Où va l’Algérie ?

Entre 200 000 et 600 000 personnes ont investi, ce jeudi, les rues d’Alger. Sous un soleil de plomb, les manifestants réclamaient plus de démocratie, la reconnaissance de la langue et de la culture berbère, la liberté de la presse et de la justice. En un mot, ils revendiquent la vie. Le pouvoir, avec des gendarmes enragés, y répond, depuis près de deux mois, par des kalachnikov. Quand le président algérien daigne parler à son peuple c’est pour l’humilier encore et encore. Où va l’Algérie ?

Les autorités algériennes ont misé sur la régionalisation des émeutes kabyles. Elles ont eu tort. Les médias publics, gouvernementaux serait plus juste, ont échoué dans leurs tentatives de faire passer les manifestants pour des voyous. Ou alors c’est le peuple entier qui est voyou. Il est difficile, même pour des médias à la solde du pouvoir, de qualifier des manifestants pour la démocratie et la liberté de la presse de délinquants. Le spectre du séparatisme kabyle a échoué lamentablement. Tirer sur la foule est loin d’être une solution ! Et les donneurs d’ordres savent aujourd’hui qu’ils seront peut-être traduits en justice demain. La rocambolesque aventure du général Khaled Nezzar est encore dans toutes les mémoires.  » Sauvez nous des généraux ! » criaient ce mercredi les Algérois. Où va l’Algérie ?

Il reste une seule, et uniquement une seule, solution à Abdelaziz Bouteflika pour sauver son pays du naufrage : définir son projet politique. Car pour l’instant, Alger navigue à vue. En essayant de donner des garanties à ses alliés islamo-nationalistes, il s’éloigne implacablement de l’Algérie moderne qu’il voulait incarner. Veut-il d’un pays démocratique ou d’un pays national-islamiste ? Il faut qu’il tranche. Sa survie politique et celle de l’Algérie en dépendent. Car, pour l’instant, personne ne sait où va l’Algérie !