitor, le camp d’Owiny Ki Bul (Etat de l’Equatoria oriental) accueillera les soldats basés dans le Nord de l’Ouganda et celui de Ri-Kwangba (Etat de l’Equatoria occidental) ceux postés en République démocratique du Congo (RDC). Le leader de la LRA, Joseph Kony, et son numéro deux, le général de division Vincent Otti, devraient également rejoindre l’un des camps. Quelque 200 personnes, y compris des femmes et des enfants, auraient déjà quitté la RDC en direction de l’Ouganda, mais l’information n’a pu être confirmée.

Les deux camps motivés

Les autorités et les rebelles semblent de bonne volonté. Le Président Yoweri Museveni, « commandant en chef des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), a ordonné à toutes les UPDF d’arrêter toute opération de recherche et de destruction de la LRA [et qu’elles] retournent dans les casernes et se consacrent à la protection des populations déplacées à l’intérieur du pays. Elles (les forces armées) ne devraient pas tirer sur la LRA à moins que ne l’exige la défense des populations », a indiqué, mardi, le porte-parole de l’armée, Felix Kulaije, en citant la déclaration présidentielle. Précision d’autant plus importante que le numéro 3 de la LRA, Raska Lukwiya, a été assassiné alors que lors du cessez-le-feu unilatéral du mouvement.

Côté dissidents, « la mise en oeuvre (de l’accord) commencera dès que le commandant en chef de (la LRA) fera sa déclaration, a indiqué mardi matin à l’AFP le porte-parole de la rébellion, Obwenyo Olweny. La LRA est prête à respecter cette trêve et il n’y a pas d’obstacle maintenant que la déclaration (par Museveni) a été faite. » Vincent Otti a pour sa part appelé les combattants, sur la radio Mega FM à Gulu, avec l’autorisation du gouvernement, à obéir à leurs commandants pour connaître les modalités du regroupement dans les camps. Il a rassuré la population des villages en leur disant de ne pas paniquer au passage des soldats. « J’ordonne à tous les combattants de la LRA d’arrêter toute activité militaire parce que nous voulons honorer notre déclaration de cessation des hostilités. N’enlevez pas d’enfants, ne tendez pas d’embuscades aux véhicules, ne pillez pas de la nourriture », a-t-il ajouté.

Sérieuses menaces si les négociations échouent

Mieux vaut, pour les dissidents, s’en tenir à l’accord fixé. Le chef de l’Etat a précisé que « si la LRA ne sort pas (de la brousse) et ne saisit pas cette opportunité pour une solution pacifique, nous les pourchasserons ». Il a aussi menacé qu’en cas d’échec des négociations d’ici le 12 septembre, l’amnistie proposée à Kony et ses hauts responsables, entre autres poursuivis par le Tribunal pénal international pour meurtres, viols et enrôlement d’enfants, sera caduque. Une date butoir qui devrait être repoussée puisqu’elle tombe avant la fin des regroupements des soldats de la LRA, qui sont estimés entre 500 et 5 000. Toutefois, l’accord souligne que si les négociations échouent, les rebelles devront être « autorisés à quitter paisiblement » les lieux où ils s’étaient réunis.

Les négociations promettent d’être houleuses, les points de divergence étant nombreux, notamment en ce qui concerne le partage du pouvoir et des richesses. Kampala a rejeté la demande d’autonomie pour le Nord du pays et la réduction de l’armée nationale, dans laquelle la LRA voudrait être représentée à hauteur de 40%. Des espoirs sont tout de même nés de la signature de samedi : des centaines de femmes et d’enfants forcés à suivre la LRA comme soldats ou encore esclaves sexuels pourraient être bientôt libérés, selon The Daily Monitor. Mais, alors que les Nations Unies et des travailleurs humanitaires s’apprêtent à les accueillir, des sons discordants proviennent du mouvement rebelle. Si d’aucuns considèrent qu’il va de soi de les libérer, d’autres estiment que cela revient à séparer des familles. Des discussions sont actuellement en cours sur ce point.